DESCARTES. LEXESTENCE DE DIEU M
créées : comme le sont toutes les choses qu'elles nous représenlent, « s'il est vrai qu'il y en ait qui existent ».
3° La notion de mhstance est donc essentiellement remplacée par Ja notion de cause, dont la déduction cartésienne de l'idée de Dieu, et la thèse de la création, qui s'y joint, marquent suffisamment que c'estde la cause au sens psychologique de volonté et de personnalité qu'il s'agit, d'autant plus qu'il ne saurait Mre question d'une causalité d'ordre physique, l'existence réelle des phénomènes externes n'étant pas encoi-e supposée.
4° La déhnition de Dieu, telle qu'elle est formulée, ne laisse pas d'être sujette aux interprétations substantialisles qui, dans les attributs divins A'infinité, d'éternité, A' immulabilitê de to%ite connaissance et de toute puissance, font entrer la considération de la quantité, — de la quantité portée à l'infini et regardée comme une perfection, — et introduisent ainsi, dans les concepts la contradiction à laquelle les attributs moraux ne sont point par eiix-mèraes exposés. L'immutabilité, en particulier, n'entraîne pas des contradictions comme celles qui naissent de la supposition d'un genre de connaissance et de puissance, dans la nature divine, qui atteindrait des objets dont l'existence actuelle est logiquement impossible, et épuiserait l'inépuisable; mais cet attribut, s'il est posé comme absolu psychologiquement, et non pas entendu en un sens moral seulement, est incompatible avec les attributs delà personnalité qui supposent une réciprocité dos rapports de la créature au Créateur, et une réceptivité chez ce dernier. Mais il est remarquable que la définition cartésienne , en sa déduction et ses accompagnements , n'implique point un sens quantitatif de la perfection divitie, et ne touche nullement à l'infinité des phénomènes dont Descartcs a tenu partout ailleurs à éviter le
ÏO* LA PIlILOSOPilIE SYXTilKTlQUE
concept. Le concept de l'indéfini lui a suffi. On pourrait donc entendre en un sens tout moral, en dehors des phénomènes sensibles, cette théorie célèbre de la primauté du concept de l'infini sur le concept du fini, dont les termes, pris en ce sens, deviennent extrêmement remarquables :
« Encore que l'idée de la substance soit en moi, de cela même que je suis une substance, je n'aurais pas néanmoins l'idée d'une substance infinie, moi qui suis un Ctre fini, si elle n'avait été mise en moi par quelque substance qui fût véritablement infinie.
II Et je ne me dois pas imaginer que je ne conçois pas l'infini par une véritable idée, mais seulement par la négation de ce qui est fini, puisque au contraire je vois manifestement qu il se rencontre plus de réalité dans la substance infinie que dans la substance finie; et partant que j'ai en quelque façon premièrement en moi la notion de l'infini, que du fini, c'est-à-dire que de moi-même ; car comment serait-il possible que je pusse connaître que je doute, que je désire c'est-à-dire qu'il me manque quelque chose, et que je ne suis pas tout parfait, si je n'avais en moi aucune idée d'un être plus parfait que le mien, par la comparaison duquel je commîtrais lesdéfauts de manature [Méd. met., III, 27).
Il est manifeste que cette idée de l'infini est celle dont l'expérience elle-même nous rend témoignage dans notre sentiment de la vie, aux moments où la jeunesse, la force, la joie, l'absence actuelle de toute idée de privation et de toute crainte, nous donnent une idée du moi pur et sans bornes, et comme une apparence de l'être éternel, auquel vont, tout à l'heure, s'opposer les phénomènes révélateurs du pouvoir des choses externes et de notre propre défaut d'être. C'est la substance infinie de Descartes, précédant logiquement la substance finie. Son concept est tout actuel, indéterminé