Fourmis. — Bethe avait voulu ramener tous les
1. G. BoHN. De rorienlation des patelles, Scienlia, janvier 1909 el Académie des sciences, 1909, p. 868.
2. Glaparèue. La Faculté d'orientation lointaine. Archives de Psychologie, 1903.
actes des fourmis à des tropismes; récemment Turner a protesté, en étudiant avec soin les associations de sensations. L'un et l'autre me paraissent avoir été trop exclusifs.
1° Part des tropismes dans l'instinct. — Voyons tout d'abord en quoi consiste la fameuse théorie des pistes odorantes de Bethe.
Toutes les fourmis ne sont pas assujetties à suivre des routes spéciales. Très souvent les Formica sanguinea et fusca vont et viennent un peu dans toutes les directions ; mais déjà les Formica rufa et pratensis suivent de préférence certains chemins. Quant aux Lasius, elles suivraient des routes bien déterminées, dont les détours et les circuits seraient exactement les mêmes à l'aller qu'au retour.
Pour Bethe : « les fourmis laisseraient derrière elles une trace chimique volatile, qui est polarisée, et qui est différente pour la direction allant vers le nid et pour la direction opposée ; cette trace, impressionnant les organes antennaires, guiderait les fourmis à la façon d'un poteau indicateur. »
Bien longtemps avant Bethe, on avait déjà parlé de « piste odorante ». Déjà, en 1745, Charles Bonnet, dans ses Observations sur les insectes, fait remarquer qu'en passant le doigt au travers du sentier parcouru par les fourmis on les désoriente et il conclut à l'importance de l'odorat. Pierre Huber, au contraire, en 1810, dans ses célèbres recherches sur les fourmis, attache de l'importance à la vue. Et pendant longtemps, Fabre, Wasmann, Forel ont discuté à cet égard.
Ce qui fait l'originalité de la théorie de Bethe S c'est la polarité des chemins. Voici quelques-unes des expériences sur lesquelles il a fondé cette hypothèse.
1" Un disque tournant est placé au travers du chemin. Après rotation de 180", les fourmis déjà engagées sur le disque continuent leur chemin, mais s'arrêtent quand elles arrivent à la limite du disque.
2° Une série de planchettes constituent la piste. On peut intervertir les planchettes en conservant la polarité : la marche n'est pas troublée. Si, au contraire, on place les planchettes de façon que des pôles de même nom se regardent, les fourmis se montrent incapables de franchir les séparations entre ces pôles de même nom. Pour une certaine disposition, en triangle, des planchettes, les animaux sont entraînés à tourner en cercle.
La théorie de Bethe a été très vivement critiquée, en particulier par Wasmaun et Forel. Ces auteurs ne comprennent pas qu'il puisse y avoir une polarité, puisque les insectes vont dans les deux sens sur la même voie.
A cela Bethe répond que « la trace doit être qualitativement ou quantitativement différente suivant qu'elle a été déposée en allant au nid ou en en venant » ; et il ajoute : « une piste conduisant au nid ne peut pas servir aux insectes venant du nid, et une piste venant du nid ne peut pas guider les fourmis rentrant au nid. «
Wasmaun et Forel ont protesté encore, au nom de