IX. — LE ROMAN ARTISTIQUE
C'est une forme nouvelle intermédiaire entre le poème et le roman. M. Gabriel Faure dans une lettre au Gil Blas en définit la formule et énumère les principales réalisations. Nous citons :
« Notre collaborateur Jules Bois vient de recevoir la lettre suivante de M. Gabriel Faure, que nous publions bien volontiers, car ce jeune et brillant
écrivain, auteur de la Dernière journée de Sapho^ de ï Amour soas les lauriers roses, donne lui-même des exemples charmants de ce « roman artistique » dont il nous apporte ici une brève esquisse :
Mon cher confrère^
J'ai suivi très soigneusement les feuilletons que vous arez consacrés èi la vie littéraire contemporaine, et je viens de lire, avec un intérêt tout particulier vos deux articles sur le roman. J'approuve presque toutes vos idées; et, si je vous adresse ce mot, ce n'est point pour m'inscrire en faux contre vos conclusions, mais pour vous signaler une omission que, l'en suis sûr, vous aurez à cœur de réparer.
Vous avez pas dit un mot du roman que j'appellerais volontiers « artistique », et dont le Lys Rouge me semble le parfait et fort illustre modèle. Certes, j 'admire autant que vous les autres formes du roman (psychologique, social, historique, etc.), et je n'en méconnais point le très grand intéi'êt. Mais, à côté de ces œuvres, qui veulent soutenir une thèse, combattre des idées, en un mot exercer une action, ne croyez-vous pas qu'il y a place pour le roman d'art, lequel ne songe qu'à divertir le lecteur, à lui faire passer une heure agréable, en lui racontant, dans la meilleure langue possible, une histoire, véridique ou non, dont tout l'intérêt est dans le beau décor d'art ou de nature qui l'enveloppent ? Voua allez me reprocher de prêcher pour mon saint ; mais, vraiment, de quoi parlerait-on, si ce n'est de ce que l'on connaît, et que défendrait-on, sinon ce que l'on aime ?
Un genre littéraire ou s'illustrèrent des hommes comme Flaubert, Anatole France, Barrés et d'Annunzio, auquel nous devons des œuvres comme Bruges-la-Morte, le Passé Vivant et Domination — je cite au hasard celles qui me viennent à la mémoire — me semble avoir droit d'entrée dans votre citée littéraire. Et je m'étonne même que celui qui écrivit les nobles vers de Hippolyte couronné et tant de belles proses, ne lui ait pas réservé une place d'honneur.
Ajoutons à ces noms ceux d'Albert Erlande [Jolie Personne, Le Paradis des Vierges sages), de M'"** Valentine de Saint-Point {Un Amour). — Jules Garât [La Sonate de Hœndel). — Alexandre Macedonski {Le Calvaire de Feu). Une Femme m'apparut de M"" Vivien, L'Etre Double de M"^ Riversdale. Le Cher Sujet de P. Jaudon, peuvent se classer ici.