‹ La nouvelle monadologieChapitre 124 sur 177 · LA CRITIQUE DU THÉISME CHEZ HUME · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE DU THÉISME CHEZ HUME

sont suivis de la fatigue et des dégoûts les plus cruels, à l'espoir le plus flalleur succèdent les désappointements les plus teiTibles, u

Hume continue l'exposition des faits par le tableau des divagations religieuses, de la corruption des maximes, de l'infidélité des hommes à leurs principes : les plus corrompus et les plus pervers adoptent souvent les principes les plus rigoureux... « Cherchez cependant un peuple qui n'ait point de religion ; si vous le trouvez, soyez sûr qu'il ne diffère pas beaucoup des bêtes brutes., , Tout est énigme et mystère, le doute, l'incertitude, la suspension du jugement, voilà les résultats de nos plus exactes recherches. » Le doute lui-môme n'est pas tenable pour notre faible raison, « à moins d'opposer une superstition à une autre, et de trouver, pendant qu'elles luttent avec fureur, un refuge heureux dans les régions obscures mais paisibles de la philosophie ».

Hume veut donc ignorer que c'est une question de la pbilosophie aussi, que ce serait même essentiellement /a question de la philosophie, abordée avec la claire notion de ce qu'elle renferme, traitée avec les ressources unies de la raison, de la morale et de la spéculation, de savoir quel jugement porter des biens et des maux, de leur dernier fondement dans la nature, et de ce qu'on peut présumer de la possibilité d'une origine du mal, ainsi que de la possibilité d'une fin des êtres, qui, rejoignant leur commencement, l'expliquerait conformément à l'idée générale du règne du bien dans le monde.

Sans s'éloigner du point de vue empirique des choses. Hume a cependant écrit un livre où il soumet à une remarquable analyse la question de la vraisemblance de la création, appréciée d'après le système des fins qui, dans l'ordre de l'univers, font penser à un créateur

3S0 LE MATKRIALISMF; et L'ATIIlâSME

intelligent. L'ouvrage, [>ostliucnc, et qui fut étouffe par un mode de publication à peu près clandestin, a lu valeur d'un complément original des théories du Traité dp la nature humaine, quoique l'autour ait affaibli, comme il l'a fait aussi dans sus Essaissur l'entendement, le caractère phénoménistc de sa première manière, pour se rapprocher du naturalisme régnant dans son milieu. Il n'est pus de livre où soit mieux et plus nettement exposée ([ue dans ces Dtalogties sur la religion naturelle, la philosophie de la religion, telle que pouvait la comprendre uu penseur génial, au moment ofl se trouvaient discréditées devant la. raison affranchie toutes les doctrines relevantde la tradition théologîque. Un demi siècle s'était écoulé depuis les controvci'ses de Leibniz et de Biiyle. On ne voulait plus entendre parler que de l'expérience.

Hume avait nié l'idée de cause en tant qu'idée réelle du pouvoircl de Vaclion, il l'avait remplacée par l'idée, que l'habitude crée, do la liaison de deux phénomènes dont l'un est invariablement suivi de l'autre. Cette thèse, et la mélhode rigoureusement empirique dont elle dépond permettaient à son auteur de i-ejcter tout argument par lequel on prétendrait conclure logiquement d'une idée pure à l'existence de son objet. Aussi Irouve-t-on dans les Dialogues un équivalent clair el exact {qu'on a trop peu remarqué) de la réfutation kantienne des deux grandes démons Ira lion s aprioriques de l'exislence de Dieu, tirées, l'une do l'idée de perfection, l'autre de l'idée de nécessité. De l'idée au fait gui lui est extérieur, H ne saurait y avoir déduction. La critique de la raison pure est née, comme cela devait être, de l'empirisme, et c'est du plus pur empirisme que cette partie du criticlsme de Kant et son premier principe se sont inspirés.

La même méthode, en ôlaut toute sa force à l'argu-

Page 1