LE MONDE DE »C!{0PEN1I.\(JER
saircs, selon ee qu'il est, selon son essence et son caractère, qui appartiennent à son être hors de la nature. Do là sa responsabilité morale. Mais la coexistence n'est que la simple existence, dans la pensée de Sehopenhauer : l'écart entre l'acte phénoménal et celni qui institue en une seule fois le caractère de chaque homme est imaginaire: les phénomènes qui impliquent la division de l'être ne sont tous que des produils de l'illusion générale d'où procède le monde de la mulière et de la vie. C'est là sans doute ce que Kant n'avait pas voulu dire.
Sehopenhauer, en sa doctrine de l'unité absolue de l'èlre, n'a point entendu favoriser l'éléalisme. Son inspiration est morale et mystique, plus qu'on ne l'a voulu croire. Son principe de la Volonté pure est, il est vrai, im concept de métaphysique réaliste, entaché du vice commun des doctrines de l'absolu; mais, s'il pose ainsi la liberté dans l'abstrait, c'est cependant en lui donnant le sens d'une libellé d'option, nullement celui d'un développement spontané du néant de l'êtrecomme d'une substance universelle ; car il insiste fortement sur le caractère de péché qu'il attribue à cet acte, à la fois premier, unique et incessamment continué du Vouloirvivre, qui est le générateur du temps. 11 déclare, avec non moins d'énergie, que les maux dont nous souffrons, et qui forment le tissu de la vie, sont la juste punition de la faute originelle, une expiation gui est due.
Tout acte d'option et de libre arbitre, encourant responsabilité, suppose un état antécédent d'intelligence et de passion chez l'agent; l'idée nous vient donc ici, qu'il a dû, selon cette doctrine, exister un certain monde de la volonté consciente, avant le monde du Vouloir-vivre. Puis, passant de la question d'origine à la question de fin, — du péché d'où vient le monde, à l'extinction du Vouloir-vivre, qui en serait l'anéantissement, — on peut demander si le renoncement à la
conscience, en nos présentes conditions de vie, ne serait pas pour nous la rentrée dans le monde pur de la Volonté, qui les a précédées? Sous cette dernière forme de la difficulté, Schopenhauer, qui nous semble avoir évité d'envisager en face la première, n'a pas refusé d'accueillir, ou à peu près, l'hypothèse : c'est à la dernière page, aux derniers mots de son grand ouvrage : Le Monde comme Volonté et comme Reprêseniation :
« Nous le déclarons nettement », dit-il, après avoir expliqué comment la négation de la volonté, serait l'anéantissement du monde : » Ce qui reste après la suppression totale de la volonté, au point de vue de ceux que la volonté anime encore', c'est elTectivement le néant; mais, à Tinverse, pour ceux qui ont converti et aboli la volonté, c'est notre monde actuel, si réel, avec tous ses soleils et toutes ses voies lactées, qui est le néant. » Et en note ;
« C'est ce néant qui constitue le Pratscha Paramita des bouddhistes, le par-delà de la connaissance, le point oii sujet et objet n'existent plus, »
En ce cas, la doctrine n'échappe pas à un dilemme : ou quelque chose existerait, pour l'homme, après la conversion de sa volonté, qui soutint un rapport avec ce qu'était sa conscience quand, le sujet se distinguant en lui de l'objet, le monde était sa représentation ; — ou bien la suppression du temps, caractère de ce monde et de tous les phénomènes de conscience, est le passage à quelque chose qui leur étant complètement hétérogène n'admet plus aucun rapport avec eux. Suivant la première hypothèse, le principe de relativité s'appliquant, et la loi de personnalité se conservant, au moins de quelque manière, les idées de perfection, et de bonheur, moralement attachées à l'idée de la fin des choses, appelleraient naturellement celle de l'accomplissement de la personne humaine, plutôt que de son anéantisse-