VI. — LE ROMAN SYMBOLISTE
Il naquit antérieurement à l'époque qui nous occupe ici, mais ces meilleures œuvres sont récentes :
Les Chevaux de Diomède, ce très absurde, très exquis et très profond roman de M. R. de Gourmont, L'Ornement de la Solitude d'A. Fontainas, Les Pierres qui pleurent de Henry Bourgerel, Les Contes de Poupée de A. van Bever, Les Reflets du Miroir de Gaston Banville, La Possession (i) et La Vierge
« (i) M. Charles-Henry Hirsch est le poète de la légende. Délicieux et fins, ses vers sont comparables à ces fruits d'Orient qu'ils évoquent en le charme des nuits. Ils sont souples et gracieux comme des palmes, nuancés en d'infinies harmonies L'auteur à'Yvelaine aime les soirs d enchantement, les palais de songe, les sources maléfiques cnvoûteuses des fleurs, les mystères des nuits d'orage où crient les voix sous les gibets,
aux Tulipes, de Ch. Henry Hirsch, le premier qui fait revivre Salomé dans le décor breton est plein de contraste saisissant de la légende et du réalisme, le second qui procède ouvertement par symboles : la petite Antge représente la campagne hollandaise, simple, pure, Loyé Gladys, la cité d'Amsterdam, la volupté fausse et perverse; le héros, partagé entre ces héroïnes revient à la simplicité.
M°"= Rachilds dont la réputation de perversité repose sur une équivoque n'a écrit que des romans symboliques. Ceux qui crurent s'offrir des voluptés inédites sous couvert de littérature ont été trompés.
les souvenirs qui dorment au fond des mémoires et qui font frissonner les enfants. Aussi le titre de son nouveau volume : la Possession, ne doit-il un instant tromper le lecteur. Salomé, par dessus les âges, sur l'azur du ciel de Galilée, belle comme la rêva Gustave Moreau, belle comme au jour où elle demanda la tête de Jean, s'empare de l'imagination maladive de Pierre îfervain, cire chctif et disgracié, grandi parmi les objets pieux, statuettes et missels. Par la séduction fatale de la Sirène, dans l'illusion qui emplit ses yeux, le possédé voit d'illusoires paysages et les carènes des vaisseaux et la princesse d'Orient devenue humble gardienne de chèvres. Le présent tombe au fond de la mémoire et le rêve se continue, obsédant les heures; sa chaîne se forme, anneau par anneau, et la lande, et la grève, et la mer d'Armor disparaissent sous les pas de Salomé. Pierre Servain oublie son bonheur, sa jeune femme, Claire, jolie assez et sans volonté, simple et toujours un peu étonnée, qui s'enfuit avec un quelconque rapin auréolé de gloire pseudo-militaire. Exploité par un roué mendiant, Servain s'enfonce de plus en plus dans la vie de la légende, vers la démence, vers la possession de la fille d'Hérodias. Au-
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Exquisément, avec un geste gamin, tendre et peureux, avec l'horreur de divulguer à la foule une pensée hautaine, elle composa d'imagination des histoires d'amour qui symbolisaient des conflits d'idée. L'Eliante Donalger de la Jongleuse n'est qu'une des faces multiples de l'Imagination. Comme les deux frères de Hors Nature n'expriment que le conflit de la Vie et du Rêve. SchoU disait « La boue de Paris fait des taches noires sur les pantalons blancs et des taches blanches sur les pantalons noirs... » Ceux qui n'ont fait que lire les titres des romans de Rachilde lui ont créé à tort une réputation de romancier naturaliste (i).
tour de lui, l'existence provinciale va son cours monotone; des physionomies fixent le regard ; des types, un instant, nous arrêtent, observés et décrits avec justesse. L'impression est navrante et grise, comme celle de certaines pages du Flaubert de l'Education sentimentale. Ce Pierre Servain est un faible qui passe à côté du bonheur, être sans volonté que guette la folie ; Claire est un petit oiseau sans cervelle, une médiocre intelligence et un bon ccmr peut-être... Et tout cela est si vrai ! Malheur à qui n'a pas le courage de suivre le conseil de la Gisèle de Paul Adam et qui ne sait faire deux parts de sa vie, une pour le rêve, et l'autre pour les autres! L'intelligence de la femme?... une fable... Une froide ironie, une pitié attendrie, une tristesse adoucie se mêlent au fond de l'âme de l'auteur. Ernest Gaubbrt ; Chronique, (L'Aube Méridionale, juin 1899.)
(i) Cf. Rachilde, élude par Ernest Gaubert Mercure de France, i" avril igoli.