DE LKTAT ACTUEL DE LA PHILOSOPHIE EN FRANCE
d'une idée n'est point par elle-même une preuve de l'eKÎsleucc de l'objet de cette idée.
Descaries a certainement élé bien près d'une interpréiation do Vévidence, ou, si l'on veut, du sens commun, en malièrc d'acceptation de certaines notions universelles, qui n'eu fait guère qu'un synonyme de commune croyance, u Je ne pense pas, dil-il, qu'il ait jamais existé quelqu'un d'assez stupide pour avoir besoin d'apprendre ce que c'est r/ue l'eMslence avant de pouvoir conclure et affirmer qu'il esi; il en est de même pour la pensée et le doute. J'ajoute môme qu'il ne peut se faire qu'on apprenne ces choses autrement que de soimême, et qu'on en soit pei'suadé autrement que par sa propre expt^iience et par le témoignage que chacun trouve en lui-même quand il examine ces choses » [Recherche de la vérité). L'évidence et la croyance qui s'api)lique naturellement à la perception de certains rapports élémentaires désignent à peu près le même fait psychologique. « Lorsque j'ai dit, explique encore Descartes, à un autre endroit, que cette proposition : " Je pense donc je suis, est la première et la plus certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre, je n"ai pas pour cela nié qu'il ne fallût savoir auparant ce que c'est que pensée, cortilude, existence, et que pour penser il faut être, et autres choses semblables : mais à cause que ce sont là des notions si simples que d elles-mêmes elles ne nous font avoir la connaissance d'aucune chose qui existe, je n'ai pas jugé qu'elles dussent être mises en ligne de compte » {fl^ponse aux objections de Gassendi). Parcourons, à cette lumière de raison pratique, les points de doctrine que nous avons indiqués.
L Le doute, — La recherche d'une vérité première est le point de départ logique de la métaphysique. Cette
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fait complexe se témoigne à lui-môme et ne souffre aucun doute; les pyri-honiens ne l'ont nié ni pu nier; il était compris pour eux sous le nom du phénomène, matière de leuis propres controverses. Jusque-là donc nul acte de croyance n'est nécessaire logiquement, quoique il doive ôlre bien entendu que, en réalité, il s'y en ajoute plus d'un.
IV. Le coups kt la s iiiioiioi nation de l'idée de cobps (jUANT A l'existence. — L'idée de corps est l'idée de la classe des objets représcnlés comme situés dans fespace, où ils occupent des élrir'liies limitées les unes par les autres, leurnalure cl leurs modifications étant (elles que par le moyen et sous la condition de certaines de leurs parties, appelées des organes, certaines représentations spéciales sont données pour objets à la pensée, certaines impreasionx et certains sentiments prennent place parmi ses modes; et telles, d'une autre part, que certains des modes de la pensée, quand ils se produisent, sont suivis de certaines niodilîcalions des organes, et par là de celles des autres corps, ou parties de corps, liés aux organes. Ce sont deux ordres de phénortif-nes qui se montrent, pour une simple vue empirique, dans un état de dépendance réciproque en leurs modes et propriétés.
L'existence des corps ainsi témoignée empiriquement. sans que toutefois il s'ensuive aucune lumière sur ce qu'ils sont intrinsèquement, ou pour eux-mêmes, hors et indépendamment de notre conscience, cette existence ne saurait Ctre affirmée avec la certitude que possèdent, pour la pensée, la pensée elle-même et son exercice, parce que la connaissance de celle-ci est impliquée logiquement par la connaissance de celle-là, et que la réciproque n'est pas vraie; car l'objet de la pensée, quel qu'il soit implique la pensée, mais la pensée n'implique
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logiquement la donnée exl(>rne d'aucun de ses objets. Le corps pourrait n'être qu'une reprtîsentalion privée d'existence propre hors des modes de la pensée. Là donc est la place du premier acte de croyance qui s'attache naturellement à l'analyse dos objets de la pensée : c'est l'affirmation du non moi comme t'tre extérieur. Du côté de la logique pure, ce qu'on nomme croyance doit se nommer hypothèse; mais, du côliî de la vivante conscience, l'acceptation de l'iiypothèse contraire n'a été possible que dans le champ des abstractions. Tel est le rapport des deux interprétations du non moi.
V. L* cAusALrr et 1.4 limitation dks puissances du MOI. — Tout ce qui précède se rapporte à la conscience, considérée jusque-là comme unique. Une certaine relation de dépendance entre des modilications successives d'une pensée individuelle, ou une dépendance réciproque entre telles de ces modifications et d'autres qui se produisent dans le monde extérieur est la causalité. Le sens de l'idée de cause se tire essentiellement de la nature de certaines des premières de ces modilications : de celles qui ont pour caractères le désir et la volonté; puis la pensée le transporte vaguement aux secondes, malgré l'absence de toute perception de qualités semblables au désir ou à la volonté, dans les corps. On attribue aux corps des actions. Certains corps seulement dont nous percevons des propriétés particulières que résume le terme d'orf/anisalion, sont unis à des qualités mentales qui approchent à divers degrés de celles de la pensée, et chez quelques-uns l'atteignent. Continuant à nous placer au point de vue de la conscience individuelle unique, nous dirons que cette conscience leur attribue ces qualités par induction, d'après dos signes pareils à ceux qu'elle manifeste elle-même dans ses actions sur le monde extérieur, car elle ne saurait Rbnouvieh, — Pi'obl laines mêtapliye. 19
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