‹ La nuitChapitre 38 sur 119 · LE VIVIER · texte numérisé non relu

LE VIVIER

Mon livre est un vivier profond de marbre noir, Où parfois, te penchant plein d'horreur, tu peux voir, Or et flamme ! onduler dans la fange et Teau noire Une murène comme un long éclair de moire.

Dans rébène affamé de ce boueux miroir

Le soleil, qui s y voit noir d'un deuil sans espoir,

Boit les baisers glaireux d'une flore illusoire

Où s'ouvre, au lieu de fleurs, mainte lente mâchoire.

Toi, qui viens te mirer dans ces traîtreux remous.

Regarde, 6 cher visage hypocrite et si doux,

Sous ton reflet tremblant glisser des monstres mous.

Pour repaître à la fois mes amours et mes haines, Tous les jours, de mes mains, je nourris mes murènes De beaux yeux frais d'enfants et d'entrailles humaines.

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