PRÉFACE IX
déjà une orthographe phonétique, comme je Tai montré plus haut. La question n'est donc pas du tout de savoir si l'orthographe de demain sera phonétique :: elle le sera, quoi qu'il arrive, aussi longtemps que la langue française s'écrira avec des lettres, et non avec des idéogrammes analogues aux chiffres. La question ost celle-ci et rien de plus : épurer notre phonétisme orthographique, et l'épurer pour le commun usage, le filtrer au profit de tout le monde et pour le plaisir de tous les yeux.
Il existe un art de bien prononcer, comme il existeun art de « parler correctement ». De même que nosgrammaires nous apprennent à dire vous faites et non pas vous faisez, des chevaux et non pas des chevals, je me le rappelle et non je m* en rappelle^ il y a des préceptes de prononciation qui sont répétés à tout instant dans l'enseignement oral et qui tiennent une grande place dans les livres. Les manuels d'épellation qu'on met entre les mains des enfants sont, en réalité, des traités de prononciation française ; — française, non régionale ou personnelle. Les dictionnaires français-anglais, français-allemands, disent aux étrangers non pas comment prononce M. un tel, mais comment « on prononce » en France. Littré avertit ses lecteurs que hennir se prononce hanir, que gageure se prononce gajure, que dompter se prononce donter, « Le p, dit-il, ne se fait jamais sentir ; c'est une faute de le prononcer. » La prononciation comporte donc une orthodoxie. Il n'y a qu'à en tenir compte dans l'écriture, et on aura une écriture plus conforme au phonétisme, une « orthographe phonétique » qui sera plus complètement digne du nom de phonétique et aussi du nom (V orthographe.