‹ La nouvelle littérature, 1895-1905Chapitre 24 sur 44 · VII. — LES HUMORISTES · texte numérisé non relu

VII. — LES HUMORISTES

M. Gabriel de Laulrec (Mercure de France, mars 1900) a défini ainsi l'humour :

« Le premier humoriste en date fut Socrate, après le Serpent. Car on dira que l'humour peut être parfois son propre jeu, et parfois au contraire l'expression amusante d'une sérieuse pensée. Nul ne discute si Socrate est un merveilleux théoricien. Mais il faut lui savoir gré, connaissant la sagesse humaine, d'avoir compris que l'ironie est maîtresse du monde. Ses dialogues ont l'air d'une gageure contre le lecteur

« Il représente un état d'âme un peu maladif et tourmenté, comme tous les états d'âme modernes, aux multiples inspirations. Il ne faut pas oubUer qu'il a pris naissance sous des cieux brumeux et moroses, où le rire est parfois un efTort. Aussi tous les procédés, même les plus énergiques, sont approuvés qui secouent la tristesse et le sommeil. — L'humoriste, s'il est nécessaire, agitera le squelette d'ivoire au festin de Trimalcion. Le macabre est entré, semble-t-il, depuis peu dans la littérature, mais s'y est fait vite un nom honorable. Il n'est pas d'effet plus sûr que de gambader sur un cercueil

« C'est une tournure d'esprit vers toutes les irapressions. C'est une disposition égale et soudaine à la tristesse comme à la joie ; mais la joie est souvent

mélancolique et la tristesse s'échappe en des gestes bouffons et rassurants . Des recherches subtiles de pensée fatiguent presque le lecteur. Des naïvetés profondes le désarment. Le même écrivain flétrira rigoureusement les cruautés banales de l'existence, puis se complaira avec indulgence et sans arrière-pensée aux joies faciles de chaque jour. Certes, il n'est pas aisé de noter les qualités essentielles qui font qu'un auteur est un humoriste, car cette fantaisie diverse est chez les uns cruelle, chez les autres triste, bouffonne chez celui-là,

correcte et discrète chez celui-ci »

Les humouristes sont les plus connus peut-être des écrivains contemporains. Quelle vogue n'ont pas obtenue les œuvres de Courteline que Mendès compare à Molière ! Tristan Bernard avec ses comédies et les merveilleuses et émerveillantes histoires de ses Amants et Voleurs, un Ma!ri pacifique, Les Mémoires d'un jeune homme rangé, M. Franc Nohain, poète de genre comme les petits maîtres hollandais furent peintres de genre ; l'inimitable et cocasse et divin Franc-Nohain, le Thackeray et l'Addison français, le poète de Flûtes, la Chanson des Trains et des Gares, La cuisinière bourgeoise ; le conteur d'Au Pays de l Instar, l'historiographe du fonctionnaire de la III* République et du gendarme, M. Franc-Nohain qui n'a pas la place qu'il mérite et qui dans une époque où Ton cherche ceux qui instruisent n'est pas compris. Il n'amuse pas, il enseigne. Ecoutez-le. Dans les humoristes nous classerons aussi le romancier

de l'Inimitable, ds ce douloureux, amer, Holocauste, ce livre où la sottise du temps n'a voulu voir que des portraits alors qu'on eût dû y écouter l'aveu qui sanglotte et le cœur qui se martyrise lui-même. M. Ernest La Jeunesse, tour à tour trop prôné et trop dédaigné, dont le talent d'assimilation s'est calomnié par trop d'habileté et qui a écrit Cinq ans chez les sauvages et Demi-Volupté. « Il a lu des livres, beaucoup délivres ; et, miracle I tous ces livres ne l'ont pas troublé. Il voit, à travers eux, l'âme de leurs auteurs avec une netteté qui effraie un peu, et déroute, par la complication, par la disposition variée de mille détails. Ce sont des visions parfois géantes, avec des raccourcis de perspective, et une farouche précision d'ironie ; certains ont comme un faux air d'apocalypse; M. La Jeunesse est le saint Jean de l'ironie. La clarté de sa critique n'y gagne pas toujours ; telles visions sont confuses, quoique précises. M. La Jeunesse entasse, avec un tact assez subtil mais avec un art consommé d'architecte, les petits détails sur les jugements spéciaux ; le tout est solide, mais écrase le lecteur par son abondance et sa multiplicité. M. La Jeunesse veut être personnel, il y réussit ; mais il tombe parfois dans une originalité assez disparate (i). »

Parmi les humoristes, aussi, M. Frédéric Boutet. Les victimes grimacent et l Homme sauvage. Parmi les humoristes encore le moraliste Claude Berton

(i) Jean Violles, YEffort, septembre 1906.

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(Au coin (Van bois, La conuersion d'Angèlè) et M. P.- J. Toulet {Tendres ménages , Mon amie Nane). Citons encore Curnonsky, le collaborateur de Villy, Armory {En Débauches). Il ne faudrait pas non plus oublier Penses-tu réussir et Aimienne de Jean de Tinan, trop tôt disparu, et dont l'ironie sentimentale ne fut pas sans influence sur ses amis. Ï'/Z, Henri Austruy avec V Eupauiophone et \Ere Petit paon inaiUgMTe une ironie mi-scientifique, miphilosophique fort curieuse et attachante.

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