HYPOTHÈSE DE NAEGELI
premier, a imaginé une hypothèse de l’organisalion basée sur une conception exclusivement physique de la vie. Ce savant fut frappé par certaines qualités du proto[)lasma et des éléments qu'il renferme, par exemple, la stratification et la polarisation des grains d’amidon, l’anisûtropie des membranes cellulaires, enfin la cohésion et l’imbibition de la matière organisée. Il ex[)liqua ces propriétés et, en particulier, la polarisation, en admettant que cette matière est constituée par des molécules, ou des agrégats moléculaires appelés micelles. Ces micelles sont imperméables pour les liquides, en même temps qu’ils exercent une certaine attraction sur ces liquides. Grâce à cette attraction, chaque micelle s’entoure d’une couche d'eau dont la masse est d’autant plus considérable, que le volume de ce micelle est plus petit. Lorsque, pour une cause ou une autre (évaporation, dessiccation, etc.), la quantité de liquide périmicellaire diminue, ces agrégats moléculaires se rapprochent les uns des autres et leur contact devient alors très intime. Naegeli attribue aux micelles une forme cristalline, polyédrique ; cette forme expliquerait l’anisotropie des grains d’amidon, étant donné que la cristallisation provoque habituellement une déviation de la lumière polarisée. De plus, la présence du liquide intermicellaire rend compte de la stratification. Ln dfet, les diverses couches des membranes
MICELLES
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cellulaires ou clés grains d’amidon, ne diffèrent nullement (mire elles par leur constitution chimi([ue, mais par leur teneur variable en eau. Suivant Naegeli, la croissance est due au fait que les micelles, se comportant à la façon des cristaux, augmentent de volume par simple apposition, cependant que d’autres micelles font leur apparition dans le liquide périmieellaire. En somme, toutes les propriétés fondamentales de la matière vivante, l’hérédité des caractères innés, l’adaptation, la variabilité, le développement, etc., peuvent être réduites, d’après ce savant, à des qualités inhérentes à la constitution physico-chimique de ces agrégats moléculaires, les micelles cVidio'plasma.
L’hypothèse des micelles ne saurait être acceptée. Tout d’abord, comme le remarque Wiesner (*), celle hypothèse tient compte d’un certain nombre de faits, tels que l’anisotropie, qui peuvent être expliqués sans que l’on soit forcé d’attribuer une forme cristalline aux éléments qui entrent dans la constitution de la matière vivante. En effet, Brewsler (^) et Ebner (^) ont constaté, sous le microscope polarlsaleur, que la pression peut rendre anisotropes des substances
(1) Wiesner. — Die Elenientarstructiir u. das Wachstumder leh. Substans. Wien. Hôlder, 1893.
(2) Brewster. — Pliilosopliical ïransact., 181G,
(2) Ebner. — [Jntersuch. übev die Ursache dev iinisolrop. org. Substans. Leipzig, 1882.
HYPOTHÈSE DE BhiiCKE
colloïdes essentiellement amorphes. Or, les constatations que l’on a faites dans ces derniers temps sur la pression osmotique inlracellullaire(PfelTer, de Vries, Strassburger, Van'l llolî, Hamburger, etc.) ont montré de la manière la plus évidente que cette pression atteint, à rintéricur du protoplasma, des valeurs parfois considérables. D’autre ])art, cette conception est, dans son ensemble, par trop physique. Elle rend évidemment compte de certains j)bénomènes moléculaires qui se passent dans la cellule, mais elle ne suffit pas à élucider les réactions d’ordre chimique qui sont à la base de fout acte vital. L’hypothèse de Naegeli, acceptée par Pfeiïer (*) et Sachs, n’a pour nous qu’une valeur historique ; elle marc[ue les premiers pas vers la notion de l’unité agissante de la matière vivante.
La théorie de Vorgmiisalioii de Ikiicke (-) se rapproche plus de la conception chimique des phénomènes vitaux, quoiqu’elle s’appuie également sur certains caractères morphologiques du protoplasma. Suivant Brücke, ce protoplasma n’est pas un liquide informe, ou une émulsion, ou une « simple solution d’albumine » (Wiesner), mais une masse organisée ayant une structure
(I) Pfeffer. — Pflanzenphysiologie. Leipzig, i88i, vol. I.
P) Brücke. — Silzungsb. der Kaiser! . Akad. der Wissensch. Wien., vol. 49< i86i.
HYPOTHÈSK DE BRÜCKE
spBciiile, capable d’explifiuer los dUîérGiices (jui existent entre la substance vivante et la matière morte. Ce savant s’exprime ainsi à ce sujet :
(( Nous sommes obligés d’attribuer à la cellule, en outre de la structure moléculaire des combinaisons organiques c|u elle renferme, une autre structure plus complexe, que nous appelons orga?iisation. Les molécules de ces combinaisons organiques servent tout simplement comme pièces de construction ; ces pièces ne sont pas arrangées d’une manière informe, mais sont disposées suivant une architecture spéciale » (^). Il n’est pas aisé de se rendre exactement compte du sens attribué par Brücke au terme « organisation ». On ne peut guère aflirmer si, suivant sa conception, structure veut dire un arrangement morphologique particulier de la matière, ou bien une constitution moléculaire déterminée, au sens chimique du mot.
Quoi qu’il en soit, la conception de Naegell et l’hypothèse de Brücke montrent suffisamment le besoin ressenti par les savants de placer la vie dans un élément plus petit que la cellule. On trouve la même notion dans les Principe!^ de biologie de Spenzer (^), où ce philosophe parle de Vunilé physiologique, ainsi que dans les
(t) Cité d’après Wiesner.
(2) II. SpiîNZKR. — l^riucipss de liiologic, Paris, Alcan, 1893.