FERMENTS ET VIE CELLULAIRE
réduclion, l’iiydrolyse el la déshydralation, sont incom|)alibles, eti ce sens qu’elles ne sauraient avoir lieu siinullanémenl, sans se troubler récij)roquement dans leurs réactions. Or, un tel élat de choses ne se renconire guère dans la cellule, où l’on voit pourlant les j)iocessus chimiques les plus opposés, se poursuivre sans s’influencer nullement entre eux. Pour expliquer cette indépendance des réactions enzymatiques intracellulaires, Ilofmeister est obligé de recourir à une conception presque fantaisiste de l’architecture du proloplasma. 11 pense que chaque diastaseest strictement localisée dans la matière vivante, et qu’elle existe dans la cellule à l’état d’une masse colloïde, isolée de ses congénères par une paroi imperméable pour les colloïdes, et perméable pour les cristalloïdes. Les fermentations s’opèrent ainsi dans des sortes de cases isolées, dont l’enveloppe n’est franchie que par les produits résultant de ces fermentations. Ilofmeister appuie celte manière de voir, en premier lieu, sur la disposition histologique de la cellule hépatique, qui, d’un coté, limite les capillaires artériels et, de l’autre, les canalicules biliaires; en second lieu, sur l’architecture alvéolaire du protoplasma, bien connue des cytologistes.
Il est aisé de voir que la conception de llofmeister ne repose que sur une hypothèse très critiquable. Nous l’avons néanmoins exposée ici, j)Our montrer sur cjuel point d’appui fragile re-
IMMUNITÉ ET NUTRITION
pose la généralisation, quand elle part exclusivement de faits fournis par l’analyse du chimisme cellulaire.
Ce que la chimie biologique ne peut résoudre, l'élude des rèactio7is hmnxmisnntes réussit à le préciser, sinon d’une manière absolument rigoureuse, du moins d’une façon vraisemblable. Les relations intimes qui existent entre la nutrition et les modifications que subit l’organisme sous l’influence des principes immunisants, ont été proclamées il y a déjà de nombreuses années. Lorsque Metcbnikoff (^) établit les rapports étroits cpji existent entre la destruction des microbes à l'intérieur des pbagoc} tes et la digestion intraproloplasmic[ue des êtres unicellulaires, lorsque ce savant montra que souvent le môme processus fermentalif préside à la dissolution des bactéries par les immunsera et à l’élaboration des matières assimilables dans le tube digestif, on comprit alors ce qu’il y avait de commun entre l’immunité et la nutrition. En effet,
(ij Voir, à ce sujet, les travaux de Metchnikoff sur la digestion intracellulaire et la phagocytose : Unterauch. über die intra-cellulüre Verdauung bei Wirbellosen Tieren. Arh. des Zoolog. Inst. zu. Wien, vol. .'i, l'asc. 2, iby.l) ; Untersuch. über die mesodermalen Phagocyten einiger Wierbelliere. Biolog. Cbt, vol. 3, n“ i8 ; Ueber eine Sin-ossyilzhrankheit der Daphnien. Virch. Arch., vol. gG, iS.S/i, p. 177; Ueber die pathol. liedeutung der intra-celLulüren Verdauung. Fortschr. der Med., n° 17.
G. Levaditi — La Nuliilion et l’Immunité
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IMMUNITÉ KT NUTRITION
(|iianil un prolozoaire onglolie, an moyen de ses pseudopodes, la proie qui lui sert d’aliments et qu’il digère celle jiroie, grâce aux fermenls qu’il sécrète, il ne se comporte pas autrement qu’un leucocyte qui s’incorpore les bactéries jiathogènes pour les détruire et les rendre ainsi inoffensives. D’un côté et de l’autre, il y a phagocytose et élaboration enzymatique; d’un coté et de l’autre, il y a intervention active du protoplasma, source de ferments. Quelques expérimentateurs ont réussi même à extraire les diastases digestives et bactériolytiques dont le protoplasme se sert pour modifier les principes assimilables et pour provoquer la dissolution intraceliulaire des microbes phagocytés. Ainsi, Mouton décèle dans les amibes une amihodiastnse analogue à la trypsine, et Mesnil obtient des actinies, une actinodiaslase capable de digérer la gélatine. D’un autre côté, Buchner, Bail, Schattenfroh, Tarasséwitcb, Levaditi, préparent des extraits bactéricides et. cytolytiques en se servant de leucocytes mono- et polynucléaires, extraits qui se rap|)rochent sensiblement des substances bactériolytiques et cytotoxiques renfermées dans les sérums actifs. Quoi de j)lus frappant d’ailleurs à ce point de vue, que le rapprochement fait par Melcbnikoff et Delezenne entre la constitution et le mode d’action des sérums bactéricides et la composition et f le fonctionnement de certains ferments di-
IMMUNITK ET NUTRITION
geslifs? Sans iiisisler sur celle question (|ui sera traitée ailleurs, nous ne rappellerons qu’un fait. Ces auteurs ont montré que la trypsine se comporte à la façon des principes cytolytiques et bactériolytiques, lorsr[u’elle provoque l’hydrolyse des matières protéiques au moyen d’une protéase inactive (le suc pancréatique de fistule temporaire) et d’un mordant, \ entérokinase de Chepowalnikoff (suc intestinal). Et l’analogie devient plus étroite encore, lorsqu’on voit avec Delezenne, Pfeiffer et Marx, Deutsch, etc., que la kinase protéolytique et la sensibilisatrice bactériolytique, reconnaissent toutes les deux une origine leucocytaire.
Ces quelques remarques montrent suffisamment les points communs que l’on trouve dans le mécanisme de la nutrition et dans celui de l’immunité. Elles nous amènent à conclure, avec Metchnikoff, que Vimmunilé n'est^ en dev‘ nier lieii,qii an chapitre de la digestion et que, par conséquent, il peut y avoir quelque utilité à appliquer les données fournies jiar l’élude de celle immunité, à l’analyse des actes nutritifs.
Rien de plus intéressant à cet égard que les considérations générales esquissées parEhrlich(‘) dans un travail d’ensemble concernant les cytolysines. S’appuyant sur des observations recueil-
(1) Erulich. — Schlussbelrachtungen. Spec. Pathol. U. Thérapie de Nothnagel. Vol. VIII. Erhrank. des Blutes U. der blubild, Organ. Wien. Hôlder. 1901.