‹ La nouvelle monadologieChapitre 14 sur 177 · LK TRANSFORMISME Î · texte numérisé non relu

LK TRANSFORMISME Î

Au lieu du réalisme d'un concept, tel que le nombre pylhagorique, ou l'Ctre pur des éléates, nous avons, dans l'école physiciste, le réalisme d'un objet sensible pris entre tous et appelé à rendre compte des phénomènes, c'est-à-dire des autres objets considérés comme des apparences de celui-là, qui subsiste au fond, et seul ne fait que se transformer, alors que les autres périssent. H faut que cet objet, frappant pour l'imagination, occupe une grande place dans la nature et paraisse indispensable à la production, ou à l'entretien et à la conservation des autres, et à leur dissolution. Thaïes n'a pas d'autre raison que celle-là pour juger que toutes choses viennent de l'eau et retournent à l'eau, non plus qu'Auaximène ou Diogène d'Apollonie, venus après lui, pour soutenir que c'est à l'air que ce rôle appartient. Ces deux philosophes attribuent à l'air le don de se changer, par voie de condensation ou de raréfaction, en les autres éléments desquels se forment toutes choses. Ils lui accordent, en lui-môme, l'infinité, et aussi l'intelligence, de manière à en rapprocher l'idée, au moins le second, de celle du Nous d'Anaxagorc (V). D'autres, du même temps, pensent que c'est à quelque élément intermédiaire entre l'air et l'eau, ou entre l'air et le feu, qu'appartient le rôle d'agent universel. Toutes ces propositions rassortissent à la notion réaliste de substance; car c'est bien un concept réalisé qui, pour les , physicistes comme pour les ralionalistcs, pose le vrai fondement de la spéculation; mais, ensuite, c'est l'impression reçue de la nature qui engage le philosophe à se demander quel est, entre les grands corps d'où parait dépendre la vie sur le globe terrestre, celui qui est la substance des autres. Si le penseur grec ne songe pas au Soleil, source de vie par son rayonnement, c'est bien certainement parce que cet astre est, à ses yeux, un dieu immortel et non point un corps sujet au changement.

28 LE MONDE SUIVANT L'ANCrEH ESPRIT HELLENIQUE Lorsque Héraclile adopta le Feu pour substance universelle, il ne le considéra point comme un corps, mais comme un principe actif et divin, encore que susceptible de prendre des formes physiques et de se transformer (V).

Quand on pense que les soixante-dix, ou environ, éléments spécifiques simples de la science actuelle, ne sont indécomposables que de fait, ou d'après les méthodes connues, mais nullement démontrés tels; que les hypothèses atomistiques ne sauraient elles-mêmes descendre jusqu'à l'être radical; que les éléments, et essentiellement ceux qui importent le plus à la vie, n'intéressent la vie que dans leurs états de composition, ou pour passer eux-mêmes d'une composition à une autre; qu'il n'est pas un seul de ces composés dont l'état physique ne subisse les changements les plus complets pour nos sens et pour la génération ou la destruction de tous les êtres vivants, par le simple effet des moditications de chaleur ou de pression; et qu'enfin il n'est sans doute pas un seul de ces corps dont les éléments ne tombassent dans une entière dissociation si la température était assez élevée ; quand on pense à cette effrayante compli- , cation du monde matériel dont la moindre créature est une fonction vivante, on ne voit plus ce qu'il entre de philosophique dans le parti pris du naturaliste aprioriste qui commet ce contresens de prendre pour le principe de l'univers ce composé d'oxygène et d'hydrogène, à propriétés singulières, dont certaines adaptations, certaines harmonies sont un exemple étonnant des dispositions finalistes grâce auxquelles le règne de la vie est devenu ce qu'il est sur la terre, en rapport avec la situation de cette planète dans le système solaire.

Ce qu'il entre de philosophique — nous ne disons pas d'une philosophie vraie, — dans le physicisme de l'école ionienne, c'est le transformisme, méthode

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pour l'application de laquelle chaque philosophe allait à la découverte du sujet le plus convenable des transformations que lui en représentaient les phénomènes. Le principe transformiste réunit plusieurs procédés que les historiens de la philosophie décrivent ordinairement, sans les rapporter à Pidée principale. 11 faut d'abord remarquer son origine psychologique : elle est certainement la même que celle de la croyance aux métamorphoses, croyance commune à toutes les mythologics, portée au plus haut degré d'imagination et d'aberration dans les mythes Indiens, plus modérée chez les Grecs, et fort intelligible pour nous, si nous réfléchissons à un état de l'esprit ignorant, pour lequel les changements de forme sont arbitrairement supposables, partout où l'observation ne fournit pas des séquences invariables entre des phénomènes séparés. Mais ce penchant de l'imagination survit à la cause qui le favorisa dans son origine : après même que le savant a pris l'habitude de chercher à tout ordre de changement sa loi, il peut arriver qu'on regarde la loi non point en elle-même, ou dans les liaisons qui la constituent, mais dans le prétendu fait de la transformation d'une chose en une autre chose . Un exemple frappant de cet écart de la méthode scientifique est donné à notre époque môme par la doctrine du philosophe qui regarde les sensations et les pensées comme des transformations du concept réalisé et matérialisé qu'il appelle la Force (XLVlll).

Deux procédés principaux, chez les philosophes ioniens, recouvrent l'idée générale de la transformalion dont ils définissent les agents. Le premier et le moins intéressant consiste à représenter les états physiques donnant lieu aux qualités sensibles principales comme des produits de la condensation ou de la raréiaction de la matière unique. A ce point de vue, on

ÎO LE-MONDE SUIVAIT L'ANCIEN ESPRIT HELLENfQUK

devait se contenter d'une idée vague de la densité variable des corps, et de ses rapports avec le chaud et le froid pour donner lieu aux différents phénomènes. Le dernier des ioniens qu'on peut dire matérialistes purs, contemporain de cet Anaxagore qui innova prônent en séparant de la matière l'inlelligencc ;c, Diogènc d'ApolIonie, assimilait encore à l'air et la pensée, expliquait par ses modifications les leurs espèces et leurs fonctions. Une philosophie genre est au-dessous des fictions des temps my- ;iques. Celles-ci pouvaient au moins exprimer des ;s, tandis que la physique n'est rien et ne nous ad rien, quand ses vues sont arbitraires et n'était pas des rapports vérifiables.

cas est différent pour une autre espèce de transjme, celle qui considère les phénomènes comme oduiis d'une essence unique qui va se transforpar son œuvre propre ; on est alors en pleine hysique. Ce transformisme spontané de la subspeut s'appeler vital, quoique le précédent puisse nais à un moindre degré, justifier cette qualificanulle doctrine, avant l'atomisme, n'ayant exclu llement de l'idée de la matière les attributs de la ais ici l'œuvre cosmique s'offre tout naturellement ensée comme devant suivre iin plan, aller à une ! qui est le propre caractère de la vie ; et c'est à itionisme qu'on est conduit. Le monde apparaît e le produit d'une évolution. En un sens, on lit dire qu'on n'abandonne pas ainsi le point de •s transformations du sujet matériel, sujet qui est le principe automoteur. Mais c'est une autre idée imtne, une loi, qu'on cherche à définir, qui règle ssages du sujet d'un état à un autre. De plus, le me de la théorie se modifie en de certaines doc- , par la division du sujet en essences distinctes

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