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DES ÉTATS DE MAL HYSTÉRIQUE

1. — Jusqu'ici nos recherches ont porté sur la période des 24 heures de l'attaque hystérique, quelque forme que celle-ci revêtit : convulsive aux quatre périodes, chorée rhytmée, etc.

Le présent chapitre sera particulièrement consacré à l'étude de la nutrition dans la forme prolongée de l'attaque ou état de mal hystérique, si hien étudié au point de vue clinique par M. le Pr Gharcot (1), et ultérieurement par MM. Bourneville et Régnant (2) et M. Paul Richer (loc. cit.). Rappelons que l'état de mal est caractérisé, d'une façon générale, par une succession pinson moins continue d'attaques pouvant durer plusieurs jours, des semaines, des mois ou même, mais plus rarement, des années (3).

Le terme d'état de mal était jusqu'à présent réservé, dans la nomenclature de la Salpêtrière, aux cas prolongés où l'attaque revêtait plus spécialement la forme con-

(r) Leçons sur les maladirs du système nerveux, t. I, ]>. 07- et suiv.

(2) Iconographie photographique de la Salpêtrière, I . II.

(3) Gilles de In Tourette. Des attaques du sommeil hystérique. Arch, de yeurologie, 11" p- 44» I,s,s^-

vulsive, épileptoïde, par exemple. Ce sont même ces cas analogues d'aspects avec les accès prolongés d'épilepsie qui avaient fait créer à M. Ckarcot le tenue d'état de mal hystérique, état qu'il comparait dans ses Leçons — pour le mieux différencier d'ailleurs — avec l'état de

mal épileptique.

Sans trot» nous appesantir sur le côté clinique, il est nécessaire cependant de faire remarquer que, dans l'état de mal hystérique, ou mieux dans les cas plus particulièrement décrits sous ce vocable, l'attaque se trouve presque toujours bornée à Tune de ses périodes. Deux ou trois convulsions toniques, quelques secousses cloniques, un peu de stertor, constituent par exemple toute L'attaque. Cela explique, vu la très courte durée, qu'on puisse observer plusieurs milliers d'attaques dans les 24 heures, se groupant presque toujours par séries. De temps en temps se montrent, entre les séries, des intervalles variables comme apparition et comme durée, pendant lesquels la connaissance revient complète ou non, et souvent, à la tin d'un groupe d'attaques, se montre une attitude passionnelle qui permet à l'observateur attentif de reconnaître à son simple aspect la nature hystérique du mal.

Parfois, comme l'ont montré MM. Ballet et Grespin (op. ri/.} l'attaque revêt les allures de l'épilepsie partielle, ce qui constitue Vétai de mal à forme d'épilepsie partielle dont nous avons déjà parlé pour ne plus y revenir.

En ne considérant que la première période de la grande attaque hystérique, nous pouvons donc distinguer :

1" Uétat de mal à forme épileptoïde :

2° Uétat du mal à forme d'épilepsie partielle.

La seconde période — des grands mouvements — n'entre guère en ligne de compte pour constituer un étal

de mal particulier. Quelquefois,- dans l'état de mal épileptoïde, mi dans les autres formes d'étal de mal que nous allons passer en revue, on peul voir s'esquisser un arc de cercle, mais bien moins souvent qu'interviennent, à l'état d'épiphénomènes, les attitudes passionnelles, par exemple.

La troisième période — des attitudes passionnelles — est susceptible de donner sa physionomie spéciale à des états de mal, on le comprend, fort variés d'aspect, parmi lesquels nous étudierons plus particulièrement l'état de mal à forme cataleptique, dont nous avons observé un remarquable cas.

Quant à la période délirante ou quatrième période elle donne lieu au délire hystérique, qu'on nommera mieux, lorsqu'il se prolonge, état de mal délirant \

Enfin, lorsque l'attaque se termine, il existe un moment où, avant de commencer un nouvel accès, le malade est plongé dans une sorte de stupeur, de sommeil, de léthargie, d'affaissement qui se prolonge rarement d'ordinaire au delà de quelques minutes. Dans certains états, an contraire, celte période de léthargie domine la scène morbide et l'attaque de sommeil, ou état de mal léthargique nu de sommeil, se trouve constituée.

Tl va sans dire que, dans chacun de ces états de mal, on peut voir, comme l'a montré M. Gharcot, s'enchevêtrer les symptômes propres à plusieurs d'entre eux; c'est uniquement sur la dominante symptomatique des phénomènes d'une période que s'appuiera la classification.

On le verra, toutes ces formes si variées, méritaient au point de vue chimique — comme M. Gharcot l'avait fait au point de vue clinique qui nous a guidé — d'être réunies sous le même terme général d'états de mal, de même que les phénomènes épileptoïdes, les grands mou-

vements, les attitudes passionnelles et le délire ne sont que les diverses périodes d'un unique état, la grande attaque hystérique, A chaque étal de mal correspondra un qualificatif varié comme pour les diverses périodes de l'attaque, et voilà tout.

Les recherches qui vont suivre nous montreront, en effet, que l'état de mal léthargique le plus calme est identique, au point de vue biologique, à l'état de mal délirant le plus agité, de même que l'attaque épileptoïde est indentique à l'attaque aux 4 périodes et celle-ci à l'attaque de chorée rhythmée.Bienplus, l'état de mal n'est aussi véritablement qu'une simple attaque, prolongée à la vérité, mais qui, même au terme ultime de sa prolongation, ne perd jamais les caractères chimiques ou vitaux que nous avons assignés à l'attaque hystérique.

Nous étudierons les états de mal hystérique en suivant Tordre chronologique des différentes périodes de l'attaque.

A. Première période. — Etat de mal hystérique à forme épileptoïde. C'est pour ainsi dire la forme classique de l'état de mal, celle qui a été particulièrement el si complètement étudiée par M. le Pr Gharcot, à différentes reprises, celle qu'il a opposée d'une façon si magistrale à l'état de mal épileptique avec lequel on la confondait avant lui.

La malade chez laquelle nous avons observé, à deux reprises, cet état de mal, est la même dont MM. P. Marie el Souza Leite ont rapporté l'histoire (1). Ces auteurs

(i) Attaques hystériques ayant par leur nombre et leur durée, simulé l'état de mal épileptique. Progrès médical, n 38, 20 septembre 1884, p. 755.

ont eu comme nous la bonne fortune — car de pareils cas sont rares — d'observer deux périodes d'état de mal ; la première, du 10 au 20 avril 1884, donna 4,506 attaques ; la seconde, du 2 au 16 juin, 17,083 attaques. MM. Ballet et Crespin, dans une période d'état de mal à forme d'épilepsie partielle allant du 3 au 28 octobre 1883, avaient, chez une autre malade, observé 21,708 attaques.

Ces chiffrés on1 encore été dépassés dans les périodes que nous avons observées, cardans la première, qui va du 24 avril au 6 mai 1889, nous avons noté 47,310 attaques, et dans la seconde, du 23 mai au «s juin. 117,572 attaques. Pendant ces périodes, la température est toujours restée normale, variant entre 37°6 et 37°8, H. Nous rendons encore hommage au zèle des personnes du service qui nous ont secondé, et qui, minute par minute, jour et nuit, ont compté les attaques et consigné par écrit l'histoire de ce cas intéressant.

Pour comprendre comment un malade peut avoir plus de 7,000 attaques dans les 24 heures, il faut se reporter à cette attaque elle-même — bornée bien entendu à sa période épileptoïde — et pour ce faire nous ne saurions être mieux inspirés qu'en empruntant la description d une attaque ou d'une série d'attaques au travail de MM. P. Marie et Souza Leite, qui, comme nous Pavons dit, ont observé en 1884. la malade que nous observions nous-même en 1889, pour des phénomènes identiques à ceux que nous avons nous-mêmes étudiés.

«.Description d'un groupe d'attaques. — Le premier phénomène observé chez la malade qui se tourne sur le côté gauche (droit en i(SSU) oi reste dans cette position pendant toute la durée de l'attaque, est l'émission d'un cri faillie tenant vraisemblablement à un spasme des muscles laryngés ; avant qifil ne se termine, les membres droits et les muscles du cou cl.de La roupie sont pris d'une rigidité tétanique; presque en même temps, les membres gauches se

contracturent un peu aussi, mais d'une façon quasi insensible. Dans ce moment, il se fait une tuméfaction du cou au niveau du corps thyroïde, facilement appréciable par la main appliquée sur la convexité qui en résulte ; 4 ou 6 secondes après, le membre thoracique droit et la tête sont agités de secousses vives et rapides ; les joues et les lèvres sont violemment repoussées par l'air expiré (mouvement du fumeur de pipe); les secousses ne se montrent pas du tout aux membres gauches ; ceux-ci deviennent flasques avant les droits qui se décontracturent aussi à leur tour. Mais, à peine les membres sont-ils flasques,' qu'un nouveau cri analogue au précédent se fait entendre en annonçant une nouvelle attaque et la répétition des phénomènes que nous venons de décrire. Ces attaques se répètent un grand nombre de fois d'une façon subintrante et constituent ainsi de véritables séries durant de 12 à 30 minutes (de 84 à 776 attaques par série).

Ces attaques se succèdent d'une façon parfois tellement rapide que c'est à peine si on peut les compter.

Avant la fin de chaque série, la malade présente une ébauche d'altitude passionnelle (semble regarder quelque chose au loin) d'une ou deux secondes de durée, ébauche qui n'est pas constante ; ensuite 2 ou 3 mouvements épileptiformes très courts, et, enfin, elle se réfugie brusquement au pied de son lit, sous ses couvertures, cachant sa tête, couchée sur le côté, et complètement pelotonnée en boule ; quelques secondes après, elle ronfle 2 ou 3 fois et reste ainsi contre le pied du lit plusieurs minutes sans bouger, puis reprend conscience, se plaint beaucoup de la tête, se met à pleurer, se recouche convenablement ; peu après, elle cause librement et se met à rire. Ces groupes d'attaques sont séparés les uns des autres par un intervalle à peu près égal à leur durée ; une impression subite quelconque peut les provoquer. »

Nous n'avons rien à ajouter à cette description si précise qui se superpose exactement à celle des phénomènes que nous avons observés chez la même malade à cinq années d'intervalle. Toutefois, nous devons donner quelques détails complémentaires se rapportant plus particulièrement au sujet spécial — la nutrition — dont nous avons entrepris l'étude.

Pendant les deux périodes d'état de mal que nous avons observées, l'urine a été recueillie 4 fois par jour à l'aide de la sonde, de même que dans tous les autres états de mal que nous étudierons ultérieurement. Nous avons donc eu à notre disposition la totalité des urines, et sans causes d'erreur possibles, ce qui est d'une grande importance, l'étude du volume seul —que tout le monde peut faire — présentant, comme nous le verrons, un intérêt capital dans l'espèce.

L'alimentation, pendant toute la durée des deux périodes de cet état de mal, a été pour ainsi dire négative. La malade a absorbé par jour une assiette de salade, sucé parfois 3 ou 4 asperges, un citron; elle n'a bu, dans les 24 heures, qu'une tasse de lait de 80 grammes ou de bouillon, à l'exclusion l'une de l'autre.

Aussi, lors du premier état, qui a duré 8 jours, du 24 avril au 2 mai 1889,a-t-elle maigri de 4 kilogr. 500, soit 550 grammes en moyenne par jour. (De 53 k. 500 le 24 avril, à 49 kilogr. le 2 mai).

Lors du second état de mal, qui a duré 14 jours, du 24 mai au 6 juin 1889, elle a maigri de 3 kilogr. 110, soit 225 gr. par jour (de 53 k. le 23 mai, à 49 k. 890 le 6 juin).

Nous montrerons que cette dénutrition est constante dans tous les cas de mal hystérique en réponse à l'opinion de M. Empereur « que la désassimilation n'aurait pas lieu chez les hystériques.» Nous ferons voir, de plus, combien encore, à l'inverse de l'opinion de cet auteur, l'assimilation est rapide chez elles à la suite de l'état de mal.

Nous pouvons dire, en effet, que, d'une façon générale, après les états de mal où la nutrition a été si compromise, le retour au poids normal, à celui que la malade possédait avant l'attaque, a lieu presque aussi rapidement que la dénutrition s'est effectuée. 11 résulte des pesées journalières faites à la même heure et des analyses, qu'après une période d'oscillation comprenant les deux ou trois premiers jours qui suivent le retour à

l'état normal, le taux de l'urée et des autres principes cxcrémentitiels redevient normal; quant au poids, le sujet reprend en moyenne 500 grammes par jour, ce dernier chiffre étant d'ailleurs variable suivant les individus.

La nutrition n'en reste pas moins très ralentie pendant l'état de mal comme pendant la période d'attaque des 24 heures, les excréta étant très diminués, ainsi que nous allons le montrer immédiatement. Sans cela, il est probable que la perte de poids serait encore beaucoup plus considérable qu'elle ne l'est réellement.

L'étude des tableaux X, XI, et de la figure 1 est des plus intéressantes.

Tauleau X.

HabiU.,. Premier étal de mal hystérique à forme èpileptoïde.

A l état normal, Hab. (tabl. XII) excrète 1,300 ce cl urine donnant 43 gr. 25 pour 1,000 de résidu fixe, 20 gr. 30 durée, 2 gr. 13 d'acide phosphorique tota se décomposant en terreux: 0 gr. 63, et alcalins: i gr. ou, donnant la proportion normale de 42 à 100 Le 24 avril 1889, à M heures du matin, débute l'état de mal. Le volume tombe à 970 ce, le résidu fixe à

35 gr. 40, l'urée à 9 gr. 11 , l'acide phosphorique total à 1 gr. 25 se décomposant en terreux : 0 gr. 627 et alcalins : 0,627 réalisant ainsi l'inversion de la formule.

Ce sont là les caractères les plus typiques de l'attaque hystérique ; et, à ne tenir compte que de la période des 24 heures, nous pouvons dire que l'attaque d'hystérie à l'orme épileptoïde se comporte absolument, au point de vue chimique, comme l'attaque d'hystérie la plus classiquement normale.

Tableau XI.

Moyennes de l'èlal de mal hystérique à forme épileptoïde d'Hab.

Acide

phosplior.

CA

NOM

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