LE SYSTÈME DES HTPOSTASES DANS LE CHRISTIANISME 1B
de génération, à la troisième hypostase ; et celle-ci reçut la môme qualification de personne, sans que l'on vît comment son caractère et sa fonction comportaient une personnalité distincte.
Le sens particulier que la théologie aurait à donner au terme de personne pour éviter la contradiction n'a jamais été défini. Les termes de nature et de substance, également employés dans renonciation des dogmes, ne Font pas été davantage. La doctrine orthodoxe est une sorte de philosophie dont la terminologie est fixée sans que la signification des termes soit éclaircie. L'autorité ecclésiastique, qui décrète ce que le fidèle doit croire, a toujours condamné les interprétations de la foi, dans le dogme de la trinité, quand elles ont tendu à le formuler ■ en termes logiquement acceptables. Ce dogme systé- ' matiquement irrationnel, avec laprétention de ne l'être pas, et qui se trouve en somme incompatible avec l'application de la notion de personne à Dieu, à Dieu absolument parlant, a été fatal à l'humanité par la séparation et l'hostilité permanente qu'il a rendue inévitable entre des nations fanatiques. La supériorité que le pur monothéisme pouvait s'attribuer à bon droit sur la triple hypostase du polythéisme platonicien, en réclamant pour la Personne suprême le titre de la divinité usurpé par des abstractions, fut annulée par la proscription de l'arianisme. Il est vrai que la croyance à la personnalité divine se conserva populairement, en dehors de la théologie, par le culte de l'Hommc-Dieu, Jésus-Christ, à peu près substituée au cuite du Père ; mais le dogme de la trinité consubstantielle devint une cause d'éloignement pour les hommes de raison, et celui de l'incarnation la source d'un nouveau genre de polythéisme qui a pris son centre dans le culte de Marie, mère de Jésus.
LE NliOPLATONISME CHR^!TIEN
Api'ôslaquestiondc la nature de Dieu, celle de l'origine des âmes vient immédiatement et amène avec elle celle de l'oi-igine du mal, parce que toutes les âmes sont soulTrantcs: et toute douleur est la souffrance d'une âme. Oinnis natiira ingemescU.
La doctrine platonicienne des Idées et des âmes n'avait trouvé que dans l'hypothèse de la chute des âmes une vue gt^ntîratequi répondit au problème de, l'origine d'un ordre de créatures auquel pût se rattacher l'espèce humaine en ses qualités morales, avec l'explication des maux ot des peines dont elle est accahlée, tandis que les individus sont possédés d'une idée constante du bien ^vi devait l'ire, à laquelle l'expérience donne le démenti. Le concept de la substance psychique était sorti, pour la religion et pour la philosophie, des plus anciennes imaginations mythologiques. L'idée de la chute avait un fondement dans les mythes de la haute antiquité, communs à plusieurs nations, qui ont trouvé leur forme hellénique dans la révolte des Titans, suivie de leur punition dans le Tartare. Le polythéisme, les cosmogonies, les traditions fabuleuses des familles favorisaient la croyance à l'unité physiologique originaire des hommes et des dieux. La doctrine de l'émanation ne s'éloignait donc pas de l'esprit de l'antiquité grecque, mais plutôt le traduisait philosophiquement en plaçant dans le troisième degré de la descente de l'Un, celui qui conduit de l'Ame du monde aux âmes individuelles, un péché originel, une tentation à laquelle elles auraient cédé plus ou moins, ot qui aurait eu pour conséquence
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une division et un classement des formes des êtres, dieux, esprits, hommes et animaux de loutes espèces, et, pour loi de transformation selon les mérites, la métempsychose. En ce qui touche îe péché et la punition, on reconnaissait encore là la démiurgie du Tintée; mais l'émanation, en substituant au mythe démiurgique une évolution descendante, rattachée au premier principe, pouvait remettre la doctrine qui avait séduit jadis Pythagore et Platon sur la voie du panthéisme brahmanique, d'où peut-être elle était jadis venue jusqu'à eux.
La question de l'origine des âmes et du mal se présentait au christianisme sous des termes bien différents, au moins du côté de la tradition judaïque. Là, dans la haute antiquité, il ne s'était pas agi d'âmes séparables des corps, mais d'hommes terrestres punis ou récompensés par leurs dieux. L'œuvre des prophètes répandit chez les juifs l'enseignement de l'unité de Dieu et de la loi morale. Puis les emprunts au mazdéisme introduisirent la doctrine de la résurrection des corps et de la rétribution après la vie. Ce fut aussi, avec la loi d'amour substituée à la loi rituelle et au formalisme judaïque, le thème principal du messianisme de Jésus. L'Apôtre des nations enseigna la corruption et la mortalité naturelle de l'homme, la rédemption, la résurrection par la foi, et ne mentionna point de peine autre que la mort pour le pécheur. Le péché originel était, à ses yeux, le vice inhérent à la nature animale de l'homme, vice hérité du protoplaste, en ce sens, qu'il est commun à ceux de la race, tout ainsi qu'il a été le fait de l'ancêtre. Si l'Eglise eût suivi la doctrine pauliniste, au lieu de l'interpréter grossièrement, et même à la fin dans un sens odieux, le problème de l'origine première de l'inclination au mal serait resté dans le recul obscur de la création de l'âme, oit l'Apôtre n'avait
ISS LK NICOl'LATONimu: aiRETlEN
pas tnntt; de pénétrer, et le cbristianîsme n'aurait pae été engagé, parunc application fatale de la métt^ibysique réaltslc, dans la doctrine auguBtinieime, la plus grande aberration peut-ôtre du sens moral dont on puisse accuser le dogmatisme.
L'inlluence du platonisme sur les docteurs de l'Eglise, après le premier siècle, fit accepter peu à peu la formule de Vimmortalilé de l'âme, au lieu de celle de la résurrection strictement entendue (celle des Juifs et de saint Paul), pour exprimer la foi chrétienne en la vie future. Mais la théorie des âmes, sauf une grande exception, dtais J'origénisme, qui fut prosetit, et, ^près de longs efforts, exterminé, allait aisément an panthéisme polythéiste : on le voyait par l'eixemple du néoplatonisme. En effet, l'hypothèse de la chute des âmes faisait sortir l'origine du péché de l'enceinte de l'espèce ImmBinc ; la création de l'âme elle-même se présentait avec une généralité qui franchissait les bornes hors desquelles la tradition biblique ne fournissait aucun moyen de s'éclairer sur l'origine et la destinée de l'homme. Le mythe de la révolte des anges occupait une trop petite et obscure place dans les livies saints pour supporter une construction dogmatique en se liant au mythe de la tentation dans le .paradis terrestre. Le rapport du second de ees documents au premier ne vint que de l'asslmilaiion du Serpent symbolique du livre de la Genèse à l'un de ces esprits nrauvaig, ou envieux, dont les traditions,-si communes dan« l'antiquité, sous diverses formes, rapportaient les tentatives d'usurpalion sur la divinité.
En somme la question générale dosâmes était écartée, et les anges laissés à l'arrière plan mystérieux-et sacré d'une création d'une autre nature que celle de l'homme, parce qu'on craignait les hypotlièses tnanscendantes des néoplatoniciens. Les iPères de l'Eglise, ceux de
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l'Égliee latine surtout, qui remportèrent sur les Pères grées, api'ès une lutte prolongée, avaient <iidoplé une méthode de limitatton des dogmes à définir, 'qui retînt le christianisme sur un chemin dont ils croyaient voir l'issue dans la philosophie alexandnine, c'est-à-dire daDS la troyance à l'éteiiiité des carrières de la vie avec les vicissitudes de la transmigration. Ils eussent été en cela bien inspirés, s'ils n'étaient tombés dans une imagliuiticm pire : l'éternité des peines pour la plus grande partie du geni-e humain. L'état de la question, après la mort d'Origène, pour les penseurs de ce temps qui, touten combattant avec ardeur l'opinion que les âmes seraient des émanations du principe divin, tombées dans la maliève, — la matière qui serait le mal, — ne trouvaient dans leurs livres aucune doctrine positive ù opposer aux vues de cette espèce, l'état de hi question, disonsnous, était le choix laissé entre trois hypothèses :
Croire que les âmes humaines, toutes antérieurement créées, viennent, par ordre divin, animer les corps à un certain moment de la génération physique; — ou que Dieu crée séparément les âmes, chacune au -moment seulement où le requiert l'acte de la conception d'un corps humain; — ou qu'elles descendent toutes de l'dme du premier homme par une transmission parallèle ù celle de la vie animale; qu'elles en descendent et qu'elles en portent la coulpe et en méritent la punition. Ces opinions épuisaient réellement le sujet, dans les limites convenues, et pourtant pas une des trois n'était conciliable avec la situation faite au penseur chrétien par l'acceptation littérale ou par une interprétation plausible des légendes de l'origine de l'homme et du péché originel.
La première avait contre elle, onlre la difficulté physiologique du choix du moment, l'embarras de savoir que faire des âmes entre l'époque de leur création
LE NEOPLATONISME GUBtÎTIEN S OÙ elles sont appelées à entrer dans les qu'on ne connaissait aucune hypothèse, — e celle d'Origène, qu'on repoussait, — qui er la vie humaine tcri-cstre à une vie antéde trouver un lieu autre que la terre où tation et les conditions de vie de l'homme, 1 péché, et le théâtre de la corruption de la
.e opinion rompait l'unité de la création sur ncipal : la création de i'homme, en suppoes créées accidentellement, sans rapport sans aucune raison donnée qui les destine dutôtqu'à un autre, et placées dans des couales et arbitraires; car le péché originel, !cpt implique une liaison entre les indiviportent le poids, ne se comprend plus si iculicr doit avoir le sien et subir l'épreuve constances qui lui sont particulières. Cette maginéc en réaction absolue contre celle ar un des plus illustres Pères de rÉgHse, . ibord été origcniste, compose l'humanité •s hors de son sein, et ne fournit aucune le ladestinée qui les soumet de prime abord de l'existence humaine en les créant, ne système prend le contrepied du second, anl dans un égal éloignement de lorigéndividualité de l'âme il oppose Tunifé de e d'Adam, premier géniteur, est aussi l'dme ndants : son péché est leur péché. C'est un . seconde puissance, qui lire des sublances ince, des individus d'un individu, comme irdinaire fait sortir d'un sujet des attributs isî Nous étions tous, dit saint Augustin, , et nous étions cet un qui, tenté par la ché. Les individus n'étjiient pas encore là
à l'état séparé, mais cette nature séminale y était qui, corrompue par le péché, nous a voués fous à la perdition éternelle. Ce péché est ainsi actuel chez chacun, et le condamne personnellement, ainsi que solidairement.
Thomas d'Âquin devait, bien des siècles plus tard, trouver le moyen de matérialiser cette, fiction réaliste, en imaginant que la volonté du protoplaste, en son péché, continuait de mouvoir par le canal de la génération, ainsi que l'âme meut les membres, les volontés des descendants, sans préjudice d'ailleurs de leurs autres péchés ! péchés individuels qui n'ont pas été le péché d'Adam. Mais celui-là suffit pour que les enfants. d'Adam naissent tous coupables, et voués de ce fait aux peines éternelles.
La théorie du péché de saint Augustin et son déterminisme absolu ont introduit dans la théologie scolastique des articles de foi qui, consacrés en grande partie par les Conciles œcuméniques, et toujours maintenus par l'autorité ecclésiastique, doivent passer pour acceptés, tout au moins dans les contrées catholiques. S'ils n'étaient pas devenus lettre morte, encore bien qu'ils n'aient nullement fait place, dans le christianisme, à une théodicée et à une eschatologie bien éclaircies, il faudrait dire que cette grande religion de l'Occident enseigne des dogmes plus manichéens que ne faisait la religion de Manès, ou de ses maîtres Mazdéens, au temps où elle luttait encore contre le catholicisme et avait saint Augustin lui-même pour adhérent; car cet ancien manichéisme admettait la réconciliation finale du monde déchu avec Dieu, tandis que la doctrine chrétienne traditionnelle enseigne que le monde du châtiment et de la douleur doit prolonger sous les yeux de Dieu et des saints une existence sans terme après l'expiration des jours de l'épreuve.
Renouvier. — Problèmes inélaphys. 11
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LE NEOPLATONISME CHRETIEN
qu'une idée abstraite et décolorée d'un tel une époque où l'on ne sait plus bien ce qu'on 3 qu'on ne croit pas, où l'on ne tient pas à
mais où le mensonge est devenu de toutes umier et officiel. Il faut se figurer la croyance
avec ses anciens accompagnements d'imagiant la froideur positiviste de notre âge, aux iffolemenl de la foi, quand le partage du atre Dieu et Satan avait presque l'autorité chacun croyant son âme disputée entre le bon vais ange, et, d'un côté ou de l'autre, sa consénée d'elle-même ; quand on tenait pour voué aes éternelles l'homme mourant non baptisé absolution du prêtre, et qu'on voyait l'action i dans les membres convulsionnés d'un fou, 5 de la seconde personne de la Trinité, faite ottiracul eu sèment substitué à d'innombrables . de matière à la fois, sans se diviser. Les
magiques donnaient la vie à la doctrine des .s et annulaient l'autorité de l'expérience et m. La démonologie, autre fléau, descendu de Chaldée, passé dans le mazdéisme et dans le
introduit dans le monde hellénique, avait ans l'Étrurie, dés la haute antiquité, a la conicerdotale d'un enfer peuplé de démons difcruels, auxquels ladivinité souterraine aurait mission de supplicier les impies. C'est cet croyances populaires de l'Italie, qui, allié ù. la e grecque du Tartare et aux superstitions déçues des juifs, s'imposa par tradition au chris-
'avoii' jamais été dogmatiquement définie
l'attribution de la forme matérielle aux
ernales et à leurs agents d'exécution ne laisse
re confirmée, et non pas seulement dans les
imaginations, par l'histoire de l'Eglise. Les abominables procès de sorcellerie, les bûchers, lès exorcismes, dont les formules ne sont nullement périmées, témoignent de l'inhérence de la doctrine démonologique la plus grossière au catholicisme. La croyance à la criminalité de l'hérésie, l'inquisition et les supplices pour la découvrir et pour la punir, tout autant que cette Église a pu en obtenir ou en conserver le pouvoir, montrent l'idée que le sacerdoce se faisait de la justice de Dieu. C'est celle qu'il exerçait en son nom. Voilà ce qu'il faut se bien représenter comme le développement naturel d'un système de dogmes que nous n'observons aujourd'hui que du point de vue d'une époque où l'indifférence, d'un côté, la satire, de l'autre, les ont gravement atteints et peuvent nous les faire paraître abandonnés, ce que certainement ils ne sont pas. Leur sincérité littérale s'est affaiblie, mais ils conservent leur racine dans la disposition réaliste de l'imagination. Le réalisme naïf a produit dans l'antiquité un spiritisme qui personnifiait le principe du mal en des êtres imaginaires, auteurs ou tentateurs secrets d'œuvres mauvaises, tourmenteurs des hommes, employés tantôt à les pousser au mal et tantôt aies punir de l'avoir fait. Le caractère d'agent moral s'est altéré, pour l'homme qui a rapporté ses passions à des suggestions (tout comme ses douleurs à des intentions nuisibles externes), au lieu de se reconnaître à lui-même des pensées et des sentiments dont il lui est possible de se rendre maître, et dont il est reponsable. Un réalisme profond et laborieux a fait ensuite une entité du péché en soi, que le théologien a supposé transmissible d'une personne à d'autres qui en deviendraient en commun les supports, sans aucun acte personnel de leur part, et s'identifiraient tous ainsi, comme pécheurs, avec la personne d'un pécheur unique. Pourquoi pas alors avec
LE NliOPLATONlSME CHRÉTIEN i du diable, premier suppôt du péché? Il que, à ce point de vue, d'étendre l'identifiii'à celle du Père de l'humanité avec le Père e qui d'ailleurs ne contredisait pas un lan- ;ré.
3 que celte doctrine déclare éternellement ns les conseils divins, pour le règne partagé es du bien et du mal, est le môme que le est obligé de tenir pour l'œuvre du Dieu it bon et tout-puissant. L'optimisme est donc héologien, et il est aisé déjuger àpremière ! trouvera- pas d'autre moyen d'éviter la conjue de soutenir l'une de ces deux thèses : ou n appelle le mal est une partie du bien, ou n'est rien. La première n'a pas été tout à née par l'orthodoxie, elle est cependant tée à des systèmes qui n'admettent pas la la perfection initiale ; la seconde est plus liée à la théorie absolutiste. Sous une gée, sa formule est que le mal, dans le il que la privation, tout ce qui se trouve de e réel dans le monde devant être regardé vre de Dieu, et comme bon, par conséquent, athéisme néoplatonicien, tout être et tout dent par degrés des hypostases divines ; le imite, et sa définition est dès lors négative, éodicée catholique, la privation s'allègue t :en cet argument, que la créature ne poue finie, puisqu'elle doit se distinguer du Créande ne peut être qu'imparfait. Mais l'arguns valeur. L'expérience des êtres sensibles récusahlement que la douleur physique est qu'une imperfection; et la conscience nous nal moral est autre chose que de l'ignorance, un mal positif.
La forme simple et hardie de la négation du mal, dans les doctrines optimistes, est que le mal n'est n'en. Elle appartient à un certain panthéisme théologique (XXIII-XXIV). Si rien n'est admis comme réel qui ne soit l'œuvre môme du Créateur, le philosophe est condamné par la logique à cette proposition violente ; car si le mal était quelque chose il faudrait que Dieu en fût l'auteur.