‹ La nouvelle monadologieChapitre 80 sur 177 · DESCARTES. L'EXISTEWCE DE DIEU Ï · texte numérisé non relu

DESCARTES. L'EXISTEWCE DE DIEU Ï

en son application, et il n'y entre aucune idée d'extension quantitative de la connaissance, ou de la puissance, à des objets sans fin.

5" On pouirait aller plus loin, dans cette explication de la vue fondamentale de la métaphysique cartésienne, et remarquer que l'idée de substance ne dilTère point, dans l'usage qu'en fait Descartes, de la simple idée d'existence, et que, le point de vue oii il se lient étant tout idéaliste, comme nous l'avons dit, il n'y aurait aucun changement apporté à la doctrine, si l'on admettait que, laissant à l'imagination le secours de la fiction d'un support des idées, — qu'on ne saurait luimême se représenter par aucune idée, hormis cette sorte d'image abstraite k laquelle nul sujet ne répond. — Il faut convenir que le concept de la pensée, dans ce qu'il a d'intelligible comme réalité, se réduit à la synthèse des attributs qui la définissent. N'est-ce pas au reste ce qu'on entend, lorsque au lieu de parler de la substance on parle de l'existence, dont le nom celte fois a coutume do se prendre pour un terme universel 'et abstrait?

La démonstration cartésienne de l'existence de Dieu n'est pas vraiment double, quoique on la présente habituellement ainsi, et que Descaries lui-mfime ait paru le faire. Car il en reconnaît deux, et deux seulement de possibles; lune qui se tire de l'essence, l'autre des effets. Au fond c'est de l'argument de la causalité que la première, la preuve ontologique, lient tout ce qu'elle a de force, et cet argument est mis en évidence dans la seconde. La preuve ontologique s'énonce en ces termes d'une grande simplicité ;

« Lorsque la pensée qui se connaît soi-môme, dit Descaries, fait une revue sur les diverses idées ou notions qui sont en soi, et qu'elle y trouve celle d'un être tout connaissant, tout puissant et extrêmement parfait, elle

juge facilement, par ce qu'elle aperçoit en celte idée,-

ieu, qui est cet fitre tout parfait, est, ou existe : icoro qu'elle ait des idées distinctes de plusieui-s . choses, elle n'y remarque rien qui l'assure de ence de leur objet, au Heu qu'elle aperçoit en :t, non pas seulement comme dans les autres

xistence possible, mais une, absolument nécesît éternelle. Et comme de ce qu'elle voit qu'il est latrement compris dans l'idée qu'elle a du trian- |ue ses trois angles soient égaux à deux droits, ! persuade absolument que le triangle a trois annaux à deux droits ; de ni&me, de cela seul qu'elle ïit que l'existence nécessaire et étemelle est comdans ridée d'un être tout-parfait, elle doit conque cet t'tre tout-parfait est, ou existe « [Les prtni.i.phil., I, 14).

n'avait pas attendu Kant, de qui la Critique a beaucoup d'importance à la remarque, pour cevoif que le contenu nécessaire d'une idée n'est irs quune idée, et n'a pas le don de prouver l'exisexterne de son objet' ; et peul-ôlre est-ce là un

du caractère de croi/ance dont Descartes n'aurait ilendu, au fond, que Vividence dût entièrement se

ireuve oiiloloyi /ne est lonniiunément attribuée à Anselme de ury nui toutefois ae la piesenUi ijoe aous une forme grossière, it pus ) eviler une pétition de prmcipe. Le lîce logique de ent Tut relevé du temps in^me d Anselme, par le moine Gau- |ui uionlra habilement que le loncepl d'un objet n'en saurait démontrer leïistenLe Ihouias dAquin rejeta pour i^etle ai&ine a preuve onlologigue Deacartes en la reprenant (purgée de la

de principe d Anselme) maintint contre l'auteur dea l'reiitièi-es ns d ses Védtlaliims metaph /siques que. en matière de perfec-

contept implique l CMstcnte de sou objet. C'est 16 une confuanifeslK entre une lorte pensée objective et la supposition du iterne correspondant et i, est ce qu on appelle une croyance. es avoua seulement quil est aisd de prendre pour un sopbisme îuionstration par l'essence, et qu'il avait bésité d'abord à s'en mais qu'enlln, ayant développé l'autre, la démonstration par les l n'avait pas cru devoir omettre celle-là. (Voir les Objections ■es, a° Vil, et les Répoities, n» VI. j

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séparer (XXV, LU) ; mais, quoi qu'il en soit, il n'a pu ne pas sentir, après tout, que l'idée elle-même avait besoin d'une justification pour sa présence en notre pensée, pour son origine, et pour le motif d'où elle tient le pouvoir de nous persuader de l'existence de son objet. Ce motif n'est autre que la reconnaissance de sa cause, et là précisément est le principe de la seconde démonstration de resistence de Dieu : « La cause des idées doit être d'autant plus parfaite, que ce qu'elles représentent de leur objet a plus de perfection. »

« Pource que nous trouvons en nous l'idée d'un Dieu ou d'un ùlre tout-parfait, nous pouvons rechercher la cause qui fait que celte idée est en nous : mais après avoir considéré avec attention combien sont immenses les perfections qu'elle nous représente, nous sommes contraints d'avouer que nous ne saurions la tenir que d'un être très parfait, c'est-à-dire d'un Dieu qui est véritablement ou qui existe, pource qu'il est non seulement manifeste par la lumière naturelle que le néant ne peut ôtre auteur de quoi que ce soit, et que le plus parfait ne saurait ôtre une suite et une dépendance du moins parfait; mais aussi pource que nous voyons par le moyen de cette miime lumière qu'il est impossible que nous ayons l'idée ou l'image de quoi que ce soit s'il n'y a en nous ou ailleurs un original qui comprenne en eiïet toutes les perfections qui nous sont ainsi représentées. » (Les Princip. d. l. p/iil., 1, 18).

Descartes développe amplement dans les Méditations métaphysiques les raisons de penser que ce n'est point de nous, qui ne sommes point cause de nous-mêmes, que vient cette idée, ni de plusieurs causes concourantes, et enfin que l'idée de la perfection a nécessairement une cause et ne peut avoir que l'être parfait pour cause, parce que, comme il est dit déjà dans le Discours de la méthode : « il n'y a pas moins de répu-

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gnance que le plus parfait soit une suile et une dépendance du moins parfait, qu'il y en a que de rien procède quelque chose. »

L'impossibilité que de rien procède quelque chose, admise par le philosophe à qui la doctrine de la création interdisait celle de l'éternité du monde, se joignait à cette thèse caractéristique de la causalité éminente. qu'il substituait à la nature mcesxaire, ou substance éternellement donnée en soi, plus commune chez les philosophes de l'École, pour lui faire envisager la Personne, ou cause consciente souveraine, essentiellement, comme le principe des choses. Mais la logique, alors, semblait soulever le problême de l'applicalion du principe de causalité à l'existence de la cause des causes elle-mf:me. De là vînt à Descartes, bien certainement, la pensée de reprendre la thèse scoliste de Dieu considéré comme cûKSû sui. Elle aurait coupé court à la difficulté du procès à l'infini des causes, mais il no s'y tint pas strictement, ne pouvantla défendre, parce qu'elle implique une existence antérieure à l'existence. Il n'y faut voir de sa part qu'une importante marque du dessein philosophique de poser la personnalité, la volonté, comme le caractère essentiel de l'être premier. Une autre marque du rafime esprit nous frappe dans le cercle vicieux célèbre du Grand Trompeur ; l'évidence prouvant Dieu, de qui la perfection morale, à son tour reconnue, prouve que l'évidence ne trompe pas. Le Dieu dont le métaphysicien invoque la véracité ne saurait être une abstraction. Le cercle vicieux est comme la forme d'une croyance qui se confirme moralement par la contemplation d'un objet qui ne s'est d'abord offert que sous l'aspect intellccluel ; et la thèse de Dieu cause de soi se réduit à l'expression rationnelle de la possession entière de soi, et de la pleine indépendance de tout pouvoir externe, si l'on renonce, le jugeant contradictoire, à leffort de scruter l'origine

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