CONSTITUTION MOLECULAIRE ET DIGESTION
(le ces actes digestifs, entreprise depuis plusieurs années par Pavlow et ses élèves ChepowalnikolT, Walter, etc., permet de dégager un principe général de la plus haute importance. Voici ce principe :
Les substances assimilables dont la constitution moléculaire est relativement simple, sont élaborées dans le tube digestif par des diaslases simples. Par contre, l'élaboration intestinale des principes nutritifs qui possèdent unearchi’ tecture moléculaire compliquée, ne s'opère que grâce à V intervention des ferments mixtes, c'està-dire de ferments que Von peut dissocier en plusieurs constituants bien distincts les uns des autres.
En elTet, tandis que les sucres,la graisseou l’amidon (^), se modifient dans le canal alimentaire sous l’influence de certaines enzymes qui n’exigent l’inlervention d’aucun agent favorisant, la digestion pancréatique des malières protéiques ne s’opère que grâce à l’action associée de deux diastases essentiellement différentes, Va protéase et la kinase. Pavlow et Chepowalnikoff ont montré que la kinase, qui abonde dans le suc intestinal du chien, exerce une influence remarquable sur le pouvoir protéolytique de l’enzyme
(') PoZKRSKY a constaté que l’action favorisante exercée par le suc intestinal sur le pouvoir amylolytique du suc pancréatique et de la salive, n’est pas due à la kinase (De l'action favorisante du suc intestinal sur le pouvoir amylolyt., etc. Thèse de Pari», 190a).
KINASE ET PROTÉASE
sécrétée par le pancréas. Ces auteurs admettent que ce suc renferme un ferment dépourvu de propriétés hydrolysantes à l’égard des matières protéiques, mais qui, ajouté à la protéase pancréatique, facilite l’action peptonisante de cette protéase, en réalisant la transformation du proferment en ferment actif.
Depuis, Delezenne et ses élèves Frouin et Pozersky, ont repris, à l’Institut l^asleur, cette étude de la protéolyse pancréatique. Les savants français ont eu l’idée de se servir, non seulement de l’albumine et de la fibrine, mais aussi des érythrocytes, qui offrent l’avantage d’indiquer plus facilement et plus rapidement la marche de la protéolyse, en laissant échapper l'hémoglobine qu’ils renferment. A l’aide de ces procédés, Delezenne a pu démontrer que la kinase se fixe intimement sur l’albumine cuite et sur le stroma de ces érythrocytes et, qu’une fois fixée, elle rend ces éléments sensibles à l’action dissolvante de la protéase pancréatique. Cette protéase, employée sans le secours de la kinase, est absolument incapable de se fixer sur les substances protéolysables et de provoquer la peptonisation de ces substances. Or, cette diastase, pour ainsi dire inactive, digère avec une extrême intensité la fibrine cuite, si l’on a soin de lui ajouter une trace de kinase. D’un autre côté, le suc pancréatique, qui est un excellent liquide conservateur pour les hématies, provoque une forte hémo-
DIGESTION INTRACELLULAIRE
lyse, lorsqu’on le met en présence de globules rouges préalablement imprégnés de kinase. Cette kinase joue ainsi le rôle d’un fixateur ou d’un mordant. En s’interposant entre le ferment pancréatique inactif et la matière protéique, elle permet à ce ferment d’exercer une action hydrolysante des plus marquées sur cette matière.
La constitution complexe d’un des ferments protéolytiques qui exercent leur action dans le tube digestif, la trypsine, peut donc être considérée comme rigoureusement prouvée. II ne serait pas surprenant qu’il en fut de môme de la pepsine, mais les recherches ayant trait à ce sujet nous manquent. Quoi qu’il en soit, cette notion de la constitution mixte des enzymes qui modifient les matières nutritives ayant une composition moléculaire complexe nous est précieuse, puisqu’elle permet de préciser le mécanisme intime de la digestion intraprotoplasmique.
La digestion intracellulaire., ce processus où l’on voit le protoplasma englober, transformer et assimiler plus ou moins complètement les particules alimentaires, est répandu chez les êtres unicellulaires et se rencontre souvent chez les organismes relativement élevés dans l’échelle zoologique. Nul chercheur jilus que Metchnikoff n’a examiné de si près celte digestion et n’en a précisé avec autant de rigueur les conditions et le mécanisme. Aussi, dans ce qui suit, nous tâcherons de suivre ce savant
DIGESTION INTRACELLULAIRE
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autant que possible et d’insister avec lui sur le rapprochement qu’il y a lieu de faire entre l’élaboration intraprotoplasmique de la matière, et les modifications diastasiques que cette matière subit en dehors du corps cellulaire. Dans les nombreux travaux qu’il a entrepris à ce sujet ('), Metchnikofî combat l’opinion deKrukenberg (*) suivant laquelle il ne peut exister que deux sortes de digestion : celle qui s’opère en dehors du protoplasma au moyen des ferments sécrétés par la cellule, et celle qui a lieu au sein même du corps cellulaire, grâce aune sorte d’action directe et nullement diastasique de ce protoplasma. Metchnikoff montre que cette dernière affirmation de Krukenberg est en contradiction avec les faits et que la digeüion intracellulaire est un processus fermeniatif absolument semblable à celui qui préside à l élaboration de la matière nutritive en dehors des cellules.
On sait que les êtres unicellulaires, en particulier les amibes, se nourrissent de bactéries ou de petites algues (diatomées) qui flottent dans le liquide où I on cultive ces animalcules. Si l’on suit, chez ces êtres, les diverses phases de l’acte nutritif, on constate qu’il débute par l’englobement des particules alimentaires, englobement qui s opère grâce aux prolongements pseudopo-
(1) Ces travaux ont été cités à la p. 4g.
(2) Kkukenbero. — Grundzüge vergleich. Physiûlog. der Verdauung, 1882 (cité d’après Metchnikofî).
DIGESTION INTRACELLULAinE
diques ou lobopodiqiies du proloplasrna. Une fois inlroduiles dans le corps cellulaire, ces particules sont prises par les courants circulatoires; elles ne tardent pas à s’arrêter, et à être soumises rapidement à un travail fermentatif destiné à les rendre assimilables. On voit alors ces grains alimentaires s’entourer de vacuoles digestives, et subir lentement toute une série de modifications chimiques qui se traduisent par des changements de forme, de consistance, de couleur, et qui aboutissent à la formation de matières excrémentitielles destinées à être éliminées. Ce qui est véritablement intéressant dans ce processus de digestion intracellulaire, c’est, eu premier lieu, le choix que le rhizojiode fait parmi les particules alimentaires mises à sa disposition; en second lieu, les moyens dont le protoplasma se sert pour élaborer les substances assimilables.
Ce choix nous frappe lorsque nous voyons la cellule pousser ses pseudopodes et saisir certains microbes et certains champignons, en même temps qu’elle fuit d’autres corps qui ne pourraient pas servir à l’entretien de la vie. On sait, par exemple, depuis les constatations de Salomonsen ('), que les paramécies s’écartent vivement quand ils rencontrent, dans leur chemin, les cadavres de leurs congénères. 11 s’agit là (*)
(*) SalomonSen. — Congrès international de Méc ecine. Section de Bactériologie. Paris, 1900^