ABANDON DU THÉISME PAR LES DISCIPLES DE KANT
y avoir une existence réelle pour cette essence logique en dehors d'une conscience positive, d'une personne, Dieu ou homme. Mais c'est qu'au fond ce noumène est pour lui la Chose et non la Personne.
Le moi ainsi compris est le principe d'une sorte d'émanation. Devenu intelligence par le moyen du nonmoi qu'il s'oppose, le moi absolu découvre dans le développement de ce non-moi le monde. Comment il s'en distingue, et comment les individus et l'univers ne composent pas un moi solipsisle malgré les apparences, on ne le voit pas logiquement. Il faut que l'homme recoure à la loi morale, pour se reconnaître des semblables et pour poser le monde et Dieu. Dans un livre d'une inspiration très belle, où s'expriment les sentiments les plus élevés, que sa vie n'a point démentis {La destination île l'homme : Douter, Savoir, Croire), Fichte a remplacé la science de la connaissance, sa première ambition, par l'analyse psychologique. Parlant alors du vrai moi, il a essayé, après Berkeley, une démonstration de la non-existence du monde externe ' non point, comme lui, par les arguments de l'immatérialisme et du relativisme, mais en soutenant la possibilité que le moi soit l'auteur de ses sensations et de ses idées, y compris l'idée de cause, qui est celle qu'applique le moi pour attribuer la production de ses propres phénomènes à un sujet étranger.
Ce solipsisme ne pouvant jamais être qu'une hypothèse forcée, n'a pas la valeur métaphysique de la théorie de Berkeley, qui, reconnaissant la force de la notion de cause externe, attribue à Dieu la produclion des idées. Fichte ne laisse pas de donner le titre de savoir à la deuxième partie de son ouvrage (un dialogue entre l'Esprit et le Moi} où il déduit les motifs de l'idéalisme égoïste. Dans la première partie, qui est consacrée à l'exposition des motifs de douter, c'est le conflit élevé
dans la pensée entre la liberté et la nécessité, avant que VEspril ait démontré au Moi sa solitude, c'est l'impossibilité de résoudre ce problème, qui a motivé le désespoirdumoi. L'Esprita'a pu que l'aggraver, en obligeant le moi à tenir ses propres phénomènes pour illusoires, en tant qu'il a des sentiments et des idées qu'il rapporte à quelque autre chose qu'à soi. Le croire seul peut, avec le principe de l'action, la volonté, rétablir la quiétude du moi, et c'est le sujet de la troisième partie. On échapperait ainsi, par la notion de )a « personnalité indépendante » au joug de la nécessité qui, en effet, ne pèse pas moins sur le moi, dans l'hypothèse où l'homme serait la victime d'une illusion interne, que dans celle oii il serait le pur jouet d'un monde extérieur réel.
Mais, pour Fichte, la liberté n'est point le libre arbitre ; il la refuse aux agents du mal, ne l'accorde qu'aux bons, et pose ainsi la nécessité du mal, dont la donnée est un fait. Il ne craint pas de peindre le monde avec de noires couleurs tout en le posant bon a priori. La doctrine du progrès est chargée de pallier la contradiction. C'est le progrès de la société humaine, d'abord, qui atteindra un jour la perfection, quoique Fichte ne montre point comment les hommes feront pour cesser d'être vicieux; puis c'est le progrès des vies individuelles, d'existences en existences toujours meilleures, et une marche sûre vers le Dieu inaccessible. Dieu est inaccessible parce qu'il estiniini, ce qui n'empêche point que, de son côté, il n'atteigne et n'embrasse les mondes. Ce qui serait contradictoire en un seiis, ne l'est pas dans l'autre : énigme expliquée au fond par l'unité de l'être. Les parties n'atteignent pas le tout ; rien de plus juste. Mais c'est entre l'unité et l'infinité qu'est la contradiction.
La personnalité, dont l'établissement par l'œuvre de la croyance était annoncée, devient ainsi impossible à