‹ La nuit des vengeursChapitre 11 sur 13 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

( FIN

Quand M. de Caussade vit tout son monde hors d'atteinte du fourneau qui allait faire explosion, il prit la main de M. de Solanges, et la lui secouant avec énergie :

— Fuyez, dit -il, croyez-moi, vous exposez ici vos jours en vain. Ma main suffira pour faire sauter tous ces bandits.

— Je ne vous quitterai pas, fit Ernest d'un ton décidé. C'est à nous, à la vie, à la mort!

— Soit donc! dit le baron.

Et saisissant un pistolet, il en approcha le canon de la traînée de poudre ; mais il n'eut pas le temps de lâcher la détente, une balle venait de lui casser Tépaule droite. ♦

Ernest reprit l'arme échappée de la main du baron, le coup partit, et soudain le feu se communiqua à la mine avec la rapidité de l'éclair; une terrible explosion se fit entendre ; le coin du ciel qu'on apercevait à travers les arbres s'obscurcit, le rocher s'effon-

dra, et le chant de guerre se p îrdit dans le lointain des échos.

D'ennemis, il n'y en avait plus, leurs membres dispersés gisaient pêle-mêle avec les arbres déracinés et brisés, avec les quartiers de roc ensanglantés.

M. de Sauvigny, qui commandait la retraite, revint sur ses pas avec tous ses hommes pour secourir M. de Caussade, Hélas! quel triste spectacle l'attendait.

Au milieu des débris fumants du rocher, il retrouva le cadavre d'Ernest, horriblement mutilé. Une pierre lui avait enfoncé la poitrine, et il gisait ensanglanté, presque méconnaissable, les deux jambes prises sous un quartier de roc,

Gustave essaya en vain de le rappeler à la

vie, en vain il l'appela des noms chers à Tamilié. Les yeux d'Ernest ne devaient plus se rouvrir, sa bouche ne devait plus parler. En écartant ses vêtements^ M. de Sauvi<çny trouva ce petit livre, que Mathilde lui avait autrefois envoyé.

Comment ce livre, arrosé de tant de larmes, et sanctifié par de si profondes douleurs, n'avait-il pas préservé de la mort celui qui le portait?

^ M. Gustave de Sauvigny prit ce livre béni et le mit sur son cœur, jurant que ce précieux gage d'un amour si pur, d'une amitié si belle, ne le quitterait plus!

Quant à M. de Caussade, les débris du rocher ne l'avaient point atteint; mais sa blessure était grave. Le guide indien, dont l'envie de fuir s'était évanouie avec le danger, s'offrit

à panser la plaie. Les nègres assuraient qu'il était fort habile dans cet art, et il venait, en effet, d'en faire la preuve sur l'un d'eux. Le fils du Soleil chercha donc, parmi les herbes de la forêt, celles dont il avait besoin, et après que le pansement eut été fait, on songea à reprendre la route vers l'orient et à retourner le plus vite possible dans les contrées civilisées. M. de Solanges étant mort, M. de Gaussade blessé, le voyage commencé était sans but et sans intérêt.

On plaça le baron sur une litière formée de branches flexibles et d'un lit de feuillages; par les soins de Gustave, le corps de M. de Solanges fut enveloppé dans la toile des tentes, et chargé sur une autre litière. Le cortège se mit silencieusement en marche. Sauvigny était en tête, avec son domestique et le guide indien ; les nègres valides portaient la litière;

le domeslique de M. de Gaussade formait Tarrière-garde avec le petit Pierre, qui s'avançait la tête basse et des larmes dans les yeux.

C'était un triste et imposant spectacle que la marche de ce convoi funèbre à travers les vastes solitudes de la forêt. Ce dôme de verdure séculaire semblait le toit d'une vaste basilique, sous les arceaux de laquelle on venait chercher, pour Tàme d'Ernest, les dernières prières de l'Église Les oiseaux chantaient des hymnes sur le passage du cortège, les arbres secouaient, comme des larmes, leurs dernières gouttes de rosée, et le sifflement des serpents, réveillés sous les hautes herbes, était l'oraison funèbre.

Chargés de leur double fardeau, les nègres avançaient lentement, d'un pas grave et solennel. A la première halte, il fallut les laisser

reposer plusieurs heures, et quand on se remit en route, deux des domestiques furent obligés de partager avec eux le poids du fcirdeau.

Pendant ce temps-là, on entendait encore de loin en loin le cri des guerriers indiens, et ce cri faisait trembler le guide et les nègres jusque dans la moelle de leurs os.

Les débris de la bande du Grand- Aigle des montagnes Noires s'étaient ralliés et ils harcelaient sans relâche les voyageurs. M. de Sauvign^^ voulut faire hâter le pas, mais bientôt il fallut y renoncer, et une nouvelle halte lui prouva qu'il n'en avait pas fini avec les dangers de la situation. Il reconnut qu'il était impossible d'aller pins loin sans alléger le fardeau des porteurs. Avant tout il fallait sauver M. de Gaussade qu'une fièvre ardente empêchait encore de marcher. Alors il fut décidé

qu'on brûlerait le corps d'Ernest et qu'on en recueillerait les cendres pour les reporter en Europe.

Un bûcher fui dressé dans une vaste prairie au bord de laquelle les voyageurs avaient établi leur station. Le corps du pauvre jeune homme fut enveloppé dans de larges feuilles de palmiers et de bananiers, et lorsque les étoiles commençaient à briller dans le firmament, les flammes qui dévoraient les restes mortels d'Ernest s'élevèrent en pétillant dans les airs, et éclairaient de leurs reflets fantastiques la lisière de la forêt. C'était comme la seconde phase de cette cérémonie funèbre.

Il n'y avait pas là de prêtre pour réciter la prière des morts, mais tous étaient à genoux, et l'Indien lui-même; chacun murmurait tout bas les mots que lui inspirait son cœur. Ja-

mais cérémonie plus solennelle et plus touchante n'avait depuis le temps des missions manifesta dans ces belles solitudes la grandeur de Dieu et le néant de l'homme.

'i Cependant les Aiapicos se rapprochaient toujours et leurs cris devenaient plus forts et plus nombreux. Le guide indien était rétombé dans sa première terreur.

— Les visages pâles, dit-il, ne sortiront pas de la forêt s'ils n'abandonnent les os de leurs frères et leur chef blessé.

— Jamais, s'écria M. de Sauvigny quand un nègre de l'escorte lui eut traduit les pa rôles de l'indien.

— Les guerriers des montagnes Noires, reprit

le guide, ont rassemblé leurs enfants pour ven- V» IG

gcr la mort de leut-s frères. Demain il sera peut-être trop tard pour fuir.

— Alors nous périrons tous dans le désert.

^^rr Le Grand-Esprit puisse-t-il éclairer la pensée du chef blanc et lui rendre la raison !

— Le Grand-Esprit ne veut pas que l'on abandonne ses frères qu'ils soient mort ou vivants. Allons, mes amis, du courage et bientôt s'il plaît au ciel nous serons sauvés.

Le silence répondit seul à ces paroles de Gustave. 11 vit bien que ses gens étaient découragés. Mais M. de Caussade du fond de la tente où il gisait avait tout entendu. Il se leva et dominant par la force de la volonté la vivacité de la douleur, il parut tout-à-coup comme un spectre au milieu des voyageurs assemblés. Sa haute stature, sa figure mâle et sa longue

barbe, Tample couverture de coton dans laquelle il était enveloppé, tout prêtait à son apparition un caractère fantastique bien propre à frapper rimagination de l^indiéh 'et du nègre.

— Mes amis, dit-il d'une voix mâle dont i, essayait de dissimuler le tremblement, je me sens la force de marcher ; vous n'aurez plus la peine de me porter, et si je ne vous suis guère utile au moment du danger, du moins ne vous serais-je pas un empêchement à vous défendre.

— Mon cher baron, s'écria M. de Sauvigny, vos forces trahiront votre courage.

Je me sens mieux, Gustave ; le mouvement au contraire me fera du bien. Je retarde votre marche; est-il juste que vous vous ex-

posiez tous pour moi? Entendez-vous? les cris approchent. Alerte, mes enfants, et debout.

A la voix connue du chef la petite armée se remit en route. ,

Appuyé sur Tépaule de son domestique, le baron faisait des efforts surhumains pour suivre les pas précipités de Tindien et des nègres qui ouvraient la marche. La douleur lui arrachait parfois des cris qu'il étouffait dans sa poitrine : alors il s'arrêtait un moment pour vaincre la souffrance et Gustave taisait faire halte à l'avant-garde.

On peut comprendre combien était pénible et lente cette marche dans les broussailles des forêts, à travers des lianes serrées comme un réseau de pêcheur, sur un sol semé de rochers et de rivières, tantôt dans des ravins profonds,

tantôt au milieu des gorges escarpées des montagnes.

Les cris des Aiapicos^poursuivaient toujours la petite troupe, et vingt fois déjà M. de Gaussade tremblant pour ceux qui l'accompagnaient avait demandé qu'on l'abandonnât en chemin. Il fallut toute l'obstination de M, de Sauvigny pour résister à ses instantes prières.

Le moment de la crise suprême approchait. Les cris des sauvages avaient cessé depuis quelques instants, mais le guide connaissait trop les habitudes de ces enfants des montages Noires pour ne pas s'attendre de leur part à quelque surprise.

Il s'agissait de franchir une gorge étroite dominée par des hauteurs inaccessibles. Là devaient être les thermopiles de nos voyageurs. A peine eurent-ils mis les pieds dans le défilé

qu'ils virent poindre an-dessus de leurs têtes les plumes traditionnelles des peaux- rondes de l'Amérique du Sud. Ils voulurent retourner sur leurs pas : la retraite étc^it CQupée. H fallut donc se résignera livrer un suprême et dernier combat. Celui-là ne fut pas long. En quelques minutes une nuée d'indiens se précipita sur h petite troupe; M. de Sauvigny fut terrassé et. quand il rouvrit les yeux, un silence affreux régnait autour de lui. Tous ses compagnons avaient disparu, tous excepté M. de Caussade qui gisait sans vie à ses côtés.

Les autres avaient-ils pris la fuite ou bien s'étaient-ils enfuis à travers les sombres profondeurs des forêts? c'était un mystère que jamais Gustave ne put éclaircir. Comment se faisait-il que lui-même eût échappé à la fureur des assaillants ; comment ceux-ci n'avaient-ils pas exercé sur lui cette barbare

coutume du scalpe dont la féroce traditiop s'est impitoyablement perpétuée parmi les vieilles races du nouveau monde? Tous ces problêmes restèrent insolubles pour M. , de Sauvigny.

Sa première pensée en reprenant Tusage de sa raison et de ses facultés fut de remercier Dieu de lui avoir conservé la vie, la seconde fut de s'assurer si le baron ne respirait plus. 11 n'y avait pas à en douter, le militaire n'était plus qu'un cadavre, un coup de hache lui avait brisé l'os frontal et trois coups d'un large couteau avaient traversé sa poitrine.

Gustave , avant de chercher la route à travers le dédale de la forêt, voulut confier à la terre la dépouille mortelle de son ami. Une fosse naturelle s'ouvrait sous ses pas, le ravin béant était là attendant sa proie. Gustave dé-

tacha en pleurant un anneau d'or que le baron portait à son doigt, anneau que Mathilde lui avait donné jadis au pied de l'autel, puis il fit rouler le cadavre dans le trou et le recouvrit de pierre et de terre détachés de la rive. Deux branches nouées en croix formèrent le monument de cette tombe rustique et une prière dite du fond du cœur fut l'hymne sacré qui monta pieusement de ce désert vers le ciel.

M, de Sauvigny prit ce qu'il put emporter des bagages auxquels les sauvages n'avaient sans doute pas eu le temps de toucher, et il s'éloigna de ce lieu de douleur, guidé seulement par la position du soleil et par l'instinct de la conservation. Ce ne fut qu'après des fatigues incroyables et des souffrances inouies qu'il parvint aux premières maisons brésiliennes. 11 était trempé, exténué, brisé, découragé, il

n'avait plus qu'un souffle de vie pour l'animer, "une étincelle d'intelligence pour le conduire.

Depuis cette époque M. de Sauvigny est revenu en France, mais aucun de ses açiciçns amis n'a pu reconnaître en lui le gai, le léger, le joyeux Gustave d'autrefois. Ce n'est plus cette vivacité, cette saillie d'esprit, cette insouciance des jours passés. Aujourd'hui sous un front pâle que la douleur a sillonné comme la foudre, se creusent les'cavités de deux yeux tristes et lents. Les pommettes saillantes de ses joues annoncent un homme qu'un mal sans remède ronge et conduit d'étape en étape jusqu'à sa dernière demeure. Enfin la tête se penche sur la poitrine^ la voix est grave et douce, les paroles qui sortent de sa bouche sont empreintes d'un caractère de résignation et de douleur qui inspire l'intérêt. Que vous

— 25ft —

dirai-je enfin? Gustave ne va plus à l'Opéra, ne coure plus les ruelles et fuit les femmes comme si elles étaient toutes pestiférées.

Quand on le questionne sur la cause de son antipathie il répond en souriant d'un sourire amer:

— Je l'ai oublié.

On le croit fou, — il a seulement perdu ses illusions, et jeune encore son cœur sie dessèche dans l'isolement.

Ainsi avaient péri loin de leur patrie, loin des lieux chers à leurs souvenirs deux des hommes qui avaient visité la morte d'une manière si terrible dans la nuit de la vengeance. Le troisième, — M. le chevalier du Rouvray, — était mort le premier. Un jour comme il franchissait le seuil de sa maison pour aller

faire sa promenade habituelle sur le boulevard des Invalides, il était tombé et ne s'était plus relevé.

La main de Dieu s'était appesantie en quelques années sur presque tous les personnages de cette histoire : sur les uns pour les punir de leurs crimes, sur les autres pour les punir d'avoir voulu devancer la vengeance céleste.

FIN

auU] Ji

VohT

La couronne de miss Aima.

Cette couronne est celle d'une jeune fille. C'est la seule qui ait de nos jours gardé tout son prestige, et, lorsqu'elle orne un beau front, son pouvoir est encore celui du despotisme.

Celait en 1842.

Un de mes amis, que j'appellerai Fernand parce que son véritable nom doit rester caché, parcourait les villes et les champs de la Belgique. Un jour il s'arrêta près de Liège, dans un village dont le site l'avait séduit.

Ce village nommé Ghaudfontaine, à cause d'une source d'eaux thermales qu'il possède, est assis sur les bords de la petite rivière de Yesdre, au fond d'un étroit vallon. Il semble, avec ses maisons jaunes, une topaze enchaînée dans les flancs rouges des collines. Les rochers à pic qui l'et^vironnent comme de capricieuses ciselures font décrire aux voyageurs d'interminables détours. L'artiste les admire, l'homme pressé les maudit. f ^r,;; . :

Bien qu'il soit jeté sur la route de Liège à Spa et à Aix-la-Chapelle, malgré son établis-

sèment de bains, en dépit même de ses vertes prairies, de ses rochers pittoresques, de sa douce fraîcheur pendant Tété, — comme on ne trouve là ni bals, ni concerts, ni jeu, — le voyageur s'arrête peu dans ce village, et le calme qu'on y respire n'attire guère sous ces ombrages que quelques âmes poétiques et rêveuses comme l'était celle de Fernand,

L'hôtel principal de l'endroit n'était encore à cette époque qu'une espèce de chaumière, et toutefois , malgré cette simple apparence, je l'ai toujours préféré aux somptueux hôtels de Spa et de Bade.

Peut-être aujourd'hui tout cela est-il bien changé mais alors le chemin de fer de Liège à Aix-la-Chapelle n'était pas encore terminé, et la civilisation corrompue des villes n'avait pas imprimé sa flétrissure à ces belles campagnes.

La solitude et le charme du paysage avaient vivement impressionné Fernand. Passer un été a l'ombre de ces grands arbres, au pied de ces rochers, au bord de cette eau qui murmure sans cesse des chants harmonieux entre ses deux rives fleuries, c'était un rêve qu'il aurait bien voulu rendre une réalité.

Fernand résolut de rester là le plus longtemps qu'il pourrait.

Le lendemain de son arrivée, il descendait pour aller faire sa promenade du malin, lorsqu'il rencontra au milieu de l'escalier une jeune fille blanche et gracieuse comme un cygne, belle comme un ange.

Elle était simplement vêtue d'une large robe de mousseline dont les plis dessinaient des formes d'une perfection idéale ; quelques rubans bleus flottaient à son corsage; de longs

cheveux blonds déroulaient leurs soyeux anneaux sur ses rondes épaules, et une couronne de bleuets décorait son front virginal, plus pur et plus velouté que la fleur du camélia.

La beauté de cette jeune fille avait un caraclera de vague tristesse qui étonnait et touchait tout à la fois. Ce fut comme une céleste apparition qui ravit Tâme et les yeux de Fernand.

Aussitôt qu'elle apperçut le jeune homme, elle s'arrête, et, soit instinct, respect, soil sentiment d'admiration, Fernand fit comme elle.

Les grands yeux bleus de cette belle créature, limpides et profonds comme l'azur d'un beau ciel, s'étaient fixés sur lui avec un regard si plein de surprise et de questions, qu'immo-

bile à ce muet interrogatoire, le jeune homme perdit toute présence d'esprit et resta devant elle la bouche close comme la statue du Silence.

Revenu à lui, il voulut faire un pas, mais la jeune fille disparut en poussant un cri.

En trois bonds, Fernand fut au bas de l'escalier. Là, des couloirs se croisaient en tous sens et il lui fut impossible de savoir de quel côté le beau fantôme avait porté ses pas. A supposer qu'il eût pu le deviner, se serait-il mis à sa poursuite ? — A quoi bon ?

Toutefois, la curiosité de Fernand était éveillée. Le souvenir de la jeune fille l'accompagna dans sa promenade matinale, et à son retour il vit, derrière la jalousie entr'ouverte d'une croisée du premier étage, la blonde tête

de rinconnue dont les beaux yeux, cette fois encore, étaient curieusement fixés sur lui.

On comprend aisément Teffet que dut produire une semblable apparition sur l'imagination exaltée de Fernand. A compter de ce moment, il n'eut plus de pensée que pour sa blanche voisine.

Trop discret pour interroger l'hôtesse à la manière des commis voyageurs, trop vivement impressionné pour n'être point avide de débrouiller ce mystère et de s'expliquer, enfin, ce qui lui paraissait étrange dans la conduite de la jeune fille, il rôda tout le jour aux abords de la maison, du côté d'une longue prairie sur laquelle s'ouvrait la fenêtre où il avait aperçu, pour la seconde fois, cette adorable figure. Espérait-il la revoir encore? Croyait-il qu'un message secret, comme dans

les aventures de chevalerie, viendrait enfin lui révéler un tendre mystère? — Je Tignore. Toujours est-il que de cent projets formés, repoussés et repris, il finit par n'en pas adopter un seul.

En pareille circonstance, il y a toujours une main invisible qui vient soulever le voile, et le hasard fait souvent phis pour les amoureux que les ingénieuses investigations d'une impatiente curiosité.

Pendant trois jours, Fernand fit des efforts inouïs pour surprendre un regard, un geste de la jeune fille, - une ombre derrière un rideau peut-être, — mais il ne la revit plus. Cent fois il eut sur les lèvres une phrase adroite destinée à provoquer une confidence de l'hôtesse, mais toujours, au moment de la dire, il s'arrêtait interdit et troublé. 11 lui

semblait qu'il allait commettre une indiscrétion, et la délicatesse de son cœur lui fermait la bouche. 11 craignait d'éveiller par sa curiosité des soupçons dont lui seul, pouvait savoir toute la valeur.

Une fois, pourtant, il saisit Tà-propos d'une comparaison et trouva l'occasion presque inespérée de glisser à l'oreille de l'hôtesse, mais d'une voix bien timide et bien basse, ces simples paroles : — Belle comme la jeune fille de là-haut !

L'hôtesse, qui était bonne femme et pleine d'affection pour ses hôtes, se contenta, pour toute réponse, de lever les yeux au ciel en soupirant.

Ce langage muet pouvait être interprêté de tant de manières différentes, que Fernand n'osait s'arrêter à une seule, et qu'il se perdit

plus que jamais dans le dédale des suppositions. Mais il vient un moment où Thomme le plus discret et le plus maître de lui est contraint de céder à une force supérieure, d'obéir à une puissance occulte et de trahir enfin l'anxiété qui l'oppresse. — 11 en était à ce point.

— Lui serait-il arrivé quelque malheur?

serait-elle malade? s'écria-t-il avant d'avoir pu réfléchir aux conséquences de sa question.

— Malade ! répondit l'hôtesse ; oui, elle est malade et d'une maladie dont il est rare que Ton guérisse...

Fernand n'osa pas en demander davantage : il craignait d'en trop dire ou d'en trop apprendre. Mais l'hôtesse était lancée, elle n'avait plus besoin d'être interrogée.

— La pauvre fille ! continua-t-elle comme par manière de réflexion ; sa folie est si calme et si douce, que cela fait mal à voir.

— Sa folie l s'écria Fernand ; mais elle est donc folle?

— Sans doute; ne le saviez -vous pas?

— Hélas non.

— Oh ! ce n'est point un mystère, et je puis bien vous dire cette histoire, puisque tout le monde ici la connaît.

« Cette jeune fille est Anglaisée et se nomme Anna. Elle appartient à une famille considérable. Elle avait rencontré, dans les salons de Londres, un jeune homme, un Français pour qui elle avait conçu une affection

romanesque. — C'est Phisloire de toutes les folies de jeunes filles. — Peut-être ne sut-elle point dérober aux regards de celui qu'elle aimait le secret de son cœur ; toujours est-il que ce jeune homme l'aimait aussi. Mais trop pauvre pour pouvoir prétendre à la main d'une riche héritière, il s'était fait un impérieux devoir de refouler au fond de son cœur cette passion funeste, si sa volonté inébranlable ne parvenait pas à en éteindre la flamme.

• Les circonstances furent plus fortes que ces bonnes intentions.

«Attaché à l'ambassade de France, il était tous les joUi-s poussé, malgré lui, sur les pas de la jeune personne. Se voir souvent, c'est apprendre à se deviner. Ces deux cœurs se révélèrent l'un à l'autre. Ils s'endormirent quelques temps dans cette douce quiétude de l'a-

mour partagé, et lorsque Theure du réveil arriva, il se trouva que cette affection était trop forte pour être brisée sans catastrophe.

"Un soir, les deux jennes gens se trouvaient réunis dans un salon officiel. Un voile de tristesse obscurcissait le front d'Anna, et le Français, de son côté, en proie à une vive agitation, Tobservail de' loin en silence. Cependant les flots de la foule commençaient à grossir, et ils permirent bientôt au jeune homme de s'approcher sans être remarqué de celle qui absorbait toutes ses pensées.

»-r- Serait-il vrai, maflemoiselle? lui dit-il à l'oreille d'une voix étranglée par la douleur; vous allez vous marier?

» La jeune fille tressaillit, et laissant tomber son triste regard sur celui qui l'interrogeait, une larme brilla sous sa paupière. A cette vue,

il ne put réprimer son transport, et, saisissant vivement la main d'Anna :

»— Eh quoi ! s'écria-t-il, ce mariage se fait contre vos vœux?

» — Dieu le sait ! fit la jeune fille.

» — Mais l'homme qu'on vous contraint à épouser a de l'honneur, sans doute, et dès qu'il saura...

»— Éloignez-vous, interrompit Anna; on nous observe...

»Le jeune homme se perdit aussitôt dans la foule.

* Vingt fois dans la soirée il tenta de reprendre la conversation interrompue, mais en vain. Il y avait constamment près de la jeune fille un grand Anglais blond, au regard calme

et froid, à Tair distingué, mais fier, hautain. — Le Français devina en lui son rival.

»En effet, le lendemain matin, le jeune barronnet se fit annoncer chez l'attaché d'ambassade.

• Sans doute celui-ci serait parvenu à faire comprendre au noble Anglais tout ce qu'il y aurait d'odieux à vouloir épouser une femme malgré elle ; il aurait fait appel à la loyauté du gentilhomme, et ce que le cœur britannique n'aurait peut-être pas senti, la générosité et l'orgueil de l'homme de race l'aurait su comprendre.

»Par malheur, la raideur habituelle à nos voisins d'outre-Manche, jointe au ton excentrique du baronnet, réveillèrent, dans le cœur du jeune homme, les cuisants souvenirs de la veille et le disposèrent mal à recevoir les con-

seils ou les observations d'un rival. L'Anglais voulut poser des conditions absurdes; il demandait que l'amant préféré quittât Londres à l'instant... Le Français se révolta et lui répondit par une ironie sanglante ; le baronnet se fâcha, l'amant ne voulut pas souffrir ses impertinences. Tous deux étaient susceptibles, tous deux étaient jaloux de leur honneur, tous deux étaient de plus amoureux.

» On se battit, et la balle du baronnet vint frapper le Français au milieu de la poitrine.

» Cette funeste nouvelle, apprise sans ménagements à la jeune fille, pensa la tuer, et je ne sais, ajouta l'hôtesse, si ce n'eût pas été un bonheur pour elle ; car lorsqu'après une maladie terrible qui la conduisit aux portes du tombeau, elle sortit enfin de l'espèce de léthargie où elle demeura plongée pendant deux mois, la pauvre fille était folle.

» A quelque temps de là, son père mourut l'âme déchirée par les regrets et abreuvée d'amertume. Sa mère alors, restée seule le soutien et la consolation de son enfant, partit avec elle. Elle quitta Londres et l'Angleterre, où le bonheur ne lui avait jamais souri, et vint sur le continent chercher une distraction à ses douleurs, un soulagement à celles de sa fillej

«Qui sait? continua la bonne dame, il pouvait se faire que ce mouvement, cette agitation continuelle, cette incet luile li ulamorphose qui s'opère aux yeux du voyageur, finissent par assoupir le mal, sinon par le guérir. Vain espoir! Depuis lors, elles ont toutes deux parcouru la France et l'Italie; mais la pauvre fille est restée insensible aux choses extraordinaires, une sombre mélancolie coui be .on Iront, et le souvenir de celui qu'elle aimait la poursuit partout.

»Elle est déjà venue ici il y a deux mois, et je Tai retrouvée à son retour telle qu'elle était à son départ. Elle semble préférer cet endroit à tout autre; aussi milady va-t-elle louer ce petit castel que vous voyez là-bas au pied de la montagne, pour y passer toute la saison. »

Le doigt de Thôtesse désignait une maison de simple apparence, mais dans une situation délicieuse et environnée de grands bouquets d'arbres.

< Chose singulière et heureuse à la fois au milieu du malheur qui a frappé cette jeune fille, reprit Thôtesse, c'est que sa folie, si mélancolique et douce, ne se trahit que par quelques ornements bizarres dans sa toilette. Ainsi le bleu est pour elle une couleur de prédilection; elle attache des rubans bleus à sa

robe, et tout le temps que la saison le permet, elle porte sur la tête une couronne de bluets.

» Quand elle parle, ce qui est rare, c'est toujours en français, et le son de sa voix est si touchant et si triste, qu'il pénètre jusqu'à l'âme. Ses paroles semblent parfois étranges et sans suite; mais, pour peu que l'on y prête attention, on découvre bientôt qu'elle parle comme si la mort n'était point inflexible, comme si les rêves étaient une réalité. »

L'hôtesse se tut, et Fernand refoula dans son cœur un soupir étouffé.

ia couronne de Miss Anna.

(suite. )

Le récit de la bonne dame avait profondément ému Fernand. En lui ouvrant un horizon de douleur, il avait excité davantage son désir de revoir la jeune Anglaise. Ce n'était pas chez lui l'effet d'une simple curiosité ou

môme d'un attendrissomenl ordinaire, — c'était mieux que de la compassion, c'était une tendre sympathie.

Chaque jour il se promenait aux environs de rhôtel, et le soir il allait rêver en silence au bord de la rivière, sous les grands arbres de la prairie. Mais le beau fantôme était devenu invisible.

Qui n'a, au moins une fois dans sa vie, éprouvé le charme et la tristesse d'une pareille rêverie? Qui n'a senti naître dans son cœur ce trouble indéfinissable, cette vague espérance, cette douce inquiétude qui font à la fois désirer et craindre, redouter et gémir, rire et pleurer?

Fernand en était déjà à ce préambule obligé des tendres sentiments chez les âmes poétiques. C'est assez dire qu'il brûlait de savoir:

enfin la cause qui retenaH la jeune fille chez elle, loin de ses regards et des promenades habituelles. Parfois un vague pressentiment lui disait que cette cause était peut-être en lui-même.

Puisqu'une fois déjà Thôtesse lui avait fait des confidences sur la jeune étrangère, il ne voyait pas grand inconvénient à en provoquer de nouvelles.

La bonne dame, de son côté, était toujours accessible à ce genre de provocations.

— Elle a été malade, répondit-elle ; tenez, c'était précisément le jour où je vous ai conté son histoire. Elle a éprouvé une crise étrange. Sortie de bonne heure, suivant son habitude, pour venir prendre elle-même les fleurs dont elle se pare, elle est rentrée précipitamment chez sa mère en ôriant :

— 28^ — « Je Tai vu 1 je Tai vu ! Il va venir ! »

Elle était en proie à une vive agitation ; c'était un rêve sans cloute, un souvenir plus vivant que les autres...

— Et qu'arriva-t-il ensuite? dit Fernand tout troublé.

— Elle s'évanouit, le médecin fut appelé et lui ordonna de garder le lit pendant quelques jours. Elle a obéi sans murmurer, ce qui ne lui arrive pas toujours.

Ces détails jetèrent Fernand dans une étrange perplexité. Évidemment il avait été la cause innocente de cette crise; c'était de lui que la jeune fille avait dit:« Je l'ai vu! » et pourtant que pouvait-il avoir de commun avec elle? Il ne se rappelait pas l'avoir rencontrée; elle-même le connaissait-elle sans qu'il lalcon-

nùt? Il y avait désormais un lien caché, mystérieux qui rattachait Texistence de cette jeune fille à la sienne; entre elle et lui, il y avait un secret , mais quel était ce lien , quel était ce secret? Ces pensées agitaient Tesprit de Fernand.

Pendant tout le jour, il se perdit en conjectures ; et, quand vint le soir, il alla comme la veille, comme les jours précédents, s'asseoir sur le bord de la rivière.

Le soir était doux, le ciel était pur.

Le soleil dorait de ses derniers rayons le sommet des collines. C'était une de ces lumineuses soirées du printemps qu'on aime à passer sous les arbres, couché sur les pelouses.

Pour que l'attente lui parût moins longue,

— car il était impatient comme un amoureux,

— Fernand avait pris un livre, un poète tendre et plaintif, Pétrarque, En pareille compagnie, il aurait pu attendre de longues heures s'il avait lu; mais, avouons-le, il n'en parcourut pas même un sonnet. Il tenait le livre ouvert devant lui, et son regard plongeait dans les profondeurs de l'horizon, cherchant s'il ne découvrirait pas quelque pâle ombre de jeune fille, un voile blanc, une écharpe d'azur flottant au gré du zéphir.

Il n'avait rien aperçu, et cependant il tremblait. Un instant il ramena son regard fatigué sur les eaux rouges de la Vesdre qui coulaient à ses pieds; il vit une blanche et gracieuse image qui se balançait dans le miroir de la rivière.

Fernand se retourna. Anna était debout der-

rière liii, la tête penchée, les yeux fixes et les bras pendants avec les mains croisées devant elle, — attitude de la méditation douloureuse.

Il fut frappé du frais incarnat qui colorait alors ses joues, si pâles le jour où il l'avait vue pour la première fois. Il voulut se lever pour la saluer, mais elle allongea le bras avec un geste amical et se prit à sourire.

— C'est lui, dit-elle, c'esl lui qui vous envoie?

— Lui\ répéta machinalement Fernand.

— Ah î ne le niez pas, je vous ai bien reconnu. Vos traits sont gravés là, au fond de mon cœur.

Et, en parlant ainsi, elle posait sa main sur sa poitrine avec un geste plein d'expression.

Fernand, embarrassé, ému, ne comprenait rien à ces paroles. Une pensée téméraire lui traversa Tesprit.

Les regards étranges de la jeune fille et la mélodie de sa voix pénétraient Tâme du jeune homme. Un instant il crut qu'une révolution subite s'était opérée en elle; il crut, — c'était bien présomptueux, — qu'il lui était réservé d'être le consolateur de cette pauvre affligée ; il crut que cette nouvelle Ophélia allait retremper dans un autre amour sa raison affaiblie.

Que de choses à l'âge de Fernand et dans la position où il se trouvait, devant une jeune fille si belle qui lui parlait en mettant la main sur son cœur, que de choses, disons-nous, n'avait-il pas le droit d'espérer et de rêver?

— Vous m'avez reconnu? s'écria-t-il avec

chaleur en se levant ; vous me connaissiez donc?

— Sans doute, et puisque* vous n'êtes pas lui, il n'y a que son frère qui puisse lui ressembler autant que vous.

Fernand passa la main sur son front. Les derniers mots de la jeune fille avaient soufflé sur son beau rêve ; sa douce et chère illusion s'était évanouie. 11 se receuillit un instant, puis faisant un effort pour donner du calme à sa voix :

— Ainsi, dit-il, c'est une ressemblance...

— Frappante, interrompit Anna. 11 me semble, quand je vous regarde, que c'est lui que je vois. Je suis bien heureuse de vous voir ; aussi je me suis faite belle.

— Belle comme les anges ! fit le Jeune

homme avec un indicible mouvement d'admiration.

— Oui, c'est ce qu'il me disait aussi; il me parlait des anges, il aimait à me voir avec une couronne de bluets sur la tête et des rubans bleus mêlés à mes cheveux... le bleu... c'est une belle couleur, n'est-ce pas?

— C'est la couleur du ciel et celle de vos yeux ; c'est la couleur que chez nous les jeunes filles consacrent à la Vierge.

— Chut 1 ... fit la jeune prolestante en posant un doigt eflQlé sur ses lèvres de rose; si ma mère vous entendait... Elle dit que c'est une hérésie. Cependant il m'assurait qu'il était bon pour les cœurs souffrants de prier la Vierge... c'est sans doute parce que je ne l'ai pas fait qu'eV est parti... Mais depuis j'ai reconnu ma faute, et tous les matins je prie la

bonne Vierge en cachette pour qu'il revienne. Je n'en dis rien à ma mère, cela augmenterait ses chagrins; elle ne sait pas que la bonne Vierge m'a exaucéee et qu'elle m'a pro-. mis que je reverrais bientôt mon bien-aimé.

En écoutant religieusement ces paroles^ Fernand avait le cœur navré ; et toutefois une étincelle d'intelligence brillait dans les yeux de la pauvre fille.

— Oui, reprit- elle en baissant la voix, j'étais à genoux devant cette petite image qu'il m'avait donnée...

Et elle retira de son corsage, pour la montrer à Fernand, uue petite médaille en argent portant la figure de la Vierge.

- J(' !:î pri ds avec ardeur, continua-t-elle; je lui demandais de me rendre mon biep-îjimé,

et je baignais celte image de mes larmes. Toutà-coup je la vois grandir, ses yeux s'animent; de son front et de ses mains jaillissent des rayons lumineux, une beauté céleste se répand sur son visage, ses lèvres s'entr'ouvent, et d'une voix harmonieuse comme les sons d'une harpe, elle me dit : « Dans trois mois, tu lui seras unie. » Je ne sais ce qu'elle devint ensuite, car, éblouie, charmée, j'avais laissé tomber mon front dans mes mains. Quand je relevai la tête, elle avait disparu ; il ne restait plus que la petite image que j'ai suspendue à mon cou et qui ne m'a plus quittée depuis lors. — 11 y a deux mois de cela ; ainsi, c'est bientôt, dans un mois. — Je l'épouserai, ma mère y consent. Oh ! je suis bien heureuse!

— Bien heureuse 1 répéta Fernand en^hochant la tête avec douleur.

C'était quelque chose de déchirant que cette

exclamation de bonheur dans la bouche de la pauvre fille.

— Vous viendrez à mon mariage, repritelle. Vous lui ressemblez tant ! Vous devez être bon comme lui Je veux que vous me donniez la main pour me conduire à l'autel, car c'est dans une église catholique que nous serons unis, je l'ai promis à la Vierge. — Vous le voulez-bien, n'est-ce pas?

Fernand craignait de répondre ; il ne voulait pas détruire cette dernière illusion. Il fit un signe de tête et pressa dans ses mains la main de la jeune fille.

— - J'accepte votre promesse, reprit Anna ;

tenez, voici la fleur que je lui donnerais s'il

était ici ; en son absence, c'est à vous qu'elle

appartient.

— La jeune fille détacha un bluel du bouquet qui ornait sa ceinture. Fernand prit la modeste fleur, et, rapprochant de ses lèvres :

•—Je garderai ce précieux souvenir, dit-il, et ùb jour, si je me marie, je le donnerai à ma fiaricée comme le gage du plus pur et du plus fidèle amour.

La jeune fille sourit, et, se penchant vers le jeune homme avec un regard d'une ineffable mélancolie :

-r Au revoir, dit-elle, je m'en vais, ma mère serait inquiète. Demain je reviendrai... nous causerons encore de lui,., au revoir.

Fernand resta muet et la regarda s'éloigner lentement. Elle avait déjà disparu derrière les ai*bres , qu'il cherchait encore sa blanche silhouette au milieu des herbes en fleur de la

prairie. Ce qui se passait en lui, nous n'essaierons pas de le décrire : immobile, les yeux fixés àrhorizon, en vain il tentait de rassembler ses idées.

Quand il sortit de Tespèce de rêve où cette rencontre Pavait plongé , ses yeux étaient mouillés de larmes et son Pétrarque était tombé dans la rivière.

La couronne de jUiss Anna.

Page 1