‹ La nuit de GethsémaniChapitre 4 sur 7 · Par lesquelles nous sommes louables ou blâmables · texte numérisé non relu

Par lesquelles nous sommes louables ou blâmables

Nous voyons que Pascal appelle devant le tribunal de Dieu non seulement Rome, mais la raison ellemême. Et précisément devant le tribunal de Dieu, et non devant celui de la raison, comme d'autres philosophes avaient fait avant lui (certains le font encore). C es philosophes, Pascal les connaissait, quoi qu'à vrai dire il n'en ait pas connu beaucoup. Il n'était pas un éruditf et son savoir d'historienphilosophe , Montaigne presque seul le lui donnait. Mais tout en louant Montaigne, tout en s 'inclinant devant lui, Pascal comprenait très bien qu'il est inutile d'en appeler à la raison dans

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la lutte contre la raison : car une fois que la raison est le juge suprême, on peut être assuré qu'elle ne se rendra pas de bon gré et se justifiera toujours.

Mais comment faut-il comprendre ce jugement de Dieu concernant la raison ? En quoi ce jugement consiste-t-il, que peut-il apporter aux hommes ? La raison nous donne l'assurance, la certitude, la fermeté, les jugements clairs et distincts, solides et définis. Peut-on espérer que, ayant renié la raison et l'ayant détrônée, nous arrivions à une stabilité et à une certitude plus grandes ? Certainement, s'il en était ainsi, tous f uivraient volontiers Pascal. Il nous serait accessible, proche, compréhensible. Mais le jugement dernier ne ressemble en rien aux jugements auxquels nous nous sommes habitués sur la terre, et

les arrêts du tribunal suprême ne ressemblent en rien aux arrêts des tribunaux terrestres ; exactement comme la vérité céleste ne ressemble en rien à la vérité terrestre. La vérité terrestre — le plus savant philosophe et le plus humble des manœuvres le savent également, car c'est la loi principale et constante non seulement de notre pensée, mais de notre existence même — la vérité terrestre est toujours égale à elle-même. L'essence de la vérité, c'est sa stabilité et son invariabilité. Les hommes en sont tellement convaincus qu'ils ne sauraient même se représenter un autre genre de vérité. « On aime la sûreté, » dit Pascal ; « on aime que le pape soit injaillible en la foi, et que les docteurs graves le soient dans les mœurs, afin d'avoir son assurance. » Rien n'est davantage estimé sur la terre que cette

fermeté, cette assurance. Et cette estime qu'on leur voue, la raison Tenseigna aux hommes, cette raison qui leur fournit toutes les stabilités et toutes les certitudes grâce auxquelles on peut vivre tranquillement et dormir profondément. Rappelonsnous que les clefs terrestres du royaume des cieux échurent à saint Pierre et à ses successeurs justement parce que Pierre savait dormir et dormait pendant que Dieu, descendu parmi les hommes, se préparait à mourir sur la croix. Mais l'agonie du Christ n'est pas encore finie. Elle continue, elle durera jusqu'à la^fin du monde. « Il ne faut pas dormir », nous dit Pascal. Personne ne doit dormir. Personne ne doit chercher la fermeté et l'assurance. « S'il ne fallait rien faire que pour le certain, on ne devrait rien faire pour la religion ;

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car elle n'est pas certaine. » Seul peut parler ainsi un homme quia entrepris, non d'attirer ses semblables vers la « religion », mais de les en détourner. Il semble qu'il y ait ici une erreur quelconque, un malentendu, que Pascal ait dit une chose autre que celle qu'il voulait dire. Mais non, il n'y a aucune erreur; ailleurs Pascal s'exprime d'une manière plus forte, plus décisive encore. ((Nous brûlons de désir de trouver une assiette ferme et une dernière base constante, pour y édifier une tour qui s'élève à V infini. Mais tout notre fondement craque et la terre s'ouvre jusqu'aux abîmes. Ne cherchons donc

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