‹ La Nouvelle OrthographeChapitre 17 sur 44 · V. la 2" Partie, Objections · texte numérisé non relu

V. la 2" Partie, Objections

plus choquantes ; il y a en effet des anomalies, ou plutôt des absurdités qu'on appuie sur des règles, qu'on a érigées en principes, et qu'on enseigne au nom de la raison; elles forment tout un code qui, sous le nom d'orthographe de règles, embrasse une partie de la grammaire. Les règles qui concernent les différentes parties du discours nous offriront quelques-unes de ces absurdités — il serait infiniment trop long de les énumérer toutes.

Le substantif. — Le féminin du substantif, quand sa formation est régulière, se marque (i) simplement avec un e : un marquis^ une marquis^e; un berger^ une bergèr-e. Mais, sans qu'on sache pourquoi, les noms terminés en n et en ^ font exception et redoublent la consonne finale ; lion^ lion-ne; chat, chat-te. Pourtant, dans cette exception, sans qu'on en voie la cause, ne sont pas compris les mots en ain, m, et quelques noms en an : romain-e, orphelin-e, persan-e, ne redoublent pas Vn, — Cependant paysan-ne prend deux «. Ainsi, écrire paysane comme persane est une faute.

Pourquoi toutes ces complications, toutes ces subtilités? Quelle mystérieuse raison empêche de dire simplement : le féminin du substantif, toutes les fois que sa formation est régulière, se marque par Taddi-

1. Se marque, et non se forme. Beaucoup de grammaires se servent à tort de ce dernier terme, et disent : « on forme le féminin... » La formation du féminin est l'œuvre de la iangrue; c'est la langue, ou, si on veut, l'usage, en tout cas une force latente dont nous ne sommes pas les maîtres, qui a formé le féminin de canard, de dindon, de mulet, et qui a voulu que ce féminin fût cane, dinde, mule. Nous ne pouvons que représenter, que marquer ce féminin à l'aide de l'orthog^raphe. La formation du genre échappe à notre réglementation ; autrement, pourquoi cette formation ne serait-elle pas toujours régulière; et, de même qu'on dit, vne gaillarde, une lionne, pourquoi, si cela dépendait de nous, ne dirall-on pas : une canarde, une dindonel

tion d'un e au masculin : marquis'-e, chat-e, lion-e, paysane"!

Les règles qui concernent le pluriel du substantif sont infiniment plus compliquées encore. D'ordinaire le pluriel se marque par Taddition d'une * au singulier : un chien^ des chiens, un verrou, des verrous. Mais parmi les noms en ow, il y en a sept qui, toujours pour une raison mystérieuse, au lieu d'une s prennent un X : des bijou-x^ des caillou-x, des chou-x, des genoU'X, des hibou-x, des joujou-x et des poux. Pourquoi ne pas les soumettre à la règle générale?

De même les noms terminés en au et en eu — toujours sans qu'on puisse donner la raison de cette particularité — prennent au pluriel, non pas une s, mais un x : des bateau-x^ des animau-x, des neveu^x. Et la routine a chez nous tant d'empire, elle paralyse à ce point dans nos esprits l'exercice de la raison, que nous ne songeons même pas à nous demander : « Mais, au fait, pourquoi ces noms-là font-ils exception ; pourquoi ne marquent-ils pas leur pluriel, comme les autres, avec une s ?» De bonne foi nous sommes convaincus qu'il y aurait une faute à écrire des chapeaus comme des landaus^ des chous comme des sous^ des cheveus comme des bleus.

On chercherait vainement la justification de ces exceptions. Elles ont leur origine dans l'ancien usage qui permettait — au dix-huitième siècle et antérieurement — de marquer le pluriel indifféremment avec *, x, ou z : des ]lois, des loix ou des loiz ; des amitiés ou des amiliez. De facultatif l'emploi de ces lettres est devenu, dans tel ou tel cas, obligatoire, et cela arbitrairement. Au commencement du dix-neuvième siècle (1) on a décrété, d'autorité, sans autre raison que l'arbitraire, que Vs serait réservée exclusivement

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