‹ La nouvelle monadologieChapitre 163 sur 177 · DE LETA.T ACTUEL DE LA PHILOSOPHIE EN FRANCE · texte numérisé non relu

DE LETA.T ACTUEL DE LA PHILOSOPHIE EN FRANCE

Le nûoci'iticisme élaît donc phénoméniste, mais il reprochait au positivisme, ainsi d'ailleurs qu'à lécole empiriste tout entière, de n'envisager les phénomènes et leurs lois que dans l'ordre expérimental, d'étudier les phénomènes de l'esprit avec des préventions matérialistes, et de méconnaître les lois propres de ces phénomènes; de continuer en cela les errements de la métaphysique réaliste, tout en niant les idées générales, et de n'admettre pas la nécessité des concepts pour la perception des rapports et pour la formation des idées, de rejeter les jugements synthétiques a priori, sans lesquels la connaissance se délie, ainsi que l'a si hien prouvé la critique de Hume, et enfin d'exclure la volonté et la croyance des éléments du jugement. Cette erreur réduit toute constatation de vérité générale à des induelions qu'on ne peut jiimais dire certaines, puisque ni le général ne se peut déduire logiquement du particulier, ni aucun pur principe se démontrer de manière à forcer l'assentiment d'un philosophe qui le conteste.

Le néocriticisme tenait donc sa méthode, d'un côté, de la critique de Hume, qui n'avait pas su tirer de ses analyses le principe de relativité avec les applications de ce principe à l'établissement des lois de la conscience et de l'cspril, el, d'un autre côté, de la correction apportée à l'étude exclusivement analytique et par conséquent dissolvante de Hume par la théorie des jugements synthétiques de Kant, par celle Aes formes de la sensibilité, et par celle des concepts de C entendement. 11 gardait de Hume le phénoménismc, et posait le principe universel de la relation en ses déterminations diverses, formellement définies, qui sont les lois de l'intelligence, et qui répondent à ces fonctions caractéristiques de lu représentation dont la conscience d'une personne est Yunité vivante. Kant avait dressé une table des catégories, c'est-à-dire de ces relations d'ordre

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part la méthode, en ce qui concerne l'origine des idées, les concepts, la perception et l'esthétique delà perception, que Kant a nommée transcendan taie ; d'une au tre part, la théorie de la raison pratique, à condition d'écarter les objets transcendantaux (noumènes) et le déterminisme des phénomènes, et enfin cette partie de la doctrine du devoir où les impératifs moraux sont considérés comme absolus et rigoureusement séparés des motifs de l'ordre du sentiment. Au demeurant, la méthode relativiste et phénomêniste; le principe de la croyance appliqué d'une manière plus conséquente aux affirmations de théorie qui se fondent sur la généralisation des lois de la conscience ; l'entière théorie des catégories, leurs définitions, leur classification, leur application logique à, la réfutation de la possibilité d'un infini actuel, et à. la démonstration de la nécessité logique d'un premier commencement des phénomènes ; enfin, la théorie de la causalité, affranchie de l'imagination réaliste des forces transitives, tous ces points de doctrine, dans le néocriticisme, sont étrangers, et la plupart opposés radicalement à la métaphysique de Kant.

Le développement des théories néocriticistes sur le principe de relativité et sur la nature de la loi de causalité a amené un intéressant rapprochement de ces théories et des admirables conceptions de Leibniz, dont Kant a si fort tenu à se montrer éloigné. Le relativisme appliqué à la notion de cause, après qu'on a renoncé à l'imagination des substances, et de l'action transitive de leurs qualités comme causes, conduit immédiatement au point de vue de l'harmonie préétablie, qui lui-môme s'était présenté naturellement à la suite de l'hypothèse de deux substances, mais regardées comme sans action mutuelle (école cartésienne). De ce point de vue, qui est fondamental, le néocriticisme dérive de Leibniz, qu'il corrige, et, plus haut, de Descartes, et

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est en opposilioa compl dismc de Leibniz n'a qi tialiïimc; il subit, au f< de reliitivilé, parce que individuelle qui esl la i de qualités définies et ti 11 est remarquable ( ainsi dire du néoci'îtici tienne soit le même qu

rapprochait de ht doclri , ^

criticisme dans ce queKantya joint de dogmatique sous le couvert du transcendantalisme. En effet la séparation porte essentiellement, des deux parts, sur les dogmes de la substance infinie et du prédéterminisme. Ce dernier dogme est, en effet, professé par Kant, qui le formule de la façon la plus dure, et, imposé qu'il est à Descartes par celui de la prescience divine absolue des futurs, qu'il reconnaît très expressément, il n'est d'ailleurs point contredit chez lui, comme il est chez Kant, par une théorie du libre arbitre qui rejoint celle des théologiens après avoir paru s'en éloigner. Quant au dogme de la substance infinie, il ressort chez Descartes, d'un côté, de la doctrine générale des attributs infmis de Dieu, héritage de la théologie, et, de l'autre, d'une théorie du monde, et du plein de matière, où l'idée de la substance infinie est impliquée, quoiqu'elle puisse être écartée, nous l'avons dit ailleurs (XXVI), du point de vue le plus élevé, et le plus original de la métaphysique cartésienne. Le même dogme n'est que voilé, dans le transcendantalisme Kantien, par la déclaration que fait Kant de n'attribuer point aux fictions de ce transcendantalisme la valeur d'une connaissance réelle; mais il y est contenu pour toute interprétation qu'on en puisse donner. On s'explique que les deux doctrines, aux deux époques, celle de Descartes, celle

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de Kant, aient donné naissance à des systèmes plus nettement arrCtiSs, décidément panthéistes : Spinoza, Scheiling.

Il Résulte de ces rapprochements, pour apprécier la position du néocriticisme dans lliistoire de la philosophie, un fait qui intéresse la tradition philosophique française : c'est que la doctrine néoeriticistc peut se présenter avec autant de facilité, avec plus de clarté peut-être, si on la rattache, en remontant de deux siècles et demi environ le cours des idées, au premiers principes de Descartes, au lieu de le prendre à la suite du crilîcisme de Knnt, où la marche et les révolutions des écoles lui ont marqué sa place. Ces principes sont :

Le doute méthodique;

La pensée individuelle (la conscience);

La pensée en tant qu'être (l'existence) ;

Le corps et la subordination des idées de corps ;

La notion de cause et la limitation des puissances du moi;

L'induction de l'être identique et permanent de la pensée (l'àme);

L'induction de l'être parfait, et le principe de la cause éminente;

La création.

Examinons successivement ces points de doctrine sans y introduire d'autres changements que la substitution des termes d'une croyance rationnelle à ceux de l'évidence des idées claires et distinctes pour la preuve du vrai, et que l'emploi d'un langage, différent dans la forme, et de même sens au fond que le langage de Descartes. L'adoption du principe de la croyance rationnelle ôte toute leur force aux arguments du criticisme Kantien contre les démonstrations de l'existence de Dieu et de l'âme, fondées sur cette raison, que l'existence

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