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CHAPITRE XLllI LE MONDE DE SCHOPENHAUER

Schopenhauer poursuivit, en métaphysique, le même objet que les trois principaux disciples de Kant : découvrir, définir le noumène inconnu qui soutient l'ordre entier des phénomènes; mais il adopta la marche inverse de la leur, en cosmogonie, et fut plus fidèle à l'esprit profond du maître, ainsi d'ailleurs qu'à la plus commune tradition des écoles aprioristes, en ne prenant pas le mal pour un bien, et pour la condition du bien, mais en lui attribuant à proprement parler une origine. Une origine du mal, c'est l'idée la plus générale possible, mais formelle de la chute originelle. Seulement, Schopenhauer se trouva engagé, par l'effet de son parti pris métaphysique de chercher dans l'ab-

LE MONDE DE SCHOrENHAUEB 3«5

solu l'origine du inonde, à regarder la vie elle-même, la volonté de vivre, chez le vivant, comme le fait caractéristique do la déchéance. Cet incompréhensible écart de la Raison et de la Loi morale, que Kant avait obscurément imaginé chez le noumène, — mais Kant n'aurait pas dû dire le noumène complètement inconnaissable, s'il lui supposait l'attribut de la raison, — cet étrange phéiiomène du nàwnène qui devient^ Schopenhauer l'envisagea dans l'acte de la Volonté devenant le Vouloir vivre. De ce fatal moment, s'il est possible d'assigner un moment là- où le temps n'était pas encore, aurait pris naissance le monde des apparences, le monde de la multiplicité, du temps, de l'espace, et de la causalité qui est la matière. Mais la volonté une et simple subsiste toujours au fond, constamment libre de rentrer dans le pur état nouménal, par un acte moral de renonciation absolue, juste réparation de l'acte de péché qui l'en a fait sortir,

Schopenhauer a donné lui-même cette signilication expresse à sa doctrine de la production du monde par un acte de l'Clre inconditionné, regardé d'abord, comme volonté pure. Ily a joint l'analyse descauses de la douleur, et la théorie bouddhique du nirvana. Il a par là embrassé l'unique sens qui pouvait être donné aunouménisme de Kant, quoi qu'en eût pu penser l'auteur lui-même de cette théorie de l'être réel hors du temps et de l'espace. Qu'il eût plu à ce dernier d'appeler réel aussi, d'une autre part, ce qui est empirique, ce n'était pas moins un résultat des plus hautes visées de la doctrine transcendantale, et du transport de la liberté hors du temps et de l'espace, de tenir pour de simples apparences les phénomènes développés sous nos yeux en contradiction de la réalité supérieure {XXXVII). C'est le premier point que sans doute Schopenhauer a dû reconnaître.

LE MATIÎRIALISME ET L'ATHKISME

second est la franche déclaration des condîtioas ables de la vie, des maux, de la nature et de la é, et de l'incapacité naturelle oii est l'homme de iverner par la justice, fait que Kant a partout re- 1, et qui est aggravé, non diminué, chez lui, par sibilité logique et morale quil admet d'envisager, lors de boute expérience, l'idéal de la République Tselle et du Régine des /ins.

troisième point se rapporte à la thèse kantienne jI radical, à laquelle s'adapterait à merveille le 1g chîite de la- volonté, en tant qu'incompréheniéparatioft de l'agent ralionnel d'avec la raison, obile par définition, selon Kant. Ce fait originaire mde phénoménal, thèse de première importunée, ue laissée saiia développement par le maître, aui tout au moins interdire à des disciples ces théoévolution progressive du monde parli de Vètre du qui ont été un caractère commun de leurs vues lalives, si diverses en apparence. Schopenhauer nontré le vrai disciple, excepté dans la morale, >addhismc formel lui ayant imposé, au lieu de la i, le principe de la pitié pour règle suprême des les créatures souffrantes dont l'être est un. quatrième et dernier point, sur lequel l'accord et et caractéristique de Kant et de Schopenhauer nstaté par ce dernier, dans son Mémoire sur le arbitre, est l'étonnante hypothèse qui fait coïnit s'identifier l'acte de l'agent temporel, rigoureut déterminé par ses antécédents de l'ordre du , avec l'acte libre du même agent en dehors de nditions. Schopenhauer déclare adopter cette rine de la coexistence de la liberté et de la néces- : Si l'acte est libre, dit-il, c'est qHe l'homme faiit rs ce qu'il veut, quoique toujours déterminé ; c'est git, quoique en des circonstances données et nécès-

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