PRÉFACE V
tout récemment, — rhythme par rythme^ et fac-similé par fac-similé.
C'est le phonétisme qui a tué le b de il doibt et qui tuera demain le g de le doigt. Grâce à lui nous écrivons peur et non plus paor, de pavorem, et nous écrirons demain pan et non plus paon, de pavonem. Nous lui devrons d'écrire, sans o enchevêtré dans Te, ie veu^ de votum^ aussi bien que le jeu, de jocus. Nous lui devrons d'écrire je fesais par un e, comme ^*e ferais, et néfrétique par une /*, comme frénétique.
Le phonétisme a fait des progrès incessants depuis trois cents ans. Le mot est nouveau, comme tous les termes de linguistique, mais la chose est vieille. Au phonétisme progressif et raisonnable, j'entends à une tendance aussi patiente qu'invariable vers la peinture fidèle de la prononciation, appartiennent en entier les temps classiques de notre littérature. A lui aussi est résen^é l'avenir; c'est avec cette confiance qu'a été rédigée en 1889 la Pétition phonétiste adressée à l'Académie française. Au phonétisme sage iront les maîtres présents et futurs de la pensée et du style, comme y ont été jadis Corneille, Bossuet et Voltaire.
Le mot de phonétisme épouvante les ignorants. Pourquoi? Peut-être parce que le groupe ph y est rébarbatif. Il ressemble trop à phlegmon, phtiriase, hyposphagme et prophylaxie. Je ferais bien, peut-être, de l'écrire par une /, fonétlsme, afin qu'il ait l'air d'un mot bon enfant, comme falbala, farfouiller et fanfreluche.
Le fonétisme ou phonétisme est donc considéré, sans discussion, comme étant a priori barbare, sauvage.