‹ La nuitChapitre 39 sur 119 · LE BON ANGE · texte numérisé non relu

LE BON ANGE

L'ange rose à l'aile noire Assis sur mon oreiller M'évente, pour m'éveiller, De son deuil blasphématoire.

Sa bouche, fruit de baisers, Sa bouche de belladone, Au chant mourant qu'abandonne L'âme des luths épuisés,

Sa bouche mûre murmure :

« Sois triste; aime le malheur :

Le malheur a la saveur D'une noble vierge impure.

« Cherches-tu la vérité ?

Médite le long Peut-être, Doute, mens et tâche d'être Bon avec perversité.

« Bien qu'il avilisse et tue, Honore d'un cœur pieux L'amour révéré des dieux, L'amour qui se prostitue.

Courbé sous le poing brutal Du cruel Tout-Puissant, pèche En priant, très doux, et prêche, Va, la Bonté dans le Mal. »

— Ouvrant la fenêtre, armoire Où gît l'azur foudroyé.

L'ange rose a déployé Sa vaste envergure noire. •

Page 1