‹ La nutrition dans ses rapports avec l'immunitéChapitre 23 sur 106 · GLOBULES ROUGES ET NUTRITION · texte numérisé non relu

GLOBULES ROUGES ET NUTRITION

La destinée des innombrables groupes fonctionnels dont les hématies sont pourvues, serait donc de lixer les matières assitnilables qui circulent dans le plasma. Or, étant donné que ces hématies sont des cellules dont la vitalité, comparée à celle des éléments anatomiques plus différenciés, est relativement minime, on ne saurait s’expliquer leur richesse en récepteurs, à moins de leur attribuer le rôle d’un foyer destiné à centraliser les matières assimilables. Dès lors, on est amené à admettre que le globule rouge accumule les principes nutritifs pour les céder ensuite aux autres tissus, suivant les besoins de ces tissus, suivant l’activité plus ou moins grande qu’ils déploient dans l’accomplissement des actes vitaux. Ainsi, ces faits puisés dans le champ de l’immunité, permettent de découvrir, dans le globule rouge, d’autres fonctions que celle de l’oxydation, et fournissent un argument de plus en faveur de l’opinion qui tend à rapprocher de plus en plus les phénomènes de l’immunité de ceux qui caractérisent la nutrition.

La supériorité des observations recueillies dans le domaine de l’immunité sur les recherches purement chimiques, en ce qui concerne la précision du mécanisme intime des actes nutritifs, réside surtout dans le choix du réactif. En effet, l’immunisation fait appel à l’organisme vivant toutes les fois qu’il s’agit de

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différencier enire eux les divers principes qui apparaissent au cours de la vaccination. Or, cet organisme, grâce à sa sensibilité excessive, est, à ce point de vue, incomparablement supérieur aux réactifs utilisés couramment dans la cbin)ie biologicjue. Ainsi, pour citer un cas, le cobaye est capable de réagir à une dose d’antitoxine diphtérique pour ainsi dire infinitésimale, telle qu’aucun procédé chimique ne saurait la déceler, D’autre part, nul chimiste, en l’état actuel de la science, ne peut faire une distinction qualitative, entre les divers principes protéiques renfermés dans le sérum de deux espèces animales aussi rapprochées, que le cobaye et le lapin, par exemple. Fourtant, des différences profondes doivent exister dans la constitution moléculaire de ces matières protéiques, puisque chacun de ces sérums, comme l’ont constaté Tcliistovitcli |(*), Bordet, \^'assermann et Schütze {^), etc., injecté sous la peau d’un chien, provoque l’apparition de 'précipilines spécifiques , c’est-à-dire de substances (|ui précipitent d’une manière exclusive celui de ces sérums qui a servi à leur préj)ara-

(') Tcuistovitch. — Eludes sur l'immunité contre le sérum d'anguille. Ann. Inst. Past., 1899, p. /loG.

(-) Wasskhmann et SciniTZE. — Deutsche med. Woch., 1900, n® 3o et Berl. kl. Woch., 1901, n® 7.

RKACTIFS DE l’iMMUNITÉ

lion. M. Nultal (*) est allé plus loin encore dans celle voie; il a réussi, au moyen de celle réaclion des précipitines, à dilTérencier le sang des diverses espèces de singe, et à établir ainsi les rapports qui relient les anthropomorphes à l’espèce humaine. Ce savant a conslalé que le sérum des lapins préparés par des injections répétées de sang humain, précipile non seulement le sang de l’homme, mais aussi le liquide hématique des singes et que, parmi ceux-ci, ce sont surtout ceux du vieux monde qui donnent la réaction la })lus intense (^). Ces constatalions ont été confirmées par Wassermann el Schütze(^),par Stern (^) et par Griinbaum (”). D’autre part, suivant UlenhuthC^), le sérum d’un animal qui a reçu en injection sous-cutanée des hématies de bœuf, précipite le sang de cette espèce animale, el non pas celui du mouton, du cerf et du daim. Comme le re-

(>) Nuttal. — On the format, of specif. antibodies, etc. The Journ. of Hyg-., vol. I, n° 3, juillet 1901 et The new hiolorjical test for blood in relat. to zoological classifo. Proceed. of the Royal Soc. Londres, vol. 69, no 403, p. i.3o.

(2) Les singes étudiés ont été les Ilapalides, les Cebides, les Cercopithecides et les Siinides (Chimpanzé et Orang-Outang).

{^) Wassermann et Sciiütze, cités p. 55.

{*) Stern — Deutsche med. Woch., 1901, n° 9.

(•'q Griinuaum. — The Lancet, 1902, cité d'ai)i’ès Metchnikoff.

(®) Ulenhutii — Deutsche med. Woch., 1901, p. 82.

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marque MetchnikofT (^), « la parenté entre les bovidés et les autres ruminants n’est pas aussi profonde qu’entre 1a poule et le pigeon » (-), puisque le sérum d’un animal auquel on injecte du sang de poule, précipite non seulement le sérum de cet oiseau, mais aussi celui du pigeon. Ces quelques e.xemples suffisent à montrer que le réactif dont on se sert dans l’étude des réactions immunisantes, est de beaucoup supérieur à ceux qu’emploie la cbirnie courante. 11 permet, en elTet, de saisir des différences frappantes entre des matières protéiques que la chimie ne saurait distinguer.

Mais l’utilité des connaissances fournies par l’immunité dans l’étude de la nutrition cellulaire, ne se borne pas là. Ces connaissances permettent de préciser, jusqu’à un certain points le mécanisme de l’assimilation et de la désassimilation pour le motif que les principes dont on se sert pour vacciner ou ]oour créer Vèlat réfractaire, sont, an plus haut degré, des substances assimilables. En elTet, tous les corps immunogènes, en d’autres termes, toutes les substances qui, administrées à un

f*) Metchnikoff. — Études sur lanature humaine, Paris, Masson, igo3, p. ()■;.

(~) On sait depuis les constatations d’Ulcnhutli, que l’anti-sérum obtenu avec l’albumine de l’œuf de poule, précipite également la matière protéique de l’œuf de pigeon.

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animal sensible, provoquent la production d’anti(0)'2)s, ont ce caractère commun de posséder une conslilulion moléculaire très complexe et de se rapprocher ainsi des princijies assimilables. Ce ne sont que les matières protéiques et peut-être aussi leurs dérivés immédiats, les albumosesel les peptones, qui jouissent de qualités immunogènes, tandis que les composés organiques ou minéraux, dont la molécule est relativement simple, en sont entièrement dépourvus. On engendre des anticorps au moyen de microbes, de cellules diverses (globules rouges, épithéliums, sjiermatozoïdes ou leucocytes), d’albumines animales ou végétales, ou de ferments. Mais, la plupart du temps, on est impuissant à produire ces anticorps en se servant de composés relativement simples, tels que les poisons minéraux, l’arsenic, la morj)hine ('), et certains principes alimentaires (le sucre, la graisse). D’où l'on peut conclure que, d’une façon générale, les seules substances capables d'influencer V organisme dans le sens de la production d anticorps, sont celles qui possèdent le caractère de Vassimilahilitè et qui ont, de plus, une constitutio7i moléculaire compliquée. Si l’on se rapjielle, d’autre

(>) Voir à ce propos : Besredka. — Etude mr Pimmunitè vis-à-vis des conqjosés arsénicaux. Ann. Inst. Pasteur, vol. i3 ; Hirsciilaff. — Berl. kl. Wocli., 1902, nos p. 11-5. et Morgenrotu. — Berl. kl. Wocli.,

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