‹ La nouvelle monadologieChapitre 76 sur 177 · LE PANTHEISME THE0L061QUE · texte numérisé non relu

LE PANTHEISME THE0L061QUE

êtres fictifs à réaliser pour l'imagination et le calcul ; il posait ces divisions comme réelles, et les envisageait dans la nature. Un pouvoir d'abstraire, déjà merveilleux chez lui, mais que redoublait une extrême ardeur de l'absolu, le porta, dans celte direction d« la pensée, jusqu'au dernier fond des contradictions que recèle le concept de l'infini actuel. Il serait difficile d'en trouver un plus complet et caractéristique spécimen que l'impossible « effet de nature n que Pascal signale à ceux qui rejettent les mystères sacrés pour ne les pouvoir comprendre : « Croyez-vous qu'il soit impossible que Dieu soit infini, sans parties? Oui. Je vous veux donc faire voir une chose infinie et indivisible; c'est un point se mouvant partout d'une vitesse infinie; car il esten tous lieux, et est tout entier dans chaque endroit » ! ;

Dans cette formule, le mouveinent est nié, car l'idée que nous en avons est celle d'un mobile situé successivement en plusieurs lieux, et non point partout à la fois. L'espace est nié, car la représentation propre de l'espace veut qu'un point ne puisse être ici et là, à moins qu'entre ici et ià l'intervalle soit nul; et, si le point est partout à la fois, ou il n'y a plus d'espace, ou il n'y a plus de point; et le point ne se meut pas, 11 n'y a donc pas de vitesse, puisque la vitesse serait le rapport de l'espace parcouru au temps, et qu'il n'y a plus d'espace; et la vitesse ne peut pas être infinie, à moins qu'elle ne soit le repos, qui en est le contradictoire. La thèse de Pascal ne nous parle que de ces rapports, qu'elle-même supprime, en se donnant pour les appliquer; et, sans eux, elle n'a plus aucun sens.

C'est t'incompréhensibiiité du monde, que Pascal pense soutenir ainsi, mais qui n'est que celle des notions, perdues dans l'absolu, qu'il applique à la représentation des souveraines relations mécaniques du Cosmos. Elles doivent, d'après lui, servir d'apologie à d'autres

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incompréhensibilités, œuvres de théologiens. Si du point de vue abstrait de ces relations, il fût passé au point de vue concret du monde infini de Gioidano Bruno, — et, pour le mathématicien, le concept de finfîni dans la division, s'il est réalisé, a pour corrélatif nécessaire celui de rinfinî réel de la multiplication, — Pascal serait allé à la rencontre des doctrines infinitistespositives, c'est-à-dire de J'infmi matériel, que l'Eglise condamnait. Mais son objet était plutôt négatif, et c'est le doute qui devait résumer son plan préparatoire de l'apologétique.

Il fallait définitivement trouver le joint d'une démonstration d'espèce nouvelle qui échappât, chose en apparence impossible, aux objeclions dont le scepticisme avait trouvé la place en toute affirmation de théorie. Elle ne devait pas ôtre théorique, mais forcer en quelque sorte l'acte do conviction sans donner la conviction elle-mCrae, et prendre pied dans le scepticisme pour s'élancer dans la certilude : marche inverse de celle que dépeint le bon motdu pyrrhonien de l'anliquité, éliminant, disait-il, le vice logique de sa certitude que (oui est incertain, de la manière dont un purgatif s'échappe du corps avec la matière pcccanle qu'il entraîne. L'agent de l'opération orthodoxe devait avoir pour mobile l'intérêt, non la raison, pour objet le bonheur, non le savoir, et prendre le possible au lieu du réel pour la donnée de la connaissance. Ces propriétés singulières lui étaient fournies par la méthode qu'applique aux problèmes où il entre de l'accident le calcul des chances, calcul, alors tout nouveau, qui mettait l'ingéniosité des mathématiciens à l'épreuve, et qui avait pour fondement ce postulat : que certains événements envisagés dans l'avenir peuvent arriver ou ne pas arriver, et que la possibilité qu'ils arrivent comporte une mesure mathématique basée sur certaines données ac- Benouïieb. — Proliituics inûtapliys, 13

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tuelles susceptibles de mesure. Il est clair que toute preuve du fait sur lequel porte la spéculation doit être tenue a priori pour inaccessible ; ce n'est qu'à cette condition qu'on peut le regarder comme simplement possible. De là ce principe du pari, que les ^arris doivent être proportionnels aux valeurs respectives des possibilités comparées. Sous ce rapport, c'était la place marquée pour l'application des plus fortes expressions parmi celles qu'on trouve dans les Pensées à l'appui du pyrrhonisme, comme celle-ci : « le pyrrhonisme est le vrai, » Aussi lisons-nous dans l'explication préliminaire du morceau célèbre où Pascal exposait les termes du pari et que les éditeurs falsifièrent : « Nous ne connaissons ni l'existence ni la nature de Dieu », et, au début de l'exposition même ; « Dieu est, ou il n'est pas. Mais de quel côté pencherons-nous? La raison n'y peut rien déterminer, a

On reconnaît, à la plus simple lecture, que ce morceau n'a été amené, ni à la correction mathématique qu'il aurait exigé, ni môme à une rédaction grammaticale nette et faite pour rester, par son auteur, le plus grand des maîtres de l'expression forte etclaîre. Il n'est donc pas de nature à être discuté dans le détail, mais OD peut en noter les traits essentiels qui n'auraient pu manquer d'être conservés parce qu'ils tiennent aux concepts que Pascal se formait de Dieu et de l'Église. Il yen a trois : i° le dilemme du sujet dont on parte pour ou contre l'existence, 2° le dilemme de ce qu'on peut gagner et de ce qu'on expose en pariant, 3" la nécessité de parier.

1° Le sujet en question est Dieu : « Il se joue un jeu à l'extrémité de cette dislance infinie », — celle oii nous sommes de la connaissance de Dieu, — « où il arrivera croix ou pile ». Enprenant croix on parie qtte Dieu est. Pascal a expliqué auparavant que « Dieu eat

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infiniment incompréhensible, pnisque n'ayant ni parties ni bornes */ n'a nul rapport à nous », mais que cependant « on peut connaître qu'il y a un Dieu sans savoir ce qu'il est ». Cette connaissance de l'existence de Dieu, c'est l'Église qui la donne. Parier pour l'existence de Dieu, au sens de Pascal, c'est manifestement parier pour la vérité de ce que l'Eglise enseigne sur Dieu, et sur les récompenses qu'elle promet à ceux qui croient en lui el qui suivent les commandements qu'elle prescrit en son ïiora. C'est ce qui résulte de la mapière dont Pascal comprend le deuxième point, que nous allons voir. Or il y a une incorrection logique frappante à placer le sujet du pari dans une telle confusion, comme si elle était toute naturelle. L'existence de Dieu et la vérité du dogme en tant que révélation divine réclameraient du parieur une distinction.

2° La vie éternelle, « une infinité de vie infiniment heureuse à gagner w, est le gain; un enjeu fini est la perte possible, selon qu'on décide un jeu où il entre un hasard de gain, pour le moins, contre un ou un nombre en tout cas fini de hasards de perte. Cet enjeu fini, que Pascal sous-enlcnd plus qu'il ne l'explique, est la vie mondaine avec ses aviintages, quels qu'ils soient, auxquels celle-ci doit renoncer pour vivre selon les prescriptions de l'Eglise. Le sujet du pari est donc bien la vérité de la doctrine el du culte. On parie pour, en la reconnaissant par le fait qu'on y croit et qu'on en subit les obligations. Dans ces termes, Pascal est irréfutable, quand il décide que le pari est raisonnable. C'est le fini à risquer contre l'intini à gagner : tout est parti, dit-il, ' mais à une condition sur laquelle il insiste fortement, car tout le nœud de la question est là : il faut qu'on soit forcé de parier. Nous avons eu l'occasion de mentionner plus haut la méthode au moyen de laquelle Pascal se fait fort d'amener par la pratique volontaire et

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systématique du culte à la foi sincère le penseur une fois persuadé de l'intérêt qu'il a à parier « croix, que Dieu est ».

3° La nécessité de parier. Toute doctrine, et non pas seulement la catholique ou la musulmane, mais hypothétique ou imaginaire, qui par ellé-mômc, en se formulant et sans que j'y prisse aucune part, serait telle, que parle fait seul de ma manière de vivre je ne pusse faire autrement que suivre ses prescriptions ou les violer, me mettrait dans cette nécessité de parier que la thèse du pari de Pascal exige. « Vous êtes embarqué », pourrait-on médire, au nom de cette doctrine, comme Pascal le dit au nom de l'Kglise, aux libres penseurs, qu'il a raison de regarder comme obligés de parier implicitement en croyant on ne croyant pas à la Messe, et se conduisant en conséquence. Mais toute doctrine pouvant a priori me constituer dans un cas pareil, comme nous venons do le remarquer, il faut que celle qui se trouvera en position de m'offrir le pari, pour que je l'accepte en connaissance de cause, me présente un titre spécieux, une raison d'examiner ; il est trop clair autrement que nous serions égarés dans l'arbitraire. Une raison d'examiner qui est à reconnaître, c'est un commencement d'examen. Pascal la suppose, la rappelle au cours môme de son argumentation : c'est le thème de l'apologétique commune : « les prophéties et les miracles » ; mais le libre penseur auquel il a affaire la rejette. Nous voilà forcés à un débat préliminaire du pari; et cependant il nous est logiquement interdit d'y entrer ; Pascal n'a-t-il pas déclaré, en commençant, que la décision du dilemme : » Dieu est ou n'est pas », était, pour la question posée, c'est-à-dire en ce qui touche la raison, remise au hasard, parce que •< la raison n'y peut rien déterminer ni Et n'a-t-il pas confondu la réalité de l'existence de Dieu avec la vérité

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