acte de désespoir votre résolution va le
pousser? Au moins s'il pouvait croire à une dernière pensée de vous, s'il pouvait recevoir un dernier adieu ! Un adieu ! oh! non, vous ne serez pas assez cruelle pour refuser à un si bel amour un si faible souvenir d'affection !
— Plus tard, peut-être, ma chère amie... en ce moment je n'en ai pas la force.
— Eh! plus tard le pourrez- vous encore? plus tard il ne sera plus temps! Songez donc qu'il souffre aussi, lui, qu'il attend, qu'il espère, qu'il ignore... Oh! ce doit être une cruelle incertitude ! Et vraiment je ne sais ce qui me retient de lui écrire moi-même, car enfin, il faut bien qu'il sache par quelqu'un ce qui vous est arrivé.
— Vous avez raison, mais je suis si faible et j*ai peine à rassembler mes idées... Tout-àl'heure.
— Non, non, tout de suite; car qui sait si tout-à-l'heure nous serons encore seules... Deux mots seulement, et, s'il le faut, je dicte-
rai. Tenez, voici tout ce qu il faut.
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Et en disant cela madame de Sirey prit sur
la table où le médecin l'avait laissé tout ce
qu'il fallait pour écrire.
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— Le courage me manque, fit Mathilde en laissant retomber sa tête sur l'oreiller.
-fî^ Allons, allons, dit l'aventurière avec un mouvement d'impatience à peine déguisé.
fini 'ir.
Madame de Cuussade la regarda avec un
étonnement mêlé de crainte ; mais un sourire
charmant de madame de Sirey rendit à Ma-
thide toute sa confiance.
—Qu'allez-vous lui dire après tout? presque rien !— reprit Hélène Furet: —Que monsieur
de Gaussade a surpris une lettre que vous lui écriviez, que vous ne pouvez supporter la pensée que Ton vous croie coupable, que vous êtes résolue à en finir, — que sais-je l — que la vie vous est un supplice...
Madame de Sirey suivait de l'œil la plume de Malthide et observait chaque mo^. qi^'.çlle traçait sur le papier.
— Non, non, interrompit-elle, pas ceci... à quoi bon lui dire que vous penserez toujours à lui? si véritablement vous voulez rompre ces tristes et pénibles relations, — et ma foi, je vous le conseille, — il ne faut pas lui laisser même Tombre d'une espérance.
Mais il vei croire... iciBrmsitl
— Quoi ? que vous êtes morte au monde, morte surtout pour lui! ne le faut-il pas? à moins que vous ne préfériez ^e voir un ^e ces
joufs accourir ici, ce qui ferait une belle affaire, ou du moins vous écrire lettres sur lettres, auxquelles vous ne pouvez plus répondre.
— Oh! non, je connais feieii TÈrriest, quand je lui aurai dit que tout doit être fini entre nous, quelques vifs ^que -[puissent être ses regrets, il se résignera. inano bdmuJa'i ; )
— Non, non, ne le croyez pas. Ah! que vous connaissez mal le cœur humain, ma bonne amie ! Hâtons-nous, votre père va venir. Il ne faut pas x^u'il voie... Au surplus si vous voulez finir par un mot d'espérance, il y a une autre vie après celle-ci, et c'est là que seront réunies les âmes qui se sont aimées sur la terre. C'est aussi votre pensée, n'est-ce pas, Mathilde?
' C'était faire appel à cet étrange sentiment
de mysticisme amoureux qui permet aux âmes pieuses de s'abandonner en toute sécurité de conscience au penchant qui les entraîne, — erreur grave qui fait autant de victimes que la passion la plus désordonnée.
Malhilde ne répondit à cet appel que par un signe de tête. Elle traça ses derniers mots et retomba anéantie sur sa couche.
-— Bien, dit tout bas madame de Sirey en prenant le billet, maintenant le plus difficile est fait.
, Or ce billet ne contenait que ces lignes ambiguës :
,<r,ft Monsieur de G.... a découvert une lettre que je venais de vous écrire, Ernest. 11 m'a presque chassée de chez lui, et il a eu raison. il me croit coupable. Vous savez si cela est
vrai, mon ami ; mais qu'importe ! mon existence est flétrie et brisée , la vie m'est devenue un supplice... Eh! qu'ai-je besoin de vivre?.., oubliez moi ici-bas et réservons nos espérances pour un monde meilleur.
^ tMATHILDE.»
Madame de Sirey avec un calme sinistre plia d'une main ferme ce sombre billet et le fit glisser dans son corsage.
A peine avait-elle remis les papiers à leur place que la porte s'ouvrit tout doucement.
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