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L'HYPOTHÈSE DU PROGRÈS DE LA NATURE

duction naturelle aux spéculations cvolutiouisles sur le passé et sur l'avenir. Sur le passé, Leibniz n'aurait pu hii-mCme s'y livrer sans mettre en danger sa Ihèse officielledc la création, car il estmanifesie que la doctrine infiuitiste engage le philosophe à faire remonter à l'infini l'origine des phénomènes. Quant à l'avenir, il avait plus de liberté. 11 a pu émettre des idées du plus haut intérêt, dont sa monaHologte lui fournissait la matière, sur les progrès de l'être en organisation. U a établi la doctrine de l'union indissoluble des monades-âmes avec des corps organiques, et celle de rindestructibilitc d'une telle union, destinée à traverser l'inQnic durée en prenant des formes successives. Elles ne se produisent point par des métensomatoses des âmes, mais par la voie des développements et enveloppements de semences, qui sont la vie et la mort des animaux, tous Impérissables au fond à travers leurs métamorphoses. « Je croirais, dit Leibniz, que les âmes qui seront un jour âmes humaines, comme celles des autres espèces, ont été dans les semences, et dans les ancêtres jusqu'à Adam, et ont existé, par conséquent, depuis le commencement des choses, toujours dans ime manière de corps organique. » 11 n'est pa^ trop hardi de prendre en ce passage une perspective des vues réelles que Leibniz pouvait avoir sur un progrès naturel des espèces depuis les animaux, même inférieurs, jusqu'à lanimaldc raison; car il recourt à une sorte de miracle divin, qu'il nomme une transcréation, pour expliquer l'élévation d'une âme sensitive au degré d'âme raison^ nable, à l'aide d'une opération particulière, immédiate, au moment de la génération de chacun des descendants d'Adam. 11 dit bien qu'il a de la peine à concevoir un moyen nalurel d'élever ainsi une âme, mais il se garde d'affirmer qu'il n'en saurait exister aucun. Observons en outre que l'hypothèse de la transcréation oblige à

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regarder le péché d'Adam comme lui ayant été absolument propre en tant qu'être raisonnable, et non transmissible {Théodicée, § 91).

Leibniz se représentait les composés organiques de monades qui constituent les semences des grands animaux, comme les corps mi^mes de ces animaux sur une échelle moindre, et par là insensibles. Celte hypothèse de la préformation organique, adoptée par Halier et d'autres physiologistes, a été postérieurement démentie, l'observation ayant constaté la formation des organes par voie de différenciations successives. Mais ceci est d'un intérêt secondaire pour la métaphysique. La préexistence dos germes, quelle que soit leur forme à l'état insensible, et la loi de finalité dans les phénomènes embryogéniques sont les points essentiels, et auraient suffi, sans l'hypothèse de Y emboîtement, pour servir de fondement aux spéculations religieuses de palingéni'sie philosophique du naturaliste Charles Bonnet, disciple de Leibniz.

On peut dire en somme que Leibniz, si l'on écarte les restrictions ou les voiles dont l'orthodoxie théologique le força d'entourer ses pensées, fut l'initiateur de l'esprit évolutioniste qui s'étendit après lui, et qui se découvre chez Kant, nous l'avons vu, entre l'infinitisme, quoique inavoué, et l'inconditionné (XLI) . Benoit de Maillet, auteur d'une hypothèse de descendance de l'homme des animaux marins. Robinet, qui se proposait de montrer la gradation naturelle des êtres en un progrès continu de l'organisation partant du minéral ; — Essais de la nature qui apprend à foi-mer rhonane, — ne sont pas de grands philosophes, mais des idées semblables aux leurs fermentaient dans les esprits pendant tout le cours du xvm" siècle, et le commencement du xix° vit paraître la Philosophie zoologigue de Lamarck, premier système scientifique de l'origiine des espèces.

ABANDON DO THÉISMli; PAR LES DISCIPLES DE KANT

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