VI PREFACE
monstrueux et sacrilège. Bien mieux, les incompétents sont d'accord pour le juger inapplicable.
Ils ne se doutent pas qu'un phonétisme presque radical était la loi de l'orthographe grecque au temps de Platon, et qu'un système fort analogue régissait l'orthographe française au temps des chansons de geste, et régit encore l'orthographe italienne et l'orthographe espagnole . Ils se doutent encore bien moins, cela va sans dire, qu'un phonétisme rigoureusement absolu a été réalisé dans une des langues nobles de l'humanité, le sanscrit, et qu'il y a fait ses preuves pendant une longue série de siècles. Là il n'a été rien accordé aux parasites ordinaires du phonétisme, l'idéographie intermittente, l'étymologisme inconséquent, le dilettantisme qui, dans la forme des lettres, cherche des ocelles et des cannes. Le sanscrit ne fait aucune concession à la routine ou à l'habitude, à la superstition ou au respect du passé. Et il dédaigne même cette clarté factice qui s'obtient par la séparation des mots dans l'écriture : ce n'est en eflfet qu'un pis-aller et un expédient, inutile quand l'écriture rend bien la prononciation. Voilà de quoi plonger dans la stupéfaction certains ennemis du phonétisme :
Ces choses-là sont rudes ; II faut, pour les comprendre, avoir fait ses études.
N*en déplaise aux gens qui ne prennent la peine ni de réfléchir ni de s'informer, le phonétisme absolu serait en soi un système parfaitement pratique. J'ajoute que demain, peut-être, nous aurons à le pratiquer sans le vouloir. Qui sait si, à bref délai, quelque physicien ne va pas trouver l'art de faire écrire le phonographe? si, par suite, les écoliers ne seront pas