‹ La nouvelle monadologieChapitre 87 sur 177 · LE MONDE UE LEIBMZ 2SS · texte numérisé non relu

LE MONDE UE LEIBMZ 2SS

beaucoup plus travaillée : « Dieu, dit-il, porté par la suprême raison à choisir, entre plusieurs suites de choses ou de lûondes possibles, celui où les créatures prendraient telles ou telles résolutions, quoique non sans concours, a rendu par là tout événement certain et déterminé une fois pour toutes, sans déroger à la liberté de ces créatures; ce simple décret de choix ne changeant point, mais actualisant seulement leurs natures libres qu'il voyait dans ses idées, » On saisit mieux qu'en toute autre, en cette formule, le concept de l'actualisation des possibles et de la prédétermination des actes libres, au sein de l'éternité ; et l'on comprend mieux que la contradiction peut y être évitée, à une condition : c'est de regarder le temps comme un mode illusoire de la création, successivement développée pour la créature, une et simultanée pour Dieu. On obtient ainsi une vue logique du panthéisme théologique chez Leibniz; car le prédéterminisme est lui-même un mot qui le désigne mal, une forme de langage temporelle, trop littéralement créntioniste, qui seule fait du libre arbitre un problème insoluble en nietlantentre la volonté divine et l'acte humain un intervalle : accommodation à l'infirmité de la vue des hommes et source de contiadictiona. Spinoza refusa cette concession à la métaphysique cartésienne, et ce ne fut pas lui qui manqua de logique.

Leibniz s'est toujours exprimé si brifevement dans les exposés, d'ailleurs assez nombreux, qu'il a donnés de ses premiers principes, que le sens le plus profond en échappe ordinairement à la critique. 11 ne prend pas le terme initial de la métaphysique, comme Descartes, dans la pensée individuelle, empirique, seule certaine, le moi, mais dans une idée universelle et absolue, celle du possible, qui, posée en cette abstraction parfaite, est exactement celle de l'inconditionné de Kant avec le

Renouvibr. — ProbtËmos mûtaphya. 15

226 LA PHILOSOPHIE SYSTHmyUE signe du fiilur. Leibniz remarque, en premier Heu, epie rhypotbèse de l'éternité du monde ne dispense' pas le phiiosoplic de chercher la raison des choses au delà de la succession donnée des états sous lesquels elles se présentent en leurs changements : « la raison ultime doit être, dit-il, en quelque chose qui soit d'une nécessité métaphysique Or, de cela seul que quelque chose existe, de préférence à rien, nous devons reconnaître qu'il y a dans les choses possibles, dans la possibilité mCme, dans l'essence, une exigence d'existence, pour ainsi parler, et que, en un mot, l'essence tend par elle-même à l'existence. » Leibniz fait sortir immédiatement, de cette idée du possible, l'idée du nécessaire, qui pour une philosophie de la contingence en serait tout l'opposé. 11 ne lui convient pas de penser à des possibles d'égale possibilité, contradictoires dans l'acte seulement, quand il se produit :

« 11 suit de là, dit-il en effet, que toutes les choses possibles, c'est-à-dire qui expriment l'essence ou la réalité, tendent à titre égal à l'existence, dans la mesure de la quantité d'essence ou de réalité-, autrement dit à raison de la quantité d'essence ou de réalité qu'elles renferment ; car la perfection n'est autre chose que la quantité d'essence. "^L'essence est, dans ce langage, la réalité considérée on son idée.

Cette théorie nous rend compte de l'adhésion donnée par Leibniz à la preuve ontologique de l'existence de Dieu (l'essence du parfait implique l'existence}, et aussi de l'objection qu'il fait à la formule cartésienne de cette preuve : à savoir, que Descartes aurait dû établir la possibilité avant de conclure à l'existence. Cette possibilité, selon Leibniz, est réelle, parce que fessence tend à l'existence, comme on vient de le dire, il suffit que l'idée n'implique pas contradiction. La correction réclamée se borne là et ne touche point la difficulté

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