C. — Premières ébauches de la mémoire associative
Cette mémoire associative, qui apparaît vraisemblablement dès les organismes les plus inférieurs, resta longtemps à l'état d'ébauches.
Elle existerait et évoluerait à côté des tropismes et de la sensibilité différentielle. Telle est du moins l'opinion à laquelle j'ai été conduit par mes travaux personnels et la lecture de certains travaux. Je crois que c'est un tort de vouloir la faire dériver des tropismes. Je montrerai dans la seconde partie de ce mémoire, consacrée aux animaux articulés, quelle importance elle prend chez ceux-ci.
J'ai montré des traces de « mémoire associative » chez les actinies, chez des mollusques, les patelles.
On conçoit que la mémoire associative reste rudimentaire chez de tels animaux. La mémoire associative a besoin d'éléments pour ses combinaisons; plus les éléments, c'est-à-dire les sensations, sont variés, plus les combinaisons peuvent être nombreuses et complexes. Or, chez les dits animaux inférieurs, les sensations paraissent peu variées: des stimulants très divers, tels que la lumière, la concentration saline... peuvent agir de la même façon sur l'organisme, par exemple en soustrayant de l'eau à sa matière vivante; chez les animaux inférieurs, il y a surtout des sensa-
lions purement chimiques qui doivent se ressembler beaucoup les unes aux autres. En général, chez ces animaux, les associations se forment avec quelques éléments toujours les mêmes.
Fait très curieux : la mémoire associative se développe davantage chez les animaux vivant au contact de corps solides. Parmi les infusoires, il y a de tels animaux, les Lorophyllum par exemple. Or, Holmes a montré que leurs réactions sont plus compliquées que chez les paramécies qui nagent librement. Chez les animaux munis d'un système nerveux, le support fournit des sensations qui vont s'associer aux autres sensations. Le braflçii^llion est un ver parasite des torpilles ; il est excessivement sensible aux variations d'éclairement, quand la ventouse postérieure est fixée sur un corps quelconque ; cette sensibilité s'atténue beaucoup quand la fixation a lieu sur la peau du poisson; il en est de même chez les argules, parasites d'autres poissons. Une sensation inhiïïérait une autre sensation. Peut-être plus tard ce fait éclairera-t-il le mécanisme des associations plus complexes. Avec les patelles, celles-ci se perfectionnent déjà. Chaque mollusque occupe sur un rocher une place déterminée, caractérisée par une surface lisse ayant une certaine inclinaison. Quand l'animal se déplace sur le rocher pour prendre sa nourriture, s'il rencontre une surface lisse il ne s'y arrête que quand l'inclinaison est la même que celle de sa place habituelle; il semble qu'il ait conservé le souvenir de sa position habituelle dans l'espace. Van der Ghinst, en 1906, a observé des faits semblables même chez les actinies.