LITTÉRATURE DRAMATIQUE
Il n'y a pas beaucoup de littérature dans les pièces qui se jouent chaque soir à Paris et il y a peu de jeunes auteurs joués, ce qui explique la brièveté de ce chapitre.
Sur l'art dramatique d'aujourd'hui, il n'y a qu'un cri : le théâtre français est en décadence (i). Ici, se vérifie, une fois de plus, la vérité des paroles de M. Charles Maurras. Les auteurs dramatiques vont au succès c'est-à-dire à l'argent en flattant le mauvais goût public et en l'exagérant, et, comme le théâtre rapporte infiniment plus d'argent que le roman, il est descendu plus bas. Les auteurs dramatiques ont même inventé une expression : Ce n'est pas du théâtre pour dire « voilà une pièce littéraire.
(i) Si nous ne parlons pas ici de M. François de Curel, c'est que sa réputation est trop justement établie pour qu'il soit nécessaire d'y revenir. Notons qu'il a eu la plus complète et la plus heureuse influence sur le théâtre de demain. Cf. François de Curel^ par Roger Le Brun, Sansot et C'»,i9o5, in-iS,
originale, morale, qui ne fera pas d'argent », et une autre expression. « C'est du théâtre » pour dire « voilà une pièce banale, faite avec des ficelles qui ont déjà servi et dont on est sûr, évocatrice d'émotions mille fois soulevées, d'une morale sans élévation, d'une gaieté vulgaire, d'une langue prétentieuseoupeu sûre, mais cettepièce ira àla centième.» Durant les deux siècles qui dominent notre littérature et la littérature de l'Europe la supériorité française s'établit au théâtre par la comédie de mœurs et la tragédie. Plus tard, mais avec une autorité moindre, le drame romantique fit sonner le pur métal de ses tirades éclatantes et déplacées. Depuis, nous en sommes tombés à la comédie de sentiment, au tragique larmoyant et bavard qui de La Chaussée, lequel savait au moins le français, s'abaisse encore jusqu'à Brieux, nous sommes tombés au vaudeville morne, à la farce niaise, à des compromis entre le music-hall, la maison close et le vaudeville qui n'ont même plus l'intérêt de chacun de ces genressi l'on peut dire. Nous avons eu les pièces à terreur, les pièces à surprises macabres, de la parade italienne de Ruzzante nous descendons au drame chirurgical, l'ancienne scène à effet du mélodrame servie, seule , avec beaucoup d'épices et sans sauce. Du tragique olympien d'Eschyle au tragique de M. Métenier. Et qu'on nous entende, ce n'est pas le fond de ceS pièces que nous condamnons, c'est le procédé, le style, la composi-
tion, leur caractère de faits divers qui les situe en dehors même des productions françaises. La tragédie a évolué entre M. Rostand et M. Métenier (i). La comédie entre M. Bisson et M. Grenet-Dancour.