‹ La nuit de vengeursChapitre 9 sur 12 · Il · texte numérisé non relu

Il

— Est-ce donc là, se disait-il, cette femme si noble et si résignée que j'admirais comme une créature céleste? Est-ce là cette vertu si forte et si pure devant laquelle je m'inclinais pour ne pas être ébloui? Dérision ! cet ange n'était qu'une femme comme les autres. Je tiens là, entre mes doigts, toute cette vertu sans tache, toute cette belle renommée; d'un regard je peux mesurer toute l'étendue de mon déshonneur, sonder la profondeur de cette hypocrisie... Pourquoi hésiter davantage et quel scrupule m'arrête encore?... Si elle est innocente, ne faut-il pas que je le sache, ne fût-ce que pour effacer tous mes doutes et me rendre tout mon respect pour elle , toute ma religion? Si elle est coupable, au contraire... Oh! si elle est coupable...

En prononçant tout haut ces paroles, le sang espagnol reprenait le dessus dans les veines du militaire. D'un mouvement brusque, la main de M. de Caussade brisa le cachet, et il put lire alors cette lettre que nous connaissons déjà.

Comme nous l'avons déjà fait observer, cette lettre était conçue en des termes vagues et mystiques, dans lesquels un esprit prévenu pouvait aisément voir la condamnation de son auteur.

Les traits de M. de Caussade trahirent pen*

(lant celle lechire l'impression qu'elle faisait sur lui. Il n'avait pour Mathilde, nous le savons, qu'un respect sincère et un altacheinent fondé sur l'estime; cette estime détruite, les sentiments auxquels elle servait de hase devaient s'effacer avec elle.

Tel était le résultat qui s'opérait en ce moment chez M. de Caussade. Non pas que la lettre en elle-même fût si ouvertement accu satrice qu'elle ne lui laissât aucun doute sur la culpabilité matérielle de sa femme ; mais il suffisait que lïdole eût perdu son auréole , qu'elle fût descendue de son piédestal , pour qu'elle ne fût plus à ses yeux qu'une femme comme tant d'autres, digne de pardon et de compassion peut-être, mais indigne désormais de ce culte et de ces respects dont il s'était plu à l'environner.

Le lien le plus puissant qui l'attachât à elle avait été malheureusement rompu. Elle n'était plus là cette tête si chère qui réunissait les deux époux dans une commune affection ; et les autres nœuds que la loi avait formés et que l'Église avait consacrés, s'en allaient déjà flottants, retenus seulement par un sentiment passif, lorsque cette lettre fatale était venue briser le dernier fil et détacher l'une de l'autre ces deux existences.

M. de Caussade ne céda pas à son premier

mouvement de colère après sa lecture, et c'était déjà là un grave indice de ce détachement absolu que nous venons de signaler. Il se contint au contraire pour écrire un billet à son beau-père et le prier de venir le voir le plus tôt qu*il le pourrait. En attendant, il se renferma chez lui, ordonnant aux domestiques de ne laisser pénétrer personne dans la maison, excepté M. du Rouvray.

Sur le mot pressant de son gendre, le vieux chevalier avait cru sa fille malade et il s'empressa d'accourir. Au lieu de le conduire près de sa fille comme d'habitude , on le pria de la part de M. de Caussade de passer auparavant chez lui. Ces façons mystérieuses donnèrent au vieillard quelque inquiétude.

— Qu'y a-t-il, mon gendre, dit-il, et pourquoi toutes ces précautions inusitées? On m'assure que ma fille n'est pas malade, et je ne comprends rien à toutes les précautions que Ton parait prendre ici.

— Vous allez le comprendre, répondit M. de Caussade en offrant cérémonieusement un fauteuil à son beau-père.

On s'assit, et le vieillard écouta.

— M. du Rouvray, reprit le gendre en croisant ses bras sur sa poitrine, ma femme me trompe.

— Monsieur ! s'écria le vieux gentilhomme

en se relevant avec hauteur, cela n'est pas, cela ne peut pas être!

— Cela eslpourtant, continua M. de Caussade en invitant du geste et avec calme M. du Rouvray à se rasseoir.

— Prenez garde, monsieur , à ce que vous dites !

— Vous me connaissez assez pour croire que je n'avance rien dont je n'aie la preuve.

— Cette preuve , monsieur , donnez-lamoi.

— Pas ainsi, si vous le permettez, mais devant elle. Elle ne sait rien encore, elle n'est pas prévenue, vous jugerez vous-même.

M. de Caussade agita un cordon de sonnette, et un laquais parut.

— Faites demander à madame si elle peut nous recevoir.

— Mais vous allez la tuer, reprit le père quand le domestique fut sorti, vous allez la tuer si vous faites peser sur elle une aussi cruelle et, je dirai toujours jusqu'à preuve du contraire, une aussi injuste accusation.

— Soyez sans crainte , j'agirai avec calme, avec tous les ménagements possibles.

— Donnez-moi auparavant cette preuve, qui n'en est peut-être une qu'à vos yeux prévenus. De grâce, épargnez cette douleur à ma pauvre enfant.

— iî26 —

— C'est vous-même, vous dis-je , qui serez juge.

On vint annoncer que madame de Caussade attendait son mari et son père.

La pauvre femme, frêle et timide créature, était plus morte que vive lorsqu'elle les vit entrer. Un regard avait suffi pour iui apprendre ce dont il s'agissait. Par un sentiment tout naturel de protection , M. du Rouvray ouvrit ses bras, et sa fille vint s'y jeter. Cet embrasse ment fut, d'une part, comme un éloquent témoignage d'innocence, et, de l'autre, comme une énergique protestation.

M. de Caussade, l'air calme en apparence, retira de son portefeuille un papier, et le plaçant sous les yeux de sa victime :

— Reconnaissez-vous cette écriture, madame? dit-il.

— Et qui donc, monsieur, vous a mis cette lettre entre les mains ? s'écria la jeune femme dans un noble mouvement d'indignation et sans répondre à la question qui lui était faite.

— Oh ! n'accusez personne que moi-même; cette lettre, personne ne me l'a donnée, je l'ai prise.

— Comment, vous avez osé...!

— Oui, j'ai osé dérober la preuve de mon déshonneur. Encore une fois , madame , cette écriture est-elle la vôtre ?

— Ma fille! s'écria M. du Rouvray en soutenant Mathilde chancelante.

Celle-ci tomba aux pieds de son mari.

— Grâce, monsieur! Oui, celle lettre est de moi; mais lisez-la, vous, mon père, et voyez si je suis coupable.

M. du Rouvray releva sa fille et la fil asseoir. Puis, tournant sur M. de Caussade des yeux sévères :

— Vous m'aviez dit que vous seriez calme. Donnez-moi cette lettre, monsieur, et plus un mot avant que je ne l'aie lue, ou, foi de gentilhomme...

11 n'acheva pas sa menace lorsqu'il vil M. de Caussade lui présenter avec un geste respectueux le billet fatal.

M. du Rouvray le prit et se mit à lire.

Le vieux gentilhomme , loin d'avoir contre Mathilde les préventions assez légitimes du mari, s'en était en quelque sorte déclaré le défenseur au début de celte scène, et il lui avait été facile de trouver dans son cœur paternel une foule de bonnes raisons pour croire jusque-là à son innocence absolue. Cependant il lui fut impossible de se dissimuler la gravité de la lettre surprise, mais il couiprit en même temps que sous celle forme ambiguë il ne se cachait d'autre faute qu'une imprudence, d'au-

tre sentiment qu'une aflfection douloureuse et innocente.

Mathilde, les yeux fixés sur ceux de son père, en suivait le mouvement et l'expression avec angoisse. Elle attendait son jugement dans une cruelle anxiété.

— Ma fille , dit enfin le vieillard avec une émotion qu'il avait peine à maîtriser, votre tort est bien grand et votre mari a raison de vous demander compte de ces lignes imprudentes. Mais, vous, monsieur, continua-t-il en s'adressant avec un accent sévère à son gendre, de quel droit, sur une pareille lettre , forgezvous une accusation de déshonneur?

— De quel droit, monsieur! vous me demandez de quel droit! mais vous ne l'avez donc pas lue ?

— Au contraire, et c'est après l'avoir lue que j'y cherche le motif d'un si grand courroux et d'une si grande indignation.

— Est-ce bien sérieux ce que vous dites là, M. le chevalier? interrompit le baron.

— Très-sérieux, répéta le vieux gentilhomme. Je ne vois dans cette lettre que des sentiments honorables, peu compris et toujours mal interprétés quand ils s'adressent d'une femme à un homme; mais, après tout, c'est une imprudence, rien de plus.

— Ainsi, à vous entendre, monsieur , ma femme aurait le droit d'entretenir en cachette une correspondance avec un homme que je ne connais pas, de recevoir de hii des lettres, de lui en écrire d'autres...

— Non, elle ne devait pas le faire en cachette, comme vous dites, mais à ciel ouvert, devant vous pour témoin.

— J'admire votre complaisance , mais vous me permettrez de ne pas la partager.

— Relisez ce billet, mon ami , et dites-moi s'il s'y trouve un mot que vous ne l'eussiez vous-même autorisée à écrire.

— Je comprends, monsieur, répliqua M. de Caussade avec un mouvement de dépit qu'il ne chercha pas à dissimuler, je comprends. Vous soutenez votre fille, rien de mieux, c'est le privilège d'un père, sinon son devoir. Mais moi qui n'ai pas les mêmes raisons de penser comme vous, moi que l'on trompe et dont on semble se moquer ensuite, moi qui suis le mari enfin, je ne puis souffrir un pareil scandale dans ma maison. Madame, vous avez reçu des lettres de cet homme, vous allez me les remettre.

— Mathilde, s'écria le père, je te défends de les lui remettre, c'est moi qui dois en être le dépositaire.

— Au moins, monsieur, vous me permet-

Irez bien d'exiger qu'elle me dise le nom de celui...

— C'est moi qui vous le dirai , interrompu le vieillard d'une voix haute et vibrante.

— Non, mon père , s'écria Mathilde en se précipitant dans les bras de M. du Rouvray, il le tuerait !

— Vous l'aimez donc bien ! reprit ironiquement le baron.

Le vieux gentilhomme se plaça entre sa fille et son époux, résolu à ne plus permettre à celui-ci une seule parole offensante.

— Écoutez-moi , monsieur, dit-il , et c'est moi maintenant qui vais vous accuser et vous confondre. Quand vous m'avez demandé la main de Mathilde, que vous ai-je répondu? Ne vous ai-je pas dit que son cœur ne lui appartenait plus? ne vous ai-je pas prévenu qu'un autre avait des droits sur elle antérieurs aux vôtres? Vous avez persisté, et comme une rupture était intervenue entre la famille de Solanges et moi , n'ètes-vous pas revenu à la charge, me promettant de respecter la douleur de ma fille?

— Monsieur, c'était entre nous.

— Laissez-moi tout dire, il faut qu'elle sache qu'en vous la donnant son père ne l'a pas sacrifiée. Je ne vous ai confié mon trésor, rappelezvous-le bien, qu'à cette condition expresse que

jamais ce passé ne serait rappelé . que jamais il De serait prononcé par votre bouche un seul mot d'allusion à ce sujet, que toujours enfin vous respecteriez le souvenir de cette affection première et Tinnocence de ses regrets. Eli bien! monsieur, aujourd'hui vous avez violé toutes vos promesses, vous avez failli à tous vos serments, car cet homme à qui ma fille envoyait ces lignes imprudentes, mais non coupables, cet homme...

— Mon père! interrompit encore une fois Mathilde.

— Non, il faut qu'il le sache. C'est î^f. de Solanges. Comprenez-vous maintenant , M. le baron ?

— Ah! pardonnez, monsieur, mais celte lettre n'en existe pas moins, et mon honneur...

— Votre honneur, monsieur, vous commandait de respecter cet ange, et vous ne l'avez pas fait.

— J'ai pu m'engager à respecter des souvenirs, jamais à tolérer un pareil commerce.

A ce mot de mépris, Mathilde se leva de son fauteuil en poussant une exclamation indignée. M. du Rouvray voulut la retenir.

— A mon tour de parler, mon père, dit-elle. Puis se tournant vers son mari :

— Non, monsieur, vous n'avez pas le droit

de me parler ainsi. Ces lettres que vous me demandiez, les voici.

La jeune femme retira ces lettres de son sein et les donna à son mari.

— Que fais-tu, mon enfant?

— Mon devoir, mon père ; puisse-t-il après les avoir lues ne pas regretter plus amèrement que moi les paroles qu'il vient de prononcer ! Partons, mon père, partons , j'étouffe sous ce toit et je sens que je n'y puis plus rester sans lâcheté.

M. du Rouvray retrouvait sa vieille fierté dans les derniers mots de Mathilde.

— Oui, ma fille, quittons ces lieux et viens avec moi.

— Monsieur, dit le baron , y pensez -vous ? Emmener votre fille !

— Arrière, monsieur I vous n'oseriez pas, je suppose, l'arracher de mes bras par la violence?

Ces mots furent dits avec un si profond sentiment de hauteur et de dignité qu'ils arrêtèrent le mouvement en avant qu'avait déjà fait M. de Caussade et clouèrent le baron immobile sur le sol.

Le père se hâta d'entraîner sa fille, laissant M. de Caussade stupéfait et anéanti.

La perfidie de madame de Sirey commençait à porter ses fruits. L'union jadis si calme et si paisible de Mathilde et de son mari élait désormais brisée. M. de Caussade n'avait plus de boussole pour le diriger, plus de frein pour le maintenir. Il allait être livré sans force et sans défiance aux séductions de cette femme dont la beauté fatale avait déjà fait tant de tristes victimes. Que faisait-elle pendant que se dénouaient ainsi au second étage les nœuds de ses intrigues?

Attentive et muette, elle attendait le signal 3. 12

— iU — de la camérîste qu'elle avait posée en sentinelle à sa porte pour l'informer du passage de toutes les personnes qui allaient chez M. le baron de Caussade ou qui en sortaient. Un judas ouvert dans un des panneaux de la porte facilitait cette observation. Nous verrons plus tard quels furent le résultat de cette vigie et ses conséquences.

Retournons à M. de Caussade.

Quand le baron se vit seul, il donna libre carrière à sa colère et, il faut le dire, à ses regrets.

— Partie ! s'écria-til, elle est partie. Quoi ! tout à l'heure encore nous étions tous deux souriants, presque heureux, et maintenant me voilà seul! Mais cette horrible lettre aussi!... Quel homme à sa lecture n'eût bondi de fureur? Que n'ai-je pas fait pour dominer ma rage! et pourtant, au fond de l'àme, j'en suis sûr, Mathilde est innocente. Innocente! mais qui sait ! peut-on Tétre quand on écrit de pareilles choses, et à qui? à un homme que l'on aime, et que l'on a aimé autrefois ; oh ! on ne s'en cache pas, on le dit tout haut; et moi je le souffrirais? Non, non, il ne sera pas dit qu'un rival... et puisque je ne puis me venger sur elle, ce sera sur lui que je me vengerai. Après tout, elle, elle n'a fait que céder à ses sollicitations perfides, à ses importunités,

sâos doute! Et puis, mon honneur vengé, pourquoi m'en préoccupera is-je davantage? Est-ce que je Taime, moi? Non, ce n'est pas elle que j'aime, et pourtant je ne sais, il me semble que tout à l'heure, quand je l'ai vue franchir le seuil de celle porte, la moitié de moi-même s'en allait avec elle ; et maintenant qu'elle n'est plus là , maintenant que l'isolement s'est fait autour de moi, je me sens le cœur serré, j'étouffe, et si je ne faisais effort sur moi, je crois que je me mettrais à pleurer comme un enfant. Allons, allons, du courage ! en faut-il donc plus pour se défendre contre une femme que pour affronter toutes les colères des hommes? Je hais, je déteste ma faiblesse, et par moments il me prend envie de courir, de me jeter à ses pieds, de lui demander pardon. Pardon! pardon d'avoir été trompé, outragé par elle !... Ah ! je maudis ma lâcheté !

M. de Caussade prononçait ces phrases hachées et contradictoires en se promenant d'un pas rapide dans rappartemenl. Quelquefois il s'arrêtait silencieux et comme abattu, puis il reprenait sa promenade agitée et ses gestes furibonds.

Tout à coup ses yeux tombèrent sur un portrait de son fils suspendu à la muraille; il le pht| et, se laissant tomber dans un fauteuil, il

se mit â considérer longtemps cette image d*iin enfant chéri. Ses pensées prirent un autre cours et une larme sillonna les joues mâles du soldat.

— Pauvre enfant! dit-il, lu étais la providence de notre ménage; quand tu vivais, jamais un nuage n'a troublé notre union, jamais un mot amer n'est sorti de ma bouche, et elle, jamais sans doute elle n'a cherché au dehors de sa maison des consolations à ses douleurs. Si tu avais vécu, tu aurais préservé ce toit du malheur, tu aurais suffi à ma tendresse, tu m'aurais éloigné de cette autre femme dont la pensée m'agite et me tue, tu m'aurais donné la force de lutter contre ses charmes ; et elle, ta mère, aurait-elle jamais consenti à perdre une de tes caresses pour répondre à son amant? Son amant, mais j'ai là ses lettres. 0 image chérie, vois quelle est ta puissance, tu me les avais fait oublier I

M. de Caussade posa le portrait sur la table et prit dans son gousset les lettres qu'il y avait mises. Il les déplia une a une pour les lire.

A mesure que cette lecture avançait, le front du baron s'éclaircissail, et quand il eut fini, reprenant le portrait dans ses mains tremblantes :

— 0 mon enfant ! dit-il d'une voix étouffée par les sanglots, du fond de la tombe où tu re-

poses, si tu as vu mon injustice et ma cruauté, mon enfant, pardonne-moi : ta mère n'est pas coupable !

A cette exclamation, à la fois heureuse et triste, succéda un long abattement, et comme dans la maison on avait à moitié vu et tout à fait deviné ce qui s'était passé, personne ne se hasarda à venir troubler la solitude du maître.

Cependant, vers six heures du soir, alors qu'il faisait déjà nuit depuis longtemps, le valet de chambre du baron pénétra jusqu'à lui.

— Que me voulez-vous? s'écria M. de Caussade d'un ton brusque et presque brutal.

Il était fâché qu'on vînt le déranger dans le cours de ses douloureuses réflexions.

— Un monsieur qui demande a voir M. le baron, répliqua le valet de chambre.

— Pourquoi n'avez-vous pas dit que je n'étais pas visible ?

— Je n'y ai pas manqué, 3f . le baron, mais la personne qui est là m'a dit qu'il s'agissait d'une affaire pressante relativement à madame la baronne, et alors...

— La baronne, dites-vous? Et ce monsieur a-t-il donné son nom ?

— Oui, monsieur, voici sa carte.

Le baron prit la carte et, l'approchant d'une bougie, il lut le nom de M. Ernest de Solanges.

— M. de Solanges! s'écria-t-il ; parbleu! c'est de l'audace! Faites- le entrer au salon. Je n'aurais pas été le chercher après les lettres que je viens de lire, mais puisqu'il arrive de lui-même... eh bien! soit, nous allons voir!

Un éclair de joie sinistre illumina les traits du militaire.

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