‹ La nutrition dans ses rapports avec l'immunitéChapitre 48 sur 106 · FIXATION DE LA SENSIBILISATRICE · texte numérisé non relu

FIXATION DE LA SENSIBILISATRICE

11 a fallu les recherches très minutieuses de Bordet et de Gengou (*), pour amener la conviction dans cet ordre d’idées. Bordet montre, en premier lieu, que si, à un sérum capable d’agglutiner à la fois deux espèces de microbes A et B, on ajoute une émulsion des bactéries A et qu’on recueille les amas formés, on s’aperçoit que ce sérum a perdu entièrement ses propriétés agglutinantes à l’égard de cette espèce xV, et que néanmoins il continue à agglomérer le microbe B. Ceci prouve que l’agglutinine se consomme pendant l’agglutination et que, de plus, celte consommation intéresse exclusivement le principe agglutinant qui intervient dans la réaction. En second lieu, Bordet et Gengou remarquent que les corps microbiens «’ont aucune prise sur la cytase renfermée dans les divers sérums normaux. Par contre, dès que ces corps ont été préalablement imprégnés de sensibilisatrice, ils acquiérent la faculté de retenir des quantités appréciables de cette cytase. 11 y a donc là un moyen précieux pour déceler la présence de cette sensibilisatrice dans les divers sérums actifs. Grâce à ce moyen, les auteurs belges ont pu découvrir des sensibilisatrices

(1) Bokdet et Gengou. — Sur l’existence des subst, sensib. dans la plupart des sérums anti-microbiens. Ann. Inst. Pasteur, vol i5, igoi ; Bordet. — Sur le mode d'action des sérums cytolytiques. Ann. Inst. Pasteur, vol. i5, 1901.

FIXATION DES HEMOAGGLUTININES

spécifiques dans le sérum des malades et des animaux atteints de diverses infections (peste, charbon, typhus, etc.) et de prouver que la sensibilisatrice agit en se fixant d’une façon intime et rigoureusement spécifique sur le corps des microbes qui subissent son influence bactériolytique. Ceci est vrai également pour les principes actifs renfermés dans les divers sérums cytolytiques. En eftet, Malkoff (') a montré qu’une seule des agglutinines contenues dans le sérum normal de chèvre, est absorbée par une espèce d’hématies donnée, précisément celte qui agglomère d’une façon manifeste ces hématies.

Un coup d’œil jeté sur les nombreuses constatations que nous avons exposées dans ce chapitre, nous montre que la propriété de fixation que nous avons attribuée aux groupes fonctionnels des molécules protoplasmiques, possède réellement ce caractère général que nous lui supposions au début. L’étude des réactions humorales qui apparaissent chez les organismes immunisés, nous montrent que les principes assimilables doués de qualités immunogènes, qu’ils soient toxiques, comme les poisons microbiens et les loxalbuinines, ou inotfensifs, comme les matières protéiques, qu’ils soient solubles

(1) Mai.koff. — Beitr. zur Fraye der Agglut. der roten Bluthorperch.B&wiSGh. med. Woch., 1900, n®i4.

RÉSUMÉ

comme les ferments, ou solides comme les cellules ou les bactéries, jouissent sans distinction de cette propriété en vertu de laquelle leurs molécules constitutives se combinent et se fixent sur les groupes fonctionnels du protoplasma vivant. Cet acte de fixation nous apparaît ainsi comme étant le primiün inovens du processus nutritif, en particulier, de la phase assimilative de ce processus. Sans lui, la matière morte ne saurait être intégrée dans la substance organisée, sans lui aucune réparation des pertes subies au cours de chaque manifestation vitale, n’est possible. C’est en vertu d’une affinité chimique et spécifique que les groupes fonctionnels attachés aux molécules pi’otoplasrniques choisissent ])armi les innombrables matières nutritives qui, du tube digestif, passent dans la lymphe et le plasma sanguin et qui circulent dans les humeurs. On conçoit ainsi, comment ce choix peut être facilement accommodé aux besoins de réparation qu éprouv'ent à un moment donné les cellules, à cette sorte de faim protoplasmique, et comment il peut être à la fois quantitatif et qualitatif.

Pourtant, ces données puisées dans le. domaine de l’immunité, n’ont pas pu résoudre ce problème jusque dans ses moindres détails. Ainsi, elles ne nous ont pas renseigné avec une précision suffisante au sujet de la nature intime de cet acte de fixation. Néanmoins bon nombre

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d’arguments nous autorisent à voir, dans ce phénomène, l’expression d’une affinité chimique, dont on trouve tant d’exemples dans le domaine des corps inorganiques. On est, de plus, conduit à admettre que cette affinité est conditionnée par la constitution élémentaire, voire même par rarrangeinent stéréoïsomérique des molécules qui prennent part à la réaction. Nul n’ignore, en elTet, la portée que l’on accorde à cet arrangement stéréoïsomérique dans certaines réactions chimiques et dans les actes assimilatifs, depuis les constatations de Pasteur concernant l’élaboration des isomères de l’acide lactique par les cellules végétales. Il est connu également que le pouvoir toxique ou thérapeutique de certains principes minéraux ou organiques, est intimement lié à l’architecture moléculaire de ces principes. On pourrait citer, à ce propos, les travaux d’Ehrlich, de Baumann, d’Overton, de Baglioniet les faits que nous avons recueillis au cours de nos recherchessur le pouvoir nécrotisant delà vinylamine (’). Ces travaux montrent suffisamment que les qualités nocives et pharmacodynamiques de ces principes, dépendent, en grande partie, de la présence de certains groupements atomitjues bien déterminés dans leurs

(') Levaditi. — Experinient. TIntersuch. über die Nekrose der Nierenpapille. Arch. de Pharmacodynamie, 1901, >ol. 8, I et a.

RÉSUMÉ

molécules constitutives, ou de la place occupée par ces groupements dans ces molécules.

Tout porte donc à penser que Tunion de la matière assimilable avec les groupes fonctionnels du proloplasma vivant est conditionnée par la constitution moléculaire des éléments en jeu. Dès lors, la fixation des prmcipes nutritifs sur ce protoplasma, nous apparaît comme étant une fonction de la constitution chimique des molécules protoplasmiques, d’une part, et de cette matière assimilable, d'autre part.

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