‹ La nouvelle monadologieChapitre 57 sur 177 · CHAPITRE XIX LES HYPOSTASES DE PLOT]N · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX LES HYPOSTASES DE PLOT]N

Les premiersauteurp, aprf-s Philon, d'une théoriede l'émanation et des hypostases admirent, comme l'avail fait Platon, un principe matériel, el l'éternité do monde: celle-ci tout au moins vraisemblable, chez eux, k cause du caractère symbolique de la démiurgie. Ces philosophes furent donc des dualistes, et Âmmonîus Saccas, fondateur de l'école néoplatonicienne, Plotin, qui en fixa la doctrine, ne parvinrent pas, comme ils l'auraient voulu, à justifier leuroptîmisme par la perfection du monde, tel qu'ils le concevaient, c'est-à-dire, en dépouillant la matière de tout caractère positif; car lir descente de l'être par voie d'émanation, et son retour possible à son principe, après les vicissitndes de la vie de l'âme, ces termes, premier et dernier d'une loi nécessaire, répondent à une conception qui pose a priori la contrepartie du bien. Le mal est impliqué : i" à l'origine, en ce que le Bien est le premier principe, que l'Être est ce qui déchoit et s'oppose, et que ce fait constate par lui-même l'introduction de la contradiction pour constituer le monde ; 2° dans l'ensemMe des êtres, en tant que placés dans des conditions de plus ou moins j^rfxude déchéance, par le fait de vivre seulement, c'està-dire d'être limités par une matière dont la nature, quoique négative, est symbolisée par les ténèbres el fait obstacle à l'affranchissement de l'êrae. La carrière .donnée à parcourir à l'âme a, comme celle du monde brahmanique et du monde stoïcien, — quoique ce ne soit pas là ce qui attire le plus ordinairement l'attention <lans le néoplatonisme, — un caractère évolutif et pé-

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riodiquc. Plotin admet la doctrine que ics anciens nommaient de la grande année, suivant laquelle le monde revient à son principe, en ressort, et se renouvelle, à de longs intervalles astronomiques. Il croil qu'il est donné à des âmes de rentrer temporairement, par l'extase, à certain moment d'une vie sainte, dans l'âme universelle dont elles émanent, et de s'élever même plus haut, jusqu'à l'Un pur, première hypostase; mais celleslà sont singulièrement favorisées, et le monde, suspendu entre ses limites supérieure et inférieure, ne peut réaliser le Bien ni en lui-même, ni dans rien qui lui ressemble, hormis à ce point de départ ou d'arrivée dont l'idée s'atteint par ï'état mental que les indiens ont nommé le véhicule de la délivrance.

Le néoplatonisme ne pouvait pas plus que le stoïcisme, et nul système d'émanation et de résorption des phénomènes ne doit ôtre admis à motiver, sur le monde, un jugement optimiste ; ou du moins c'est un acte personnel et volontaire de satisfaction, et qui est contradictoire, dans le renoncement, que d'accepter comme une bonne et belle destinée universelle un cours éternel des choses où l'ordre et le désordre, les joies et les douleurs, la vie et la mort forment un si misérable tableau qu'on ne trouve rien de mieux que d'imaginer l'univers ramené au néant dans son étalTmal, le môme où il était avant qu'il commençât d'être.

II semble que, fidMe Ji la première exigence de l'idée d'émanation, d'après laquelle l'émanant, pour ne pas déchoir lui-même, doit ignorer l'émané, Plotin aurait dft chercher une raison de vivre pour le monde, indépendamment de toute action efficiente de son principe et, par exemple, en n'attribuant à celui-ci que la cause finale au cours de la période de retour des êtres descendus. Mais au lieu de suivre en cela la doctrine d'Aristote, il se jcla dans une contradiction qui fit de son

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système un vrai panthéisme. Sa troisième hypostase, l'Ame universelle, est supposée exister entière et indivi-' sée dans chaque âme particulière qui en est émanée, et les âmes individuelles ne sont ainsi que les phénomènes de l'universelle, car c'est cela seul' qu'on peut comprendre pour allier les deux genres ii'éxistence. De mC'me, leà Idées données dans les' âmes, avec un rôle semblable à celui des raisons séminales dés stoïciens, remontent à l'Intelligence, qui les possède en son uni(é, et existe tout entière en chacune de' ses formés divisées et localisées du monde sensible. Le tout esi dans chaque chose. L'Intelligence, identique à TÊtre, remonte enfin au Bien, où à l'Un, au-dessus de l'Être, sans attribut et, à vrai dire, sans nom, car ce nom lui-mOmc, l'Un, comme corrélatif du multiple, ne lui convient plus. Unc'définition négative est la seule qui convienne à l'atte absolu, où finissent tous les rapports!

Le dernier mot du néoplatonisme est une définition commune donnée à la puissance indéterminée, qui est la matière dos phénomi^nès, néant placé à l'extrémité de là descente de l'Être, él à la puissance indéterminée, autre ricaul, origine et essence'dé toute exisleiice réelle.' Chacun de ces concepts est, eh tant que r(ialis6, contradictoire^ lui-même. Le premier afiirmis ce qu il nie, le second nie ce qu'il affirme : l'un, la matière, fournit, à titi'e de condition de toute chose sensible, la détermination de tous les objets de la nature ; l'autre, l'acte suprême, écarte par définition toute qualité par !a pensée de laquelle il pût devenir intelligible comme sujet en soi, et il est, en son rayonnement, la source unique ' des élres et leur providence universelle. Ainsi lé terme logique de la spéculation réaliste, au sommet de la généralisation ascendante de l'ôlre, et à sa basé, est la réalisation du néant.

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