CHAPITRE XLVIII LE POSITIVISME ÉVOLUTIONISTE. HERBERT SPENCEIl
L'idée qui avait fait faute à Comte pour poser le fondement du système du monde, et en réduire le développement à l'unité, mais une idée que, sans aucun doute. Comte eût rejetée comme entachée de métaphysique, s'est offerte à un philosophe dont on a souvent rapproché la doctrine du positivisme, quoiqu'elle en repousse les thèses essentielles. Entre les deux penseurs, il y a ce rapport : que H, Spencer édifie, comme l'auteur de la philosophie positive, son système sur la science, telle au moins qu'il en interprète certaines lois. Mais il va beaucoup plus loin que lui, en ce que, des principes de la science qu'il prend pour accordés, il ne déduit pas simplement la philosophie positive — une philosophie
qui est une méthode bornant a priori la science possible, — mais bien le savoir coTnplètenient unifv':. L'œuvre que Comte tenait pour l'objet idéal, mais irréalisable de la science, a paru exécutable à H. Spencer, grâce à un progrès considérable obtenu dans la conception de la physique générale, vers les dernières années de la vie de Comte. L'inaccessible semblait s'être mis à la portée du philosophe positif, 11 ne fallait que définir une substance, une matière universelle qui fût aussi ta force universelle, et remplacer par une évolution de cette substance, etpar ses transformations scicHii^^es, la loi unique dont Comte avait admis la possibilité.
La philosophie de H. Spencer se relie d'une façon remarquable au Kantisme, par le concept du principe inconditionné, inconnaissable du monde (XXXlll), en même temps qu'au positivisme, qui se déclare agnosticiste en cette question d'origine des choses ; et l'on, peut rapprocher aussi H. Spencer, comme auteur d'un système d'évolution, des principaux disciples immédiats de Kant, qui furent aussi des évolutionistes, quoique établissant sur de tout autres principes que devait le faire H. Spencer les assises métaphysiques du savoir universel.
Le passage de Kunt à H. Spencer a lieu, en métaphysique, par l'intermédiaire de Hamilton, de qui H, Spencer tint sa thèse réaliste, et la théorie des vérités ultimes inconcevables. Hamilton, se posant le problème des prétendues antinomies de la raison sur les points capitaux mêmes qui sont discutés dans la Critique de la Raisenpure, ne concluait pas, à l'exemple de Kant, que la thèse et l'antithèse, également démontrables à ce qu'il semble, étaient l'une comme l'autre, inapplicables à l'être réel {au noumène), et portaient sur de simples apparences du domaine du temps et de l'espace : d'où la dispense d'opter entre les deux. 11 pensa qu'elles