‹ La nouvelle littérature, 1895-1905Chapitre 25 sur 44 · VIII. — LE ROMAN LYRIQUE · texte numérisé non relu

VIII. — LE ROMAN LYRIQUE

C'est de tous les genres le plus mal défini... Jocelyn, les chansons de Bilitis^ et le Visage Emerveillé sont des romans lyriques qui ne se ressemblent guère. Néanmoins nous grouperons sous ce nom Le Visage Emerveillé de la Comtesse Mathieu de Noailles dont M, Henry Ghéon écrit : {Ermitage, 1904, octobre). « Rien de plus souple, de plus brisé, de plus subtil et de plus strict que la prose de la petite nonne imaginaire du Visage Emerveillé. On s'aperçoit que la sonorité intéresse infiniment moins Madame de Noailles que la saveur des mots et que le rythme. Pour ce qui est du rythme, voici une révélation ! elle corrobore tout ce que j'ai dit de l'Ombre des jours. Il faut le proclamer. Madame de Noailles écrit ses plus beaux poèmes en prose. Car, n'allons pas reprocher à ces libres fie*

lions qu'elle nomme romans, pour « faire comme tout le monde », leur étrangeté, leur invraisemblance, leur « à-priorisme » absolu. Je le répète, ses romans sont ses vrais poèmes. Mettons que dans les vers il y ait une trouvaille par strophe ; dans sa prose il y en a une par mot : une trouvaille « poétique ». D'une simple fantaisie comme le Visage Emerveillé, les plus beaux de ses vers s'éclipsent. »

La Mère et l'Enfant, La Bonne Madeleine et la Pauvre Marie de Charles-Louis Philippe d'un lyrisme intime si touchant, si grave, si douloureux ; Chair de M. Eugène Montfort, Sylvie du même. Les trois petits romans fort surfaits de M. Francis Jammes {Clara d'Ellebeuse, Almaïde d' Etremont, Pomme d'Anis) et son Roman da Lièvre appartiennent en partie au roman lyrique. Ils ont un charme de vieillesse mélancolique, la grâce fanée des anciennes étoffes, l'attrait d'une masure perdue et dont les toiles brillent à la rosée, dans un massif lointain de platanes et de cèdres . . . Leur lyrisme hésitant et vif tout ensemble, leur mélange d'ingénuité et de réalisme, leur manque absolu de mesure et de goût leur ont valu une vogue éphémère. Ils méritaient plus et moins.

La Terre Eternelle de Paul-Louis Garnier es par essence le roman lyrique. Un souffle soutenu, une incroyable richesse d'images, un délire verbal qui se continue sans interruption marquent ce poème en prose. Nous citons :

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« Au delà de la rude clarté des landes rouges, au delà des peuples d'oliviers, vers les confins de la mer bleue^ jaillissait dans la splendeur géante et lourde qui couronnait l'entassement de ses âges, Marseille I Mon cœur chantait dans le bruit lumineux des houles. L'Océan lointain des toits et des murailles de la ville luisait comme un pays héroïque et fabuleux. A voir ainsi grandir dans l'heure ardente le tumulte de ces forces de vie, on eût dit une symphonie éclatante et cuivrée ! Mais j'écoutais déjà venir des clameurs confuses , et quand je pénétrai dans tes murs, je reçus en moi la lumière de ta beauté, ô ville radieuse et violente, intarissable source de naissances et de joies, femelle aux seins de soleil et d'amour, aux entrailles ivres et palpitantes et torturées de remous passionnées, ville au sexe de feu ! »

Et cette ardeur se perpétue durant trois cents pages , témoignage de qualités lyriques peu communes.

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