ABANDON DU THÉISME PAR LES DISCIPLES DE KANT
Quelles que soient les raisons qui ont dû engager Kant à s'abstenir de compléter un système dont les théories ébauchées dominent un peu partout son criticisme (XXXI ll-XXX VII), il n'a pas laissé de soumettre le principe même de la métaphysique à cette méthode de l'évolution qui, depuis le déclin du néoplatonisme de kl Renaissance, et grâce à la méthode synthétique de Descartes, de Spinoza, de Malebranche, et de Leibniz lui- Biéme, quand on n'approfondissait pas trop les dessous de son infinitisme, semblait abandonnée. Autant le progrès fut grand, par l'œuvre de Kant, en ce qui touche la logique des concepts, la critique de la connaissance, la coniirmation du principe de l'idéalisme, autant devons- nous juger rétrograde la restauration d'une méthode qui, prenant pour point de départ l'Absolu, dans lequel on implante une idée qu)on réalise, subordonne la conscience, la fait apparaître comme un produit de l'évolution, et par là même élimine la personnalité divine. Dans l'école allemande issue de Kant, OD a composé différentes théories pour tirer ainsi de l'absolu le relatif, à l'aide de la contradiction familière aux émanatistes. On a supprimé seulement l'ancienne idée de la déchéance, ainsi que l'hypothèse de l'écart primitif de la raison, appréciation pessimiste du monde phénoménal qui appartenait au transcendantalisme kantien . L'idée ' de développement a fourni la forme donnée à la manifestation du noumène fondamental ; le progrès universel a été choisi pour la loi de
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la série des phéaomënes, et le déterminisme pour le mode d'action de cette loi. Tous ces systf-mes peuvent s'appeler, quelque nom que leurs auteurs aient trouvé bon d'affecter au principe des choses, des fictions de j Nature natiiranle {ou Idée réalisante). Le public les a nommés panthéistes parce qu'il y voyait l'idée de Dieu absorbée dans l'idée de Tout; mais l'idée de Dieu s'y est toujours montrée un embarras, et non point un secours pour expliquer la sortie du monde de l'Absolu et la marche des choses en tant que développement progressif.
- Idée, ou Nature, ou Substance sont des termes qui conviendraient également bien à ces systèmes pour y désigner la racine profonde de la génération des choses. Même dans la doctrine de Fichte, dont l'idéalisme stibjectif semble n'avoir pas d'abord affaire à la nature, on doit en somme reconnaître une sorte d'histoire de l'universalité des phénomènes ramenés à leur principe qui s'appelle mais qui n'est pas le Moi. L'être qui reçoit de Fichte ce nom n'est pas le moi individuel, une conscience, mais le moi absolu, dont le moi et le non-moi, qui en sortent en s'opposant et se limitant réciproquement, sont les produits sans qu'il s'agisse encore d'autre chose que de l'universel et de l'abstrait. Cette proposition de logique réaliste passe par-dessus le fait réel. Le fait est l'aperceplion empirique d'un rapport actuel de sujet à objet, dans une représentation individuelle qui se continue par une suite de représentations données sous la -loi de succession et avec le concours d'autres relations catégoriques. La thèse de Fichte n'est donc point comparable à celle du Cogito cartésien ; elle en est l'inverse ; car l'induction : ergo stun, en cette dernière, conclut l'ôtre substantiel de l'être phénoménal témoigné par la conscience, tandis que Fichte pose du premier jet le noumëne d'un moi universel ; comme s'il pouvait