‹ La nutrition dans ses rapports avec l'immunitéChapitre 42 sur 106 · NEUTRALISATION DR LA TOXINE · texte numérisé non relu

NEUTRALISATION DR LA TOXINE

Si rantitoxine ne délrnit pas la loxine, il ne reste qu’une seule interprétation pour expliquer la neutralisation réciproque deces deux principes, à savoir que V antitoxine et la loxme, en vertu de leurs af/i,nilés rigoureusement spécifiques, contractent une comhinaisoyi chimique qui aboutit à la formation d'un corj)s nouveau dè^ pourvu de toxicité. Cette conception est soutenue à riieure actuelle jiar von Behring et par Elirlich. Le premier de ces savants est arrivé à cotte conclusion en se basant sur les recherches de Lang, de lleymans et de Masoin (‘), concernant la neutralisation des poisons cyanogéniques par riiyposulfite de soude. Ces recherches ont prouvé, en effet, que celte neutralisation est due à une liaison chimique entre le poison et son antidote, liaison qui s’opère in vivo de la même manière dans le tube à essai. D’autre part, Ehrlich avance la théorie de la combinaison chimique entre la toxine et l’antitoxine, à la suite de ses découvertes concernant l’évaluation des sérums antitoxiques. Suivant ce chercheur, cette combinaison peut être comparée, surtout pour ce qui concerne le poison diphtérique (^), à celle qui a lieu lorsqu’on met en présence une hase

(')Heymans et Masoin. — Éludes physiologiques sur les dinitrils normaux. — Arcîi. de pharmacodynamie, vol. 3, 1896, p. 77.

(-) Voir, à ce j)ropos, les travaux récents d’Einu.icH {Ueber die Giftcomponenten des Diphterietoxins. I3erl. kl.Wocli., n° 35, i9o3j et de Madsen (cité p. 100).

ANTITOXALnUMINES

forte et un acide fort. En etTet, toutes les conditions de milieu qui favorisent ou retardent la formation des sels, induencent dans le môme sens la neutralisation de la toxine par son anticorps respectif. Ainsi Ehrlicli constate que cette neutralisation s’opère })lus facilement lorsque les solutions sont concentrées, et que l’élévation de la température accélère la marche de la combinaison entre la toxine et l’antitoxine. De plus, Knorr remarque que la teneur du milieu en sels exerce une influence manifeste sur la vitesse de la neutralisation, puisque celte neutralisation est plus raj)ide quand la réaction s’opère dans une solution d’eau salée à lo %. Enfin, celle influence du milieu ressort également des constatations de Ransom, qui montrent que la présence du sang de pigeon, entrave, jusqu’à un certain point, la neutralisation de la télanospasmine par son antitoxine spécifique.

2. Toxalbumines et antitoxalbumines. — Les mômes conclusions résultent de l’analyse dos rapports qui existent entre les toxalbumines cl leurs anticorps respectifs. Les plus étudiées à ce point de vue j>armi les loxalbutnines végétales, sont : \aricine, obtenue par Kobert, Slillmark(D et Dixon (’), au moyen do l’épuisement des

(1) Stillmakk, — Arb. ans dem pha)-mahol. Inst. Doi'pat, 18S9.

(-) Dixox. — Auslr. nied. Gazette, 1887 (cite d’après Behring).

ANTITOX ALBUMINES

graines de ricin par l’eau salée a lo Vahrine, produit de l’Abrus precatorius, qui a fait le sujet des recherches de VVarden et Wadell ('), de Ivobert (-) et de Ilellin (•'* *) ; la rohine, extraite de l’écorce de Robinia acacia par Power et Cambier (^'l ; enfin la crotine d’Elfstrand (“) et la jo/ialine de Kobert. Ehrlich a démontré, le premier, que ces toxalburnines jouissent de propriétés immunisantes manifestes et que l’on peut, en administrant aux animaux des doses infinitésimales de ces poisons, créer une certaine accoutumance, Ce savant a constaté, de plus, que le sang des animaux immunisés contre ces toxalburnines végétales (ricine et abrine), possède un pouvoir antitoxique remarquable. 11 a vu également que ce pouvoir est spécifique, en ce sens que V antiricine neuinüise la ricine et non pas Vahrine ou la rohine.

Le fait que les toxalburnines végétales sont douées de propriétés immunisantes et qu’elles engendrent des antitoxines, a été vérifié pour un grand nombre d’albumines toxiques d’origine

(') Warden et Wadell. — Non bacillar nature of Ahrus poison. Calcutta, 1884.

(■-) Kouert. — Arb. ans deinpharmak. Inst. Dorpat. 189:1.

(■■*) Hrllin. — Inaug. Disert. Dorpat, 1891.

(*) Power et Cambier. — Pharm. journ. and transact., 1890, cité d’après Belirin^.

(«) Elfstrand. — Ueber giftige Pflanztneiiceisse welche Blutkbrper verhleben. Upsala, 1897.

ANTlTOXALBUMliVES

animale. Ainsi Calmelle (*), Phisalix et Mertrand (^), Kanlhak, Fraser, etc., ont réussi à préparer une antitoxine très efficace contre le venin de serpent ; Kossel, Camus et Gley, Tchistowitch, ont obtenu l’antipoison du sérum d’anguille; Sachs et Proscher (^) ont découvert l’anti-arachnolysine et l’anti-phrynolysine qui empêchent l’action hémolysante du venin de VEpeïra diadema et du crapaud.

La préparation de ces antitoxalbumines a facilité au plus haut point l’étude du mécanisme qui préside à l’action antitoxique. Le fait que la plupart des alhumines toxiques exercent leur jiouvoir nocif sur des éléments cellulaires isolés de l’organisme, a permis d’éliminer toute une série de facteurs qui, in anima vili, échappent à l’analyse de l’expérimentateur. On a vu ainsi que l’antiricine entrave hi vitro l’agglutination des érythrocytes par la ricine, dans un milieu salin incompatible avec la vie de ces érythrocytes. On a constaté, avec Kanthak, IMyers et Stelfens, que l’antivenin jouit de la môme propriété à l’égard du pouvoir agglomérant du venin de co-

I >) C'VLMETTE. — Venin et sérum antivenimeux. Ann. Inst. Pasteur, 1897, P-

(-) PmsALix. — Venins et animaux venimeux. Revue Scientifique, vol. 8, n“ 4-

(•'’) Proscher. — Zur Kenntnis des Kriitengiftes, Hofmeister-Beitr., vol. I, f. 10-12, p. .'i;;').

AXTITOXALHL'MINES

bra. Oa a remarqué, avec Morgenrolh ('), que l’aulicroline neutralise, dans le tube à essai, l’action héinolysante de la crotine. Enfin, Sachs a trouvé que o'^“‘^,oo25 d’un sérum fourni par les cobayes vaccinés contre le poison de r/i’peïm (^), rend inactives deux doses hémolytiques de ce poison, ce qui a été confirmé par Proscher pour le venin du crapaud.

Ces résultats ne sauraient être interprétés autrement qu’en admetlant que V anliloxalhiimine est ‘pourvue d'une affinité spécifique en vertu de laquelle elle se combine chimiquement avec la ioxalbumine, pour donner lieu à un corps nouveau dépourvu de toxicité. Voici comment il faut concevoir la marche de la réaction dans les expériences précitées : Lorsqu’on met en contact une toxalbumine agglutinante avec un élément cellulaire sensible, le globule rouge, j)ar exemple, elle ne tarde pas à se fixer intimement sur les groupes fonctionnels de cet élément, et à provoquer ainsi l’agglutination. Mais si, dans un système ainsi constitué, on introduit j)réalablement rantitoxalbumine, celle-ci, grâce à l’affinité énergique qu’elle possède, se combine lapidement avec l’albumine toxique; elle entrave, de cette manière, la fixation de celte albumine sur

(>) Cité par Ehrlich. — Gesellsch. der Charité Aertzte. Berl. kl. Woch., 1898, n« vi.

(■■2) Ce poison a été déjà étudié par Kobeut {Beitr. zur Kenntnis der Giftspinnen. Stuttgart, 1901).

FERMENTS ET ANTIFERMENTS 12Î

l’élément cellulaire, ainsi que ra|)parition des phénomènes agglutinatifs qui s’ensuivenl.

3. Ferments et antiferments. Albumines et précipitines. — La première anlienzyme obtenue par voie d’immunisation a été V antiémulsine de Hildebraudt (*). Cet auteur injecte, sous la peau des lapins, des quantités variables d’émulsine, et constate qu’au bout d’un certain temps, te sérum de ces lapins acquiert la propriété d’empêcher in vivo, ainsi que dans le tube à essai, l’action spécifique de ce ferment. Plus tard, von Dungern (^) découvre le pouvoir antienzymatique exercé par les sérums normaux vis-à-vis de la trypsine sécrétée par le slaphylococcm aureus, et complète ainsi l’étude entreprise dans celte direction par Landsleiner i;*), Fermi et Pernossi (^), Habn {“), Pugliese et Coggi (®), Camus et Gley ('), Carnot, Mesnil («),

{>) Hildebranut. — Weüeres iiber hydrolyt. Fermente, etc. Virch. Arch., vol. i3i, 1893, p. 5.

(-) Von Dungern. — Diagnost, Serumreactionen. Münch. ined. Woch., 1898.

(3) Landsteiner. — Wirk. des Blulserums u. der Lymphe. Cbt l'ür Bakt., vol. 27, nos 10-12.

(^) FERMt et Pernossi. — Ueber die Enzyme. Zft fur Hyg., vol. 18, 1894.

(5) Hahn. — Zur Kennt. der Wirk. des extravasc. Elut. Berl. kl. Woch., 1897, p. 499.

(6) Pugliese et Coggi. — Bollet. scienze med., 1897. C) Camus et Gley. — C. R. de la Soc. de Biolog'.,

(8) Mesnil. — Sur la digestion des actinies. Ann. Inst. Pasteur, 1901.

ANTITRYPSINE

etc. Celte étude, ainsi que les constatations d’Achalrne (‘), précédées ]>ar celles de Charrin et Levaditi (-), montre que le sérum de certains organismes neufs, ajouté in vitro à un mélange de trypsine animale ou microbienne (®) et de gélatine, entrave sensiblement la protéolyse ; elle prouve, d’autre part, que les qualités anlitrypsiques du sérum des animaux vaccinés contre cette diastase, dépassent de beaucoup celles du sérum normal. Il résulte, de plus, des expériences de Clæsner ('*^), que ce pouvoir empêchant des sérums neufs revêt un certain caractère de spécificité ; en elfet, le liquide hématique d’une espèce animale donnée, semble agir d’une façon plus efficace envers la trypsine sécrétée par cette espèce, qu’à l’égard des ferments protéolytiques étrangers.

D’autres enzymes, en dehors de la trypsine, possèdent des qualités immunisantes et donnent naissance à des anticorps rigoureusement spéci-

(•) Aciialme. — Rech. sur la trypsine, etc. Ann, Inst. Pasteur, 1902, p. 787.

(-) Charrin et Levaditi. — Défense de l’organisme C07itre les propr. morbif. des sccrét. glandulaires. C. R. de TAcad. des Sciences, 1900.

(3) Voir les recherches de Lœb sur le lab sécrété par \& staphyl. quadrigem. {Ueber Versuchc mit bact.Lab U. Trypsin. Cbt fur Bakt., vol. 32, 1902, p.

(q Gl.esner. — Ueber die antitrypt. Wirk. des Blutes. Ilofmeist. Beitr., vol. 4, f- i et 2, igo3, p. 79.

ANTIPKPSINE. ANTILAB

fiques. Ainsi II. Sachs (') Injecte, à des oies, de \Si pepsine de mammifère, et obtient un sérum dont un centimètre cube neutralise plus de vingt fois la dose peptonisante de cette diaslase. D’autre part, Gessard (^) prépare un anticorps très actif contre la tyrosinase des champignons et de la seiche, et MobI, en injectant aux animaux des quantités croissantes d’uréase, obtient une anli~ urèase des plus efficaces.

Mais les faits les plus instructifs à ce point de vue, sont sans nul doute ceux qui se rapportent au pouvoir antipressurant de Vantilah, et qui résultent des travaux de Morgenroth, de Briot (®) et de Korschun (^). On savait, depuis les observations de Roden (®), que certains sérums normaux, en particulier le sérum de cheval, jouissent d’un pouvoir antifermentatif très accentué

(') Sachs. — Ueher Anlipeÿsin. Portschr. cler Med. igo2, vol. 20, p. 425. Voir, à ce sujet, les recherches de G. Weinland, concernant la présence de Vantipepsine dans la muqueuse de l’estomac (Zft fiir Biolog., 1902, vol. 26).

(‘-) Gessahd. — Ann. Inst. Pasteur, 1901, p. 609 ; Tyrosinase et antityrosinase, G. R. de la Soc. de Biolog., mai 1902.

(3) Bhiot. — Thèse de Paris, 1900.

(9 Korschun. — Zft fiir physiolog. Chem., 1902, vol. 36.

(S) Rouen, cité d’après Hammarsten. Malys Jahresb., 1887, vol. 17.

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