XIII. — PRIMES ET PRIX
Depuis quelques années, les primes d'encouragement se sont multipliées en faveur des jeunes littérateurs. Il n'y avait autrefois que les fondations académiques. Maintenant les journaux et les cercles leur font concurrence. Certes l'Académie Française pa-
raissait mieux désignée pour connaître des talents nouveaux que certains groupements mondains ou politiques, et nous devons constater pourtant que le public attache plus d'intérêt à ces couronnes récentes qu'à celles que distribue l'Institut. Cela tient d'abord à l'importance des sommes et surtout à ce que TAcadémie consacre des réputations et ne les établit pas. L'Académie Goncourt, en outre, n'a pas tenu compte de certains scrupules. Jusqu'à présent les prix n'osaient aller aux ouvrages entachés d'érotisme. La liberté des mœurs de nos personnages ne pouvait être admise quai Conti.
Sur les trois lauréats de l'Académie Goncourt (MM. J. A. Nau, L. Frapié, Claude Farrère), deux surtout méritaient leur gloire et on ne peut qu'applaudir l'indépendance qui présida à ces jugements.
Un jury de femmes réuni par la maison Hachette, au Journal La Vie //curent?, attribua cinq mille francs à La Conquête de Jérusalem de M™® Myriam-Harry (1904) et pareille somme en 1906 au Jean-Christophe de M. Romain Rolland. Après nous avoir prouvé qu'elles ont du talent, les femmes prouvent qu'elles ont de l'intelligence, peu de parti-pris et beaucoup de jugement.
La Société des Gens de Lettres a été moins heureuse dans ses attributions du Prix Sully-Prudhomme. Elle semble avoir délibérément choisi des médiocres.
Divers autres prix, comme celui de la Presse (a
M. Reboux par sa Maison des Danses) témoignent d'une impartialité moins rare qu'on ne croirait chez nos contemporains.
L'Académie Française, fidèle à sa mission, n'a pas refusé l'exequatur aux meilleurs poètes et romanciers d'aujourd'hui : MM. Gregh, Guérin^ Larguier, Rivoire, Le Cardonnel, M°'^de Noailles, Emile Despax, etc.