KXTÉRIORISATION DES PROCESSUS NUTRITIFS
part, que la propriété la plus marquante de la molécule de protoplasma vivant, molécule qui joue un rôle essentiel dans l’immunité et qui engendre les anticorps, est justement sa complexité excessive, on est frappé de ce fait que les seuls principes qui peuvent inciter cette molécule à fabriquer ces anticorps, sont précisément ceux qui lui ressemblent par leur constitution chimique complexe. 11 semble qu’un tel rapport de constitution moléculaire entre l’élément qui subit la réaction immunisante et celui qui engendre cette réaction soit nécessaire à l’élaboration des substances spécifiques qui caractérisent l’immunité. C’est là une loi générale, dont nous trouverons la vérification à chaque pas au cours des chajiitres suivants.
En second lieu, l’immunité nous aide à préciser le mécanisme intime de la nutrition cellulaire parce (\\\ elle exagère les diverses phases de celle nutrition et extériorise, pour ainsi dire, les actes nutritifs qui, hahituellement, se passent au sein même du protoplasma. Ceci demande une explication détaillée.
L’immunisation et, en particulier, la formation d’anticorps, n’est, en somme, que l’exagération d’un processus qui, à un faible degré, se produit dans chaque organisme à l’état normal. Celte idée, soutenue il y a déjà longtemps ]>ar Rletchnikoff, a été partagée par Ehrlich et par lîordet et conlirmée depuis par de nombreux
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anticorps a l’état normal
chercheurs. La phagocytose, si intense et si eflicace lorsqu'il s’agit d’un animal rendu artiticiellement réfractaire à une infection rnicrobientie, ou vacciné à l’aide d’une espèce cellulaire quelconque, existe dans cliaque métazoaire à l'élat normal. H est aisé de trouver, dans les organes hématopoïétiques des animaux adultes, la moelle osseuse, les glandes lymphatiques et surtout la rate, des macrophages englobant activement,soit des hématies, soit des leucocytes polynucléaires, soit du pigment ferrique résultant de la destruction de ces hématies. D’un autre côté, le pouvoir bactéricide, cytolytique ou agglutinant des sérums provenant d’animaux immunisés, a son représentant, tant au point de vue qualitatif qu’au point de vue du mécanisme d’action , dans les humeurs des organismes absolument normaux ('). Les dilTérences ne résident que dans la quantité de substances bactérioly tiques et cytolytiques, puisque les sérums provenant d’animaux neufs provoquent la bactériolyse et la cytolyse tout comme les imrnunsera, au moyen de la sensibilisatrice et de la cytase qu’ils renferment (-). De plus, les antiferments spécifiques, tels V antilah de llammarsten, Hoden,
(1) Voir, a ce sujet, le très intéressant travail de Neisser {Ueber die Vielheit der im normalen Sérum vorh. Antihôrper. Deutsclie ïned. Wocli., 1900, n° 49)-
(2) La présence de la sensibilisatrice dans les sérums normaux a été démontrée par Pfeiller, Moxter, Ehrlicli et Morgenroth, Levaditi, etc.
ANTICORPS A l’État normal
Morgenroth et Briot, V anticynarase de Morgenroth, V antitnjipsine de Sachs, Varitityrosinase de Gessard, etc., que Ton obtient en introduisant les ferments correspondants sous la peau des animaux, ont leurs représentants dans les sérums provenant d’organismes n’ayant subi préalablement aucun traitement. Et il en est de même des antitoxines, puisque, suivant Cobett ('), Meade Bolton (^) et Dziergowski (^) le sérum des chevaux normaux renferme parfois des quantités appréciables d’antitoxine diphtérique.
Tout ceci nous amène à conclure que l’immunisation exagère certains processus qui s’opèrent à chaque instant dans l’organisme normal. Elle incite la cellule ou, pour mieux préciser, la molécule de proloplasma vivant, à produire et à mettre en liberté, d’une façon démesurée, dans les humeurs, les mêmes principes, que cette cellule fabrique en plus petite quantité à l’état normal, c’est-à-dire les ajiücorps spécifiques. Étant donné que le rôle essentiel de ces anti- * (*)
(1) CoHETT. — Enthnlt clas normale Pferdeserum Diphterieantitox'm ? Clbt f. Bakt., vol. 26, 18-19, p. 5/(8 et The Lancet, août 1899. Les sérums étudiés par cet auteur renfermaient de '/,o à 1/100 d’unité antitoxique.
(2) Meade Bolton. — Journ. of experim. Med., vol.
(*) Dzirrgowski. — Mémoires publiés dans les Arcli. russes de Biologie, St-Pétersbourg, vol. 5 et 9. Les sérums des chevaux normaux étudiés par cet auteur, renfermaient de Vioo à 2 unités antitoxiques.
IMMUNITÉ ET NUTRITION
corps no peut être autre que celui d’intervenir (l’une fa(.on active dans la nutrition cellulaire (Khrlich), il s’ensuit que l’immunisation, en exagérant outre mesure leur production, facilite l’étude de cette nutrition. En effet, elle permet à l’expérimentateur de graduer à volonté la fabrication des anticorps et lui olîre la possibilité d’analyser aisément leurs diverses propriétés.
Nous avons vu, dans la première partie de ce travail, ({ue la nutrition est une manifestation de l’activité des molécules de matière organisée, molécules qui agissent grâce aux groupes fonctionnels dont elles sont richement {)Ourvues. Tout porte à croire ({n' une ide7itification absolue doit être établie entre les anticorps qui apparaisse)it dans le sé7'um des animaux activement immimisés, et les groupes fo)ictio7i7iels des 77io~ lécules pi^otoplasmiques. Selon l’hypothèse des récepteurs, ces groupes restent attachés à l’état normal, à leurs molécules mères, et exercent là, en vertu de leur constitution et de leur affinité chimique, la fixation et l’élaboration de la matière assimilable. Mais il se peut que, môme chez les organismes neufs, certains de ces groupes fonctionnels se détachent de ces molécules et deviennent libres dans le plasma, pour y exercer, à l’état d’anticorps, certaines de leurs fonctions. Nous avons vu, en effet, que, plus d’une fois, le sérum des animaux qui n’onl subi préalablement
IMMUNITK ET NUTRITION
aucune inlluence iininunisatrice, renferme des quantités appréciables de ces anticorps. Il en résulte donc que déjà, chez ces animaux neufs, il s’opère une certaine extériorisation des groupes fonctionnels et de leurs propriétés.
JMais c’est pendant l’immunisation que cette exiériorisation atteint son point culminant. En odministrant graduellement aux animaux les principes assimilables doués de qualités immunogènes^ principes dont l'incorporation dans la molécule de matière organisée exige l'intervention des groupes fonctionnels, on incite celte matière à fabriquer ces groupes en grande quantité et à les mettre en liberté sous la forme d'a7iticorps dans le plasma. Ainsi l'hnmunisation, par suite d’un véritable eiitrainemenl cellulaire, provoque l'excrétion des groupes fonctio7mels qui restent ordinairement attachés à la 7ïiolécule de matière vivayite et extériorise par rapport aux éléme^its anatomiques, les actes nutritifs intrapr otoplasmiques. De cette manière, elle fait des humeurs une image de la cellule, image à vrai dire sensiblement déformée, inais 7iéanmoins capable de guider le chercheur dans la solution des problèmes si complexes de la nutrition cellulaire.
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