‹ La nuit de Gethsémani 1923Chapitre 8 sur 19 · SA. NOT · texte numérisé non relu

SA. NOT

raison est ce par quoi #05 laudabiles vel viluperabiles sumus, diront les pélagiens), et à considérer les dons du Maître comme étant sans importance — oägops — qui pourra alors égaler l’homme ? L’homme qui vient de s’émanciper de Dieu ! Sous ce rapport Socrate, Platon, Aristote, les épicuriens (rappelez- -vous le livre « De rerum natura » de Lucrèce) et les stoiciens, toutes les écoles helléniques ont été unanimes. Les stoïciens n’ont fait que concentrer leur attention sur l’ancienne pensée (surtout les stoiciens platonisants, Epictète et Marc- Aurèle); ils ont, pour ainsi dire, appuyé, trop appuyé sur elle. C’est ce que la nature humaine ne peut supporter : en toute matière, le « trop »

lui répugne.

Il reste néanmoins que Socarte et Platon sont les aïeux des stoïciens ;

qu'Aristote est aussi proche du stoicisme que n'importe lequel des purs stoiciens. Disons même que c’est Aristote qui réussit à charger sur ses épaules et à sauver la raison objective et autonome, « découverte » par Socrate. Car c’est lui qui a créé la théorie du « milieu », lui qui a appris aux hommes cette grande vérité que, si on veut garder intacte la raison, il faut ne pas la fatiguer avec des questions qui dépassent ses forces. Plus encore : Aristote apprit aux hommes à poser n'importe quelle question de manière à ne pas attenter aux droits souverains de la raison. Car c’est lui qui a inventé la fiction (veritatem æternam) que les questions auxquelles on ne peut répondre sont des questions privées de sens dans leur fond même, donc inexistantes. Après Aristote et jusqu'a notre temps les

hommes ne posent des questions qu’au

sujet des choses sur lesquelles la raison permet de poser des questions.

Tout le reste est pour nous ädéoopov, indifférent, comme pour les stoïiciens. Le représentant le plus remarquable de la nouvelle philosophie, qui se considérait (et à juste titre) comme le continuateur de l’œuvre d’Aristote, donne comme premier et inébranlable commandement de la philosophie l’indifférence stoïique à l'égard de tout ce qui advient au monde. Dans sa logique — qui est en même temps une ontologie — 1l érige en principe la règle d’Horace : S3 fractus illabatur orbis, impavidum ferient ruinæ..

Et non seulement Hegel : le premier venu d’entre nos contemporains, pourvu qu'il pense, et s’il se décide à penser franchement, devra répéter

les paroles de Hegel. En d’autres termes, ce qui est vrai pour les anciens, reste vrai pour nous; les idées dont nous vivons sont les idées du stoicisme. Que périssent les . hommes et les mondes, les royaumes et les peuples ; que s’anéantisse tout le réel, l’animé, l’inanimé, tout cela est ädtévocov, indifférent ; tout est sauf, pourvu que personne n'attente au royaume de l'idéal où règne sans partage la raison et ses lois. La raison est antérieure au monde, et ses lois idéales, ses principes sont éternels ; ils n’ont été Hors à personne.

Quand elle décide : pudet, tout le monde doit avoir honte : ; quand elle décide : ineptum, tous doivéne sin digner ; quand elle décide : zmposstble, tous doivent s’incliner. La plainte est insensée, aucun appel n'est recevable. Pélage l'a dit : quod ratio

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arguit, non potest auctoritas vindicare ; et saint Augustin, nous ncus en souvenons, répète Pélage ; et Pascal trouvait par moments qu'il valait mieux désobéir au Maître qu’à la raison.

Car une louange de Ia raison est le bien le-plus grand qui puisse échoir à l’homme sur la terre comme au ciel. Et un blâme de la raison est pour l’homme le plus grand mal.

Peut-il en être autrement ? peut-on, dans le domaine de la philosophie, vaincre le stoïcisme, rejeter le pélagianisme ? et peut-on, retournant la pensée de Pascal, pourra-t-on jamais dire : le Maître ordonne plus impérieusement que la raison. Car, ayant désobéi à la raison, tu ne seras qu’un sot, mais ayant désobéi au Maître, tu perdras ton âme. |

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