M KT M ODES II MOYEN
tension de L'idée déjà mise en pratique dans La réorganisation du 18 décembre 1908 ; au cercle militaire du Haut-Sassandra et l»a\ v gouro, créé à cette époque venait s'adjoindre, pour former une région militaire, le cercle militaire du Haut-Cavally, erré eu février 1!M0.
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l'iL'. .*>. — Carte administrative <!<■ la Côte d'Ivoire au 31 décembre liMO.
III. — Par arrêté du 30 décembre 1910, Le pays Dida, du cercle de Lahou, égalemenl à mettre en mains, était constitué en secteur militaire. Ce secteur était placé sous La direction du capitaine commandant La deuxième brigade ; cet officier réunissait entre ses mains les pouvoirs militaires et politiques et dépendait directement du Lieutenant-Gouverneur avec Lequel il correspondait smis le couvert de L'Administrateur du cercle,
Puis au cours de Tannée 1911, des arrêtés des 23 janvier et 21 avril fixèrent l'organisation provisoire des Cercles du Haut- Gavally et du llaut-Sassandra de la région militaire de F Ouest (1).
Enfin, les progrès croissants de la pacification, la connaissance chaque jour plus complète que nous avions du pays, des événements, provoquèrent fréquemment des mesures d'ordre diverses mais qui toutes tendaient aux mêmes fins et procédaient des mêmes directives : supprimer les petits postes trop rapprochés, et à un agent, afînde constituer des districts plus importants et pourvus de deux agents ; création de postes dans les régions de soumission récente ou de pénétration nouvelle, suppression de ceux que le bon esprit des habitants rendait inutiles, etc. (2).
(1) Chacun de ces cercles placé, sous la haule direction du commandant de la région, avait à sa tète un chef de bataillon et était divisé en secteurs et sous-secteurs placés sous le commandement d'officiers commandant les troupes occupant ces circonscriptions.
Le cercle du Haut-Cavally comprenait :
1° Le secteur Dan Ouobé, chef-lieu Man, avec trois postes, chefslieux de sous-secteurs : Man, un poste à créer sur la lisière des pays Toura et Ouobé, un poste à créera 40 kilomètres au nord-ouest de Man.
2° Le secteur Dan-Guéré, avec chef-lieu à créer à la limite du canton Yaro, et trois postes chefs-lieux de sous-secteurs à créer l'un à la limite sud du canton Yaro, l'autre aux environs de Guéoupolé et le troisième à Danané.
3° Le secteur du Zô, avec chef-lieu à créer sur la roule allant du poste de Yaro àSoubré, chef-lieu du cercle Bas-Sassandra.
Le cercle du Haut-Sassandra comprenait cinq secteurs :
1° Secteur de la Lobo, chef-lieu Daloa, postes chefs-lieux de sous-secteurs : Daloa, Issia, Vavoua.
2° Secteur de Zuénoula, chef-lieu Zuénoula, avec deux sous-secleurs.
3" Secteur de Bouallé, chef-lieu Bouallé, avec deux sous-secteurs à déterminer par le commandant de cercle, et qui auraient pour chefs-lieux Bouallé et un poste à créer sur la route Bouallé-Zuénoula.
4° Secteur de Sinfra, avec chef-lieu Sinfra, avec chefs-lieux de soussecteurs Sinfra et un poste à créer dans la région Shien.
o° Secteur d'Oumé, chef-lieu Oumé.
L'organisation de ces deux cercles ne devait être établie que progressivement, au fur et à mesure de la pénétration des tribus à soumettre.
(2) Par arrêté du 4 mars, afin d'éviter la dissémination des efforts et de
(.li Ml I HODl S El MOT1 NS
J'ajoute que dans le courant de mars 191 1, j'avais chargé un lieutenant d'Infanterie Coloniale hors cadres, a la tète d'un détachement de gardes de cercle; d'une mission spéciale sur les confins ouesl <lu cercle du Bas-Cavally, en vue d'assurer, la protection de la frontière franco-libérienne et le règlement des
constituer des districts importants, pourvus chacun de deux agents et permettant d'obtenir une plus grande unité d'action, les postes de Kodiokofli, M Bahiakro et Sakasso (Baouié nord) étaient supprimés ; les territoires dépendant de ces postes étaient rattachés, le premier au poste de Tiébissou, le deuxième au poste de Bouaké, le troisième au poste de Béoumi. In poste était créé, après la soumission des Agbas, à Bocanda dans le N'Zi-Gomoé (arrêté du 30 septembre) ; ce poste permettait la surveillance du pays Agba trop éloigné d'Ouellé ancien poste de Duokrou dont l'appellation avait été changée en celle de Quelle) cl que les fonctionnaires de Dimbokro ne pouvaient suffisamment surveiller par suite de l'importance croissante des affaires urbaines de ce centre ; un posle militaire élait créé le 17 mai à Logoualé (cercle du Haul-Cavally).
En 1912 — le 30 avril — les progrès accomplis dans la région militaire permettaient une réorganisation plus rationnelle du cercle du llaut-Cavally, il comprenait désormais : 1° le secteur Dan-Ouobé, auquel étaient rattachées des fractions d'origine Ouobé primitivement placées dans le secteur Dah-Guéré, son chef lieu restait Man, avec sous-secteurs à Man, Sémien et Kouibly (posle provisoire créé par arrêté du 6 mai). 2° Le secteur Dan- Guéré, auquel étaient rattachés des cantons de l'ancien secteur du Zô sur lesquels aucune action administrative n'avait jamais été exercée ; le cheflieu étail Logoualé avec deux sous-secleurs ; celui du ko, centre Logoualé, avec posle provisoire à Beouré, el celui du Nuon avec centre à Danané. .> Lé secteur du Zô, chef-lieu Duékoué, et deux sous-secleurs : Zanié- Braou à l'est, centre provisoire, Duékoué el Zaguié-Braou à l'ouest.
La tribu des Nanafoùés, de la circonscription de Toumodi (Baoulé-Sud) qui. en fait, dépendait politiquement du posle de YamoussoukrOu, était rattachée officiellement à ce dernier poste (17 mai) ; lundis que par arrêté du 2S mai, en raison de l'amélioration des esprits chez les N'Gbans, depuis la colonne (h; 1910 el leur soumission, la circonscription administrative de Ûùossou (Baoufé-Sud) était supprimée el les groupements indigènes qui l'habitaient rattachés aux districts de Toumodi el de Tiassalé.
Le 18 juillel 1912, un poste administratif était créé dans la haute région «In cercle du Bas-Sassandra, an confluenl du Zô et du Sassandra, à Buyo. Le 'i novembre le canton Kouzié du cercle du llaul-Sassandra, dont les opérations militaires avaient amené la pacification, était rattaché au territoire dé ce cercle qui acquérait ainsi une existence économique H politique suffisante.
affaires politiques s'y rattachant. Mais, eu raison des difficultés que présentaient l'Administration même de ce détachement, je lui donnai, le 17 juillet 1912, à titre provisoire, jusqu'à ce que la pénétration du Haut-Cavally fut achevée et la jonction faite entre les régions de Logoualé, Duékoué et la mer, une constitution autonome. Il prit le nom de « Détachement mobile de la frontière . libérienne » et opéra principalement dans la région de Taï-Sakré-Patokla. Il fut ultérieurement rattaché à la Région militaire.
Mais les progrès de la pacification ne 'tardèrent pas à exigée d'autres remaniements.
L'acte le plus important de 1912 fut signé par le Gouverneur Général, en conseil de Gouvernement, le 2o novembre : les circonscriptions de Zuénoula, Bouaflé, Sinfra et Oumé, du cercle du Haut-Sassandra, étaient détachées de la région militaire de l'ouest et réunies en un cercle qui prenait le nom de « cercle des Gouros » dont le chef-lieu était provisoirement à Bouaflé ; le secteur militaire Dida était supprimé et la région dida était rattachée au cercle de Laliou ; enfin la région de Patokla était rattachée à la région militaire de l'ouest.
C'était la première étape accomplie dans la pacification des cercles, à occuper militairement et à conquérir, et qu'on avait réunis en une région militaire. La concentration, entre les mêmes mains, de tous les pouvoirs civils et militaires, avait permis de faire bénéficier cette œuvre d'une unité d'action et de méthode qui donnait la preuve de sa valeur en permettant, une année après la constitution de cette région, de remettre à l'Administration civile le pays gouro.
En outre le pays dida, désarmé et dans l'ensemble soumis, pouvait être rattaché au cercle de Lahou et administré à peu près normalement.
Il était par contre nécessaire de rattacher à la région militaire la partie nord du cercle du Bas-Cavally, au-dessus de Grabo, où l'exercice de notre autorité était rendu difficile par le
96 Ml rHODES l l MOYENS
voisinage de turbulentes tribus relevant théoriquement du Gouvernement libérien. Cette région était placée sous l'autorité du Commandant Militaire, en attendant qu'elle iit d'elle-même partie de la région militaire lorsque la jonction avec la mer serait un fait accompli.
L'organisation administrative de la Colonie avait franchi une nom elle étape.
La remise à l'Administration civile du cercle des Goûros permettait une nouvelle répartition des troupes : un bataillon était affecté à chacun des cercles de la région militaire qui recevaient une nouvelle organisation administrative (1).
Cette réorganisation avait encore pour conséquence la création et la suppression d'un certain nombre de postes (2).
(I) Le cercle du Haut-Sassandra avait pour chef-lieu Daloa el était émisé en quatre secteurs comprenant eux-mêmes un certain nombre de sous-secteurs :
1° Secteur des Shiens, chef-lieu Gagnoa;
2<> Secteur de Vavoua, chef-lieu Vavoua, avec chefs-lieu.v de sous-secteurs ;i Vavoua ei un poste à installer dans la région M'Néso ou Jouissio ;
3° Secteur de Daloa, chef-lieu Daloa, sous-secteurs : deux postes à créer en tribus encore inconnues à l'ouest de la Lobo;
4° Secteur d'Issia ou du (loré, chef-lieu lssia : sous-secteurs, un poste en tribu Yokolo, un poste en tribu encore inconnue des Loboués.
Le cercle militaire du llaul-Cavally, par décision du 27 mai, était remanié h égalemenl divisé eu quatre secteurs :
1" Secteur Dan-i Minbé :
2° Secteur Dan-Guéré comprenant le sous-secteur du Ko, plus le bassin du Sio, chef-lieu du secteur Logoualé ;
3° Secteur du Gavally, comprenant l'ancien sous-secteur Oua auquel devaient être attachés au lui' el ;i mesure de la pénétration les cantons limitrophes du Cayallj sur les deux rives jusqu'il hauteur du canton de Toulepleu :
I Secteur du Zô.
(') Par arrêtés des 1 1 janvier el M septembre, des postes militaires provisoires étaient créés ,i Ouiglo (Haut-Gavallj i, Taï, Palokla, Sakré (secleurTaï Palokla , Gragnoa, Gruopa, Boudouhoa et Borabo (Haut-Sassaudra). Par contre, le poste de Tikékro (cercle des ttouros) était supprimé,
$2. — Période des préoccupations économiques.
Réorganisation d'ensemble de décembre 1913 ; les considérations économiques apparaissent ; Les cercles du centre doivent se trouver achevai sur la voie ferrée. — Les intérêts économiques deviennent prépondérants car la pacification est achevée : nouvelles réorganisations décoiw lantdu tracé des voies ferrées. — Considérations générales.
Avec l'aimée 1913, nous allons entrer dans la voie des réorganisations administratives, qui ne seront pas seulement dictées parles nécessités ou les progrès delà pacification, mais aussi par des raisons ethniques et surtout économiques.
C'est sur ces principes que reposait la réorganisation administrative adoptée au conseil de Gouvernement de 1913.
La pacification définitive de la région Man-Semien du cercle du Haut-Ca.vally permettait le rattachement de cette contrée au district de Touba pour former le cercle de Touba chef-lieu Man. Les Diolas et Diomandés de même organisation sociale se trouvaient groupés.
La circonscription d'Odienné enlevée au cercle de Touba formait avec le district de Boundiali le cercle d'Odienné chef-lieu Odienné.
Le railway projeté devant traverser sur leurs confins les cercles de Kong et de Korhogo, il en résulterait une dualité de direction dans le drainage des marchandises vers la voie ferrée (jui porterait préjudice au trafic du chemin de fer. Aussi la contrée formée par ces deux circonscriptions fut-elle partagée non plus par une ligne nord-sud mais par une ligne est-ouest : les cercles seraient traversés par le rail dans leur plus grande largeur. Les chefs-lieux situés sur cette voie ferrée constitueraient ainsi des centres d'attraction pour les marchandises destinées à alimenter le trafic du chemin de fer (1).
par suite de l'amélioration de l'état d'esprit des Yaourés, depuis la colonne de janvier 1911, tandis que les postes de Lakota et de Zikisso (secteur Dida) étaient supprimés en tant que postes militaires, mais restaient postes administratifs civils.
(1) L'arrivée d'une quatrième compagnie de tirailleurs dans le cercle du
Haul-Gavally, disais-je, dans mon rapport en Conseil de Gouvernement session de 1913) compagnie devenue disponible à La suite du passage du cercle des Gouros à l'Administration civile : les mesures prises pour le désarmement complet; le groupement en villages, dans la plaine, des habitants vivant sur des hauteurs difficilement accessibles, à la suite d'instructions très fermes données au commandant de la région militaire, ont permis de mettre en mains la légion comprise entre le Zo, le Sassandra et le Bafing où sont situés les postes de Man et de Se mien. Celte contrée peut donc être remise à l'Administration civile à partir du 1er janvier 1914, et par suite le projet d'organisation de la Colonie, par la réorganisation des cercles du nord, être repris.
La légion Man-Sémien, pacifiée, est rattachée au district actuel deTouba pour former le cercle de Touba, avec Man pour chef-lieu.
Ce cercle, ainsi réorganisé, offre l'avantage de grouper des populations de même organisation sociale, Diolas et Diomandés de la région deTouba — que l'état d'anarchie dans lequel vivaient les populations de la région de Man-Danané n'avait pas permis de réaliser jusqu'ici de façon durable.
Nous plaçons ainsi, sous l'autorité civile, les cantons Dans et Touras du nord et du nord-est de Man et une partie des cantons Ouobés. Mais je laisserai à Man une force suffisante et confierai le cercle de Touba à des fonctionnaires expérimentés, à la fois prudents et énergiques, capables par leur autorité de continuer l'œuvre commencée par l'Administration militaire, et de parfaire les résultats acquis, afin de ne pas laisser naître dans l'esprit des indigènes l'impression d'un relâchement ou d'un changement de régime.
Le cercle de Touba ainsi organisé, la circonscription d'Odienné qui lui est enlevée formera avec la circonscription de Boundiali — moins le canton du (Ibalo sud rattaché au cercle de l'Ouorodougou — le cercle d'Odienné, chef-lieu Odienné.
Ces modifications entrainentla réorganisation des cercles de Kong et de Korhogo, réorganisation également nécessitée parle passage du rail dans ces régions. En effet, le chemin de fer, lel qu'il est projeté, passerait sur les confins des cercles de Kong et de Korhogo, s'ils étaient maintenus dans lettré lat actuel, lien résulterait une dualité de direction dans le drainage des marchandises vers la voie ferrée, dualité qui pourrait parfois «■lie préjudiciable au développement économique du railway.
Deux >•►! niions se présentaient pour remédier à cet état de choses: ou réunir sous une seule direction le cercle de Kong et celui de Korhogo, (riminné de la circonscription de Boundiali — c'est la première solution que j'avais envisagée en novembre \\)\2 — ou remanier les cercles de Kong ei de Korhogo pour en faire deux divisions administratives, dont les limites entre «'Iles ne seraient plus orientées nord-sud, mais est-ouest.
< »n -ait ainsi deux cercles que le railwaj traverserait dans toute leur
largeur. C'esl à celte deuxième solution, qu'après les constatations faites au
ORGANISATION AbMWISTHATlVfi 99
cours de ma tournée de janvier et lévrier 1913 dans le nord de la Colonie, je me suis arrêté.
La fusion, en un seul cercle des territoires de Kong- el de Korogho, aurait eu en effet pour principal inconvénient de former une circonscription trop considérable. l'Administration en eut été difficile et son développement économique en aurait souflert. La formation de deux cercles, au contraire, divise cette région en deux parties d'une étendue qui peut être facilement administrée ; en outre, celte contrée n'étant plus divisée par une ligne nord-sud, mais est-ouest, le chemin de fer, dont 1 orientation générale est nord-sud, traversera cliacun de ces cercles dans sa plus grande largeur. Les chefs-lieux seront situés sur cette voie ferrée et constitueront ainsi des centres d'attraction pour 'es marchandises destinées à alimenter le trafic du chemin de fer.
Enfin ces circonscriptions correspondent exactement à des groupements ethniques, lune englobant les populations purement Sénoufos, l'autre des tribus de races Sénoufos mélangées de Baoulés tels que Djiminis, Diamalas elTagouanas.
Le premier de ces cercles, constitué par une partie du cercle de Kong actuel, prendra le nom de « cercle des Tagouanas », aura pour chef-lieu Kanangono situé sur la voie ferrée avec un poste à Dabakala. Le second, composé du nord du cercle de Kong el de la circonscription de Korhogo — moins le canton de Boron l'attaché au cercle de l'Ouorodougou — conservant l'appellation du cercle de Kong, aura pour chef-lieu Tafiré, situé sur la voie ferrée, avec postes à Kong el Korhogo.
Une distance moyenne de 100 kilomètres séparera les trois centres de Bouaké, Kanangono cl Tafiré. Celle dislance est suffisante pour ne pas gêner le développement de chacun de ces points ; Kanangono n'ayant toutefois au début que l'importance d'un centre secondaire, les populations du nouveau cercle des Tagouanas ayant leur zone d'atlraction économique vers Bouaké. Tafiré par conlre, grande gare bien outillée, centre d'ail raclion économique des habitants du nouveau cercle de Kong, sera appelé à devenir dans quelques années comme Abidjan, Dimbokro et Bouaké, un centre commercial important vers lequel convergera tout un réseau de roules qui relieront au rail les centres et les régions de production de la Haute-Côte et du Soudan.
Cette réorganisation permettra enfin le rattachement, au cercle de l'Ouorodougou, du canton de Boron détaché du district de Korhogo el habité par des Mandés Malinkés se rattachant aux populations du district de Mankono, et du Gbalo-Sud, du dislricl de Boundiali, occupé par des Dioulas relevant normalement de l'Ouorodougou.
Bien entendu, le transfert des chefs-lieux de cercles, de Dabakala à Kanangono, et de Korhogo à Tafiré, n'aura lieu qu'au moment de l'arrivée du rail en ces points.
L'organisation administrative de la colonie va franchir une nouvelle
L'arrêté du II novembre 1913 fixait la nouvelle organisation administrative de la Côte d'Ivoire il).
étape; el le seul changement, purement de forme, que nous aurons ensuite à enregistrer, consistera dans la remise à l'Administration civile, après le Ier juillet 1914, du cercle du lluul-Sassandra. dans lequel quatre compagnies onl entamé depuis le mois d'avril 1913, l'action pacificatrice, qui sera certainement terminée avant longtemps.
La Côte d'Ivoire va comprendre désormais, après le Ier juillet 1914, 18 cercles — dont 17 civils et un (celui du ïlaut-Sassandra), provisoire- 111* Mil militaire, mais qui passera à l'Administration civile après le 1 cr juillet 191 i — el un secteur militaire pour la protection de notre frontière contre 1rs peuplades ressortissant théoriquement de l'autorité du gouvernement libérien, mais vivant en fait dans une anarchie absolue el dont les incursions sui- noir ' territoire nécessitent la présence de troupes bien encadrées.
(1 i Arrêté du 11 novembre 1913.
Article VIII. — Kn conséquence, après le 1er janvier 1914, l'organisation administrative définitive de la Cote d'Ivoire sera la suivante : 18 cercles civils el un secteur militaire dit de protection de la frontière libérienne :
Article IX. — Les cercles civils sont :
Cercles
Chris-Lieux
Postes secondaires
Assinic.
Aboisso.
Assinie.
Bassain.
Bassam.
Lagunes.
Abidjan.
Abidjan-ville, Dabou, Alépé, Agbovil'le, Adzopé, Bingerville (poste urbain), Jacqueville poste auxiliaire.
Lai
Grand Lahou
Fresco, Divo, Lakota, Zikisso.
Bas-Sassandra,
Soubi'é.
Sassandra, Buyo.
Bas Cavally.
Tabou.
San-Pedro, Grabo, Béréby posle auxiliaire.
Indénié.
Zaranou
Assikasso.
Bondoukou.
Bondoukou.
Bouna.
v/i-< lomoé.
Dimbokro.
Bongouanou, Bocanda, ' lueilé cl un poste ;'i créer.
i l!;i.Hi|, Nord.
Bouaké.
Hébissou, Bcoumi, M'Bahiakro, Bouaké-ville.
OnfiANISATloN A1»MIMSTUATIVK
lot
Cet acte eut pour conséquence un arrêté du 26 janvier 1914 fixant les limites des nouvelles circonscriptions et une nouvelle organisation du cercle militaire du Haut-Cavally, diminué de la région Man Sémien (1) et divers arrêtés portant suppression e| création de postes (2).
Cercles
Chefs-Lieux
Postes secondaires
Baoulé-Sud.
Tonmodi.
Yamoussourou, Tiassalé.
Gouros.
Bouaflé.
Oumé, Sinl'ra, Zuénoula.
Ouorodougou.
Seguéla.
Mankono.
Haut-Sassandra.
Daloa.
Issia, Vavoua, Gagnoa.
Touba.
Man.
ïon!)a.
Od ion né.
Odienné.
Boundiali.
ïagouanas.
Kanangono (1).
Dabakala.
Kong.
Tafiré (2).
Kong, Koi'hogo.
(1) Provisoirement poste secondaire jusqu' tant jusqu'à cette date chef-lieu du cercle pi
(2) Provisoirement poste secondaire jiisqu'î tant jusqu'à cette date chef-lieu du cercle pu
à l'arrivée du rail en ce point ; Dabakalî lis devenant poste secondaire.
l'arrivée du rail en ce point ; Korhog< s devenant poste secondaire.
i res-
res-
Le Cercle du Haut-Sassandra n'étant toutefois passé à l'Administration civile qu'après l'achèvement de sa pacification à une date que fixera le Lieutenant-Gouverneur, après le tf,r juillet 1914.
Article X. — Le secteur militaire sera constitué approximativement par les régions placées entre le Gavally à l'ouest, le Sassandra à Test, tes 7° 5°o de latitude au nord et au sud. Des postes militaires y seront créés conformément aux prescriptions de la circulaire n° 28 CM. du 24 octobre 1 91 1 sur le classement, la création et la suppression des postes militaires en Afrique occidentale française.
(1) Ce cercle comprend quatre secteurs :
i° Secteur Dan-Guéré, chef-lieu Logoualé, avec deux sous-secteurs ;
2° Secteur du Haut-Cavally, chef-lieu Danané, avec deux ou trois soussecteurs :
3° Secteur Ouobé-Guéré, chef-lieu Duékoué ;
4° Secteur du moyen Gavally, chef-lieu Guiglo, avec deux ou trois soussecteurs.
(2) Etaient créés les postes de Guésabo (Haut-Sassandra) 6 janvier.
La déclaration de guerre et La mobilisation qui sen suivit enleva à la Côte d'Ivoire six compagnies sur onze et une bonne partie de ses fonctionnaires, et le cercle du Haut-Sassandra, qui ne lut plus occupé que par deux compagnies, pût être
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Fig. il. — Carte administrai ive de la Côte d'Ivoire au II novembre 1943.
remis progressivement à L'Administration civile dans Le courant • lu premier trimestre de 1916.
Par suite des nécessités de la mobilisation, un détacbcmcnl de gardes-cercles, sous les ordres d'un agent des affaires iudi-
Sayéoua (liaul-Sassandra), Danipleu, Toulepleu cl Dieya (Haut-Gavally), 17 juillet.
L<' poste (l<i Man étail supprimé l<' I" avril comme peste militaire, main reslail poste administratif civil.
gènes du cercle de Touba, avait remplacé à Kouibly (Haut- Gavally) le détachement de tirailleurs qui tenait cette région. La situation politique de ce secteur étant satisfaisante, un arrêté du Gouverneur Général en date du 10 août 1915 a consacré l'état de choses existant en rattachant au cercle de Touba le district de Kouibly.
Enfin, par arrêté du 12 mai 1915, le chef-lieu du cercle du Bas-Sassandra qui, logiquement, devait se trouver à Sassandra, port important de la Colonie, et qui avait été placé à Soubré pour permettre une plus active surveillance de tribus nouvellement mises en main, a été transféré à Sassandra, les tribus des environs de Soubré — devenu simple poste administratif — étant dans une situation politique excellente.
Cette organisation n'était pas définitive.
Les cercles ayant le privilège d'être traversés par la voie ferrée (complètement achevée jusqu'à Bouaké sur 316 kil.), qui rend moins onéreux les transports, économise la main-d'œuvre, facilite, accélère et active les transactions, devaient être organisés de façon à utiliser au mieux cet instrument économique en dirigeant vers ses stations, par un réseau de routes appropriées, la production des territoires qui l'avoisinent.
Or, l'organisation administrative des circonscriptions des abords du chemin de fer ne répondait pas exactement au but à atteindre et des modifications y ont été apportées par un arrêté du Gouverneur Général en date du 10 août 1915.
C'est ainsi que le cercle des Lagunes a été réduit des subdivisions d'Agbo ville et d'Adzopé, en raison des charges excessives qu'assumait le Commandant de cercle.
Les cercles de YAgnéby a été créé, avec chef -lieu à Agl><>ville et postes à Adzopé et Tiassalé.
Le cercle du N'Zi-Comoé comprend, avec son chef-lieu à Dimbokro, les postes de Bongouanou, de Bocanda, Ouellé, de Toumodi et Yamoussoukro. Ces deux derniers pourraient plus tard être remplacés par un poste unique à Akouessekro, station
Ml I RODES ET MOYENS
prévue de l'embranchement Dimbokro-Daloa do La voie ferrée en construction.
Le cercle du Baoulé garde ses postes actuels de Bouaké, Béoumi, Tiébissou et M'Bahiakro.
Otte nouvelle délimitation présente les avantages suivants:
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Kig. 7. — Carte administrative «le la Côte «l'Ivoire au 10 août 1915.
La plupart des cercles se trouvent, ainsi que Le montre la carie schématique ci-dessus, à cheval sur la voie ferrée ; leurs chefs-lieux sont ou seront à 100 kilomètres en moyenne les uns des aulres (Abidjan, tête <le Ligne, Agboville kilomètre 82, Dimbokro kilomètre 182, Bouaké kilomètre 31 6, Kanan-
gono kilomètre 100, Tafiré kilomètre 180 ; et vers l'ouest, à par
tir de Dimbokro tête d'embranchement, Gouras kilomètre I0o, Daloa kilomètre 200). Les postes administratifs secondaires sont
Ions situés, a l'est et l'ouest sur la. grande Ligne, au nord et au sud sur l'embranchement de l'ouest, à 50 kilomètres environ de
ORGANISATION ADMLNISTBATIVE 105
chaque grande gare, dont le développement commercial sérail ainsi assuré, grâce aux routes convergeant vers elles; plus tard même des voies ferrées de 0,(30 de largeur partiront probablement de chacune de ces contrées, apportant toujours plus loin le rayonnement de la vie économique.
Conclusions . — Avant de terminer ce chapitre, il me paraît expédient de dégager les idées directrices des diverses organisations administratives qu'a reçues la Colonie.
Antérieurement à mon arrivée, les organisations semblent avoir été presque toujours inspirées par des considérations ethniques et de pure politique indigène.
De 1908 à fin 1912, les réorganisations ont été exclusivement dictées par les nécessités de la pacification : les territoires d'Administration normale sont nettement séparés de ceux où il reste encore des éléments réfractaires ; les territoires impénétrés et à conquérir sont isolés pour former des cercles militaires, d'où sont détachées progressivement les tranches pacifiées, jusqu'à ce que la région militaire ne comprenne plus que la région frontière avec le Libéria.
A partir de 1913 apparaissent, pour devenir prépondérantes lors de la dernière réorganisation, les considérations économiques. Elles seules entreront, désormais, en ligne de compte.
Processus normal de L'organisation d'une Colonie qui, en quelques années, a dû subir, sur une grande partie de son territoire, une quasi-conquête, et qui a bénéficié en même temps d'une mise en valeur rapide par le développement de son outillage économique et notamment de ses voies ferrées. Mais grâce à la souplesse de la réglementation (arrêtés du Gouverneur Général pour les organisations d'ensemble, arrêtés locaux pour les délimitations et les créations ou suppressions de postes), l'organisation administrative a pu se modifier, progresser en même temps que la situation politique et le développement économique, les suivre étroitement dans leur évolution, ainsi que le recommandait expressément en 1898, dans ses instructions, le Général Galliéni.
§ 1. — Augmentation des effectifs.
Siltialion en fin 1008 : les effectifs sonl manifestement insuffisants ; on projette de les réduire ; mes protestations, mes avertissements répétés ; iivis au commerce ; efforts du Gouvernement Général. — Soulèvement des Abbeys : augmentation des effectifs, création du 3e sénégalais. — Progrés de la pacification : proposition de réduction des effectifs ; organisation des troupes noires. — Effectifs qu'a exigés, en définitive, la pacification. — Inutilité d'effectifs plus considérables, mais utilité qu'aurait présenté leur mise à ma disposition dès 1908.
« Le meilleur moyen pour arriver à
la pacification est (remployer l'action
combinée de la politique et de la force ».
Général Galliéni {Instructions
du 22 mai 1898).
La nécessité, que j'ai démontrée dans le Chapitre II du Titre I, de substituer à l'erreur de la « conquête pacifique » une méthode nouvelle, qui comportait l'emploi continu delà forée, exigeai! un renforcement <les moyens d'action mis à ma disposition.
Quels étaient-ils, quelque temps après mon arrivée, en fin 1 908 ?
Je mettrai tout <le suite de coté la garde de police, dont la valeur militaire, la cohésion, le degré d'entraînement étaient insuffisants et le resteront pour ainsi dire toujours, dans une certaine mesure, à cause du morcellement dos effectifs, qui
suppose à une préparation continue et de l'absence de cadres européens. Cette force a, au surplus, un rôle presque exclusivement administratif et de conservation.
La Colonie avait alors à sa charge deux brigades indigènes, c'est-à-dire deux compagnies de tirailleurs, à cadres réduits, et payées sur le budget local.
La première était tout entière concentrée à Toumodi et devait rester essentiellement mobile et disponible. Elle répondait, à elle seule, de Tordre dans le centre, Lest et le sud de la moitié orientale de la Colonie. Jecomptais alors la mettre en mouvement presque toute l'année et lui faire visiter régulièrement les régions suspectes de cette partie du territoire dont je parlais plus haut. Il n'était pas possible, sauf le cas d'extrême urgence, de songer à lui demander autre chose.
La 2e brigade occupait le cercle de Touba, mais suffisait tout juste pour le tenir. On ne pouvait oublier que, peu de temps avant, faute d'effectifs assez importants, M. le capitaine Laurent avait dû limiter les reconnaissances à la suite de l'attaque de Man et laisser naître, peut-être, dans l'esprit des Diolas rebelles, une impression fâcheuse pour notre prestige.
Quant aux quatre compagnies, elles occupaient le nouveau cercle, qui venait d'être créé, du Iiaut-Sassandra et pays Gouro. Chacune comptait théoriquement 130 hommes, sur lesquels une trentaine étaient indisponibles, presque en permanence, pour raison de santé et pour les besoins du service intérieur des postes, ainsi que de la section hors rang. C'est donc à 400 hommes, auxquels la maladie et les rapatriements réguliers avaient laissé seulement, pour cadres, 9 sous-officiers sur 2i, que revenait le difficile honneur d'en finir avec les dangers qu'offrait la situation politique de cette région immense, couverte de forêts quasi-impénétrables.
Je ferai cette remarque, en passant, que la colonne Metz (novembre 1907 à février 1908) avait compté un peu moins de 000 hommes et que son œuvre était à reprendre presque entièrement.
L'effectif de troupes régulières dont disposait la Côte d'Ivoire était donc manifestement insuffisant.
| lis >ll rHODJ S l I MOYENS
Or, à cette même époque (fin 1908), j'étais informé par le Gouverneur Général « qu'il entrait dans les vues du Gouvernement de l,i métropole de procéder, le pins tôt possible, à la réduction el même à la suppression des effectifs militaires actuellement stationnés à la Côte d'Ivoire »!
lue pareille décision n'a rien qui doive étonner après ee que j'ai dit. dans un précédent chapitre, de l'ignorance dans Laquelle on était en France, même dans les milieux officiels, de la véritable situation de la Côte d'Ivoire, et des illusions dangereuses qu'avait l'ait naître un peu partout l'erreur de la « complète pacifique ».
J'insistai, énergiquement, pour le maintien des maigres effectifs d<mt je disposais. « Je ne saurais, écrivais-je le 31 décembre 1 *M)S. cacher mon inquiétude... Réduire les troupes, c'est noirs mettre en difficile posture an point de vue politique c'est ralentir les progrès administratifs et économiques, c'est maintenir l'instabilité et nous exposer à des incidents dont il n'est jamais possible de calculer le retentissement ».
Et comme le Département suggérait de remplacer le bataillon par deux nouvelles brigades indigènes, j'ajoutais : « Gomment le budget local pourrait-il supporter, dès 1910, le fardeau nouveau que lui procurerail cette création (320.000 francs) alors qu'il doit déjà faire face an développement normal des services et à la diminution progressive de la subvention du Gouvernement Généra] » ?
Le Département se laissa en partie toucher par les raisons invoquées. Le budget colonial de 1909 fût établi en admettant que le bataillon de la Côte d'Ivoire était supprimé et ([lie la Colonie n'avait pins, comme garnison, que des- brigades de -.iide indigène ; les quatre compagnies qui le composaient devaient donc cesser d'être groupées en un bataillon formant corps, pour former un bataillon prélevé sur le I" et le 2e Sénégalais, en garnison an Sénégal.
Il en résultait la suppression des emplois de lieutenant-colonel, de capitaine-major, de lieutenant-comptable et de la secii"ii bora rang du bataillon de l,i Côte -d'Ivoire avant le 1,r mars
EFFECTIFS MILITAIRES t09
Cette solution provisoire ne pouvait pas me satisfaire, et j'insistai à nouveau, dès le 14 février 1909, non point pour sauvegarder ma responsabilité — c'est une. pensée à laquelle je n'ai jamais obéi — mais pour mettre en garde l'Administration supérieure contre un optimisme injustifié et des réductions dangereuses.
« La situation politique de la Cote d'Ivoire, éciïvais-je, laisse beaucoup à désirer. C'est un devoir pour moi d'insister sur ce point. A vrai dire, au fur et à mesure que je m'efforce, par des moyens politiques et économiques, de faire progresser la pénétration du pays, je m'aperçois que celle-ci est, en réalité, une conquête partielle à opérer. J'ajoute qu'il ne peut s'agir là d'une conquête purement pacifique, car, devant tout administrateur qui se présente dans une région mal connue, se dressent des indigènes en armes, prêts à tous les excès de la force. El, trop souvent, j'ai à redouter, sinon à déplorer des incidents qu'il ne lient pas aux habitants des pays en cause de ne pas rendre chaque fois meurtriers pour nous. J'aurai prochainement à vous rendre compte de la marche de notre « quasi-conquête » — je maintiens ce mot — jusque dans le cercle des Lagunes et vous pourrez, apprécier les difficultés que nous rencontrons, comme vous aurez le loisir de juger, à la lecture de ce courrier, de la situation de la région de Man.
« Je sais bien qu'il est nécessaire de réaliser des économies et, pour ma part, je suis tout disposé à les favoriser au profit du budget colonial aussi bien que du budget général. Mais je craindrais, si je ne faisais connaître toute la vérité, de sacrifier à ce désir, sans tenir compte de ce que les économies actuelles auront, par la suite de grandes chances d'être considérées comme les regrettables conséquences d'une hâte excessive. Et je manquerais ainsi à mes obligations.
« Sans doute, la Cote d'Ivoire n'occupe pas, dans les préoccupations de l'autorité supérieure, le premier rang parmi les colonies du groupe. Surtout, elle n'est pas, tant s'en faut, celle qui donne le plus d'inquiétudes, car les incidents susceptibles de s'y dérouler ne paraissent pas devoir mettre en péril notre autorité ou émouvoir beaucoup l'opinion.
Mais, je ferai remarquer que ses richesses en feront, dans un prochain avenir, un pays d'élection pour le commerce et la colonisation, que des intérêts déplus en plus nombreux et puissants s'y font jour, que la Métropole économique lui accorde sans cesse plus d'attention. Or, les initiatives s'y trouvent non seulement presque limitées à la bande littorale, mais incapables de s'exercer. Si elles ne sont pas menacées, c'est qu'elles n'osent pas aller de l'avant comme il serait souhaitable.
« Je dois le dire sans délour : il y a, dans l'état politique déclaré de celle colonie plus d'apparence que de réalité et nous sommes, jusqu'auprès de
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Bingerville, là où la colonisation est le plus intense, a la merci d'un geste malheureu
Kt le 19 juin <lo la même aimée, j'insistai à nouveau pour qu'on vqulùtbien tenir au complet les compagnies réduites de 130 boni mes à 100 hommes par les incomplets prescrits, le prélèvement de la sectiou hors rang et de la portion centrale, les maladies. Privées en outre d'une partie de leurs cadres européens, ces unités -squelettes occupaient Les postes sans pouvoir agir ni même se garder par le mouvement.
Il serait certainement difficile, maintenant, de soutenir, comme l'ont prétendu, en 1910 au moment de la révolte des A.bbcys, des publicistes mal informés et des personnalités ofticielles, que je n'avais pas prévenu l'autorité supérieure...
J'ai gardé, à l'époque, devant les attaques injustes dont j'étais l'objet, le silence le plus complet; mais ce sacrifice fait à la discipline, je ne crois pas aujourd'hui qu'il y ait des inconvénients à rétablir la vérité en apportant les précisions nécessaires (1)-
Mes efforts, appuyés par le Gouverneur Général, n'obtinrent auprès du Département, comme résultat, que le maintien provisoire en Cote d'Ivoire, pour une nouvelle année (1910), «1rs quatre compagnies prélevées sur les 1er et 2e Sénégalais.
(I) Le commerce a pu difficilement soutenir, lui aussi, à la même époque, qu'il n'avait pas été prévenu. Car, en dehors de l'exposé que j'avais fait à l'Union Coloniale, en juillet 1901), voici ce que j'écrivis, en janvier 1909, a la Direction de la plus importante firme de la Colonie :
a Je Liens, d'autre part, ;'i revenir sur le point de voire lettre à M. X. qui traite de la situation politique de ta Colonie.
8 Vous exprimez l'opinion que la Côte d'Ivoire esl aujourd'hui complètement pacifiée, ou f • « * 1 1 s'en faut. J'ai I»' de\oirde vous retirer à ce sujet une illusion qui pourrait être fâcheuse, si vous faisiez étal «le votre manière de voir dans l'orientation de vos affaires. Il esl bon que la réalité de la si lu m lion apparaisse.
« Evidemment, une partie du pajs esl aujourd'hui bien en main, mais tout le Sassandra, le pays gouro, la région de Touba, le N'ZiComoé, le nord des r.ercles des Lagunes et de Lahon ont besoin d'être pénétrés et, dans une large nu-sure même, conquis sur l'anarchie et la barbarie. Tout y reste a l'aire lu sécurité \ esl inexistante et non seulement, je n'engagerais
pas maison a \ installer une factorerie, niais je n'hésiterais pas à
m'opposcr fi In circulation d'Européens non escortés dans ces régions, o
Et nous devions prévoir « toutes mesures utiles pour que, dès Je début de 1911, ces unités puissent être rendues à leur affectation normale, en ne faisant état, pour achever la pénétration du pays, que des forces de police mises à la charge du Budget local » .
« La situation militaire de la Côte d'Ivoire, écrivait-on encore de Paris en octobre 1909, doit, en 1910, rester ce quelle était en 1909 ». Par une ironie des circonstances, copie de cette dépêche me parvenait le 7 janvier 1910, au moment où, prévenu de la révolte des Abbcys, je partais sur la voie ferrée, que les rebelles détruisaient...
Ce soulèvement ouvrit enfin les yeux aux pouvoirs publics sur la précarité de notre occupation et la nécessité de l'affermir et de l'étendre. Non seulement il ne fut plus question de réduire nos effectifs, mais on les augmenta considérablement. Questionné par M. le Député Le Hérissé, Délégué de la Colonie, dans la séance du 22 février 1910, le Ministre promit de mettre à la disposition du Gouverneur Général les troupes sénégalaises supprimées à Madagascar. M. Ponty, accouru de Dakar, amena avec lui trois compagnies, toujours prélevées sur les régiments du Sénégal, comme l'avait été déjà la compagnie envoyée de Dakar en octobre 1909, en vue des opérations contre les Akoués, puis contre Osrou ; deux nouvelles brigades furent créées et mises à la charge du budget local, que vint aider généreusement, par une subvention supplémentaire, le budget général. D'un effectif de six compagnies dont deux brigades, nous étions passés en quelques mois à un régiment de douze compagnies dont quatre brigades...
On allait pouvoir, enfin! à compter de février 1910, entreprendre, avec des moyens d'action suffisants, la pacification de Côte d'Ivoire.
Quelques mois plus tard une extension de l'utilisation des troupes noires fût envisagée, après une ardente campagne du Colonel Mangin, et je m'engageai (note du 21 octobre 1910) à fournir, immédiatement, par an, 1.200 recrues dont 700 pour l'extérieur, et plus tard, après l'achèvement de la pacification, 1.500 recrues dont 1.000 pour l'extérieur. Il devenait par suite
112 Ml I HODES ET «01 I n^
indispensable d'avoir, dans la Colonie, des compagnies-réservoirs pour L'instruction des 'incorporés.
Ces considérations, jointes à une connaissance plus exacte qu'avait acquise le Département de la situation politique de La Côte d'Ivoire et de ses besoins militaires, amenèrent, en 1911, La création du '<V régiment de tirailleurs sénégalais, administrait nurnl constitué pour compter du 1er janvier 1913. Car jusqu'alors, les (S compagnies étaient toujours considérées comme détachées des I"1 et 2° régiments en garnison au Sénégal, ce qui entraînait, au point de vue de La discipline, des inconvénients évidents, et au point de vue de la comptabilité et des approvisionnements, une complication d'écritures et des difficultés de gestion presque inextricables.
Chacune des 8 compagnies était à l'effectif de 200 Liommes; l< is î brigades comptaient 150 hommes en moyenne, soit au total 2.100 hommes « effectif reconnu actuellement indispensable », écrivait le Département, « pour procéder à l'occupation méthodique et à la pacification du pays ».
Il est intéressant de rapprocher ce langage de celui tenu — et rappelé pins liant — en octobre 1909, alors que la situation était Infiniment plus grave.
Mais L'extension de notre domaine colonial, dans le centre africain etauMaroc, exigeait la mobilisation de forces militaires chaque jour pins considérables. Je savais la large participation de l'Afrique Occidentale au gros efforl que s'imposait la. Métropole, et je ne manquai pas, fidèle aux engagements que j'axais pris Lorsque je réclamais une augmentation momentanée des effectifs, d'étudier à que] moment, et dans quelle mesure, I effectif des troupes régulières de la Côte d'Ivoire pourrai! être
réduit S.ilis iiieoiix énieiil.
En septembre 1912, je jugeai que la pacification avait t'ait suffisamment de progrès pour permettre la suppression immédiate d'une compagnie, et promettre la suppression, en fin 1913, de deux autres.
Mais I autorité supérieure ne crui pas devoir accueillir ces propositions.
- \Ai création du 3° sénégalais, me fut-il répondu, n'a pas été
motivée uniquement par les besoins de la pacification. Le 3e sénégalais fait partie intégrante du corps d'occupation de l'Afrique Occidentale Française, dont l'organisation générale se poursuit d'après un programme qui répond à des nécessités d'ordre supérieur. C'est en vue des mêmes nécessités que l'effectif de toutes les compagnies sénégalaises a été porté uniformément à 200 hommes, que la Guinée est pourvue, dorénavant, d'un détachement permanent de troupes régulières, et que les corps indigènes du Sénégal et du Haut-Sénégal-Niger sont complétés progressivement à 12 compagnies ; ces mesures ne sont nullement commandées par. la situation politique intérieure des pays intéressés.
Toutes les Colonies du groupe de l'Afrique Occidentale Française doivent collaborer à l'exécution de ce programme de constitution des troupes noires, qui vise beaucoup moins à satisfaire à des besoins momentanés qu'à réaliser un plan d'ensemble par des moyens permanents. Dans cet ordre d'idées, une réduction des effectifs à la Côte d'Ivoire, qui procurerait, il est vrai, quelques disponibilités immédiates, aurait l'inconvénient plus sérieux de diminuer l'importance des éléments organisés pour concourir au recrutement et à la relève de l'ensemble des troupes noires. »
La guerre de 1914-15 est venue démontrer le bien-fondé de cette solution. Mais en offrant de restituer progressivement au Service général les unités mises à ma disposition je ne faisais, je le répète, que tenir des engagements pris.
Depuis, les brigades ont disparu, transformées en unités régulières, entièrement à la charge du budget de l'Etat, qui bénéficie en retour d'une augmentation de la contribution militaire de l'Afrique Occidentale Française.
L'achèvement de la pénétration a permis d'ailleurs de ne maintenir que quatre unités, dans les régions frontières encore occupées militairement en raison de l'anarchie qui règne au Libéria; les autres, réservoirs pour les troupes noires, sont en garnison clans les camps d'instruction de Bouaké et de Dimbokro. Situation normale dune Colonie, maintenant paisible, qui, au lieu de réclamer à l'extérieur des effectifs pour son
I | i MÉTHODES M MOYENS
occupation, contribue désormais, dans une large mesure, à la formation des troupes noires destinées aux champs de bataille d'Europe, du Maroc, du Cameroun et de l'Orient.
Ainsi donc au point de vue des effectifs militaires, quatre phases successives, qu'on retrouvera également dans l'exposé de La marche générale de la pacification, fait au titre III.
De mai 1908 afin janvier 1910, les effectifs sont manifestement insuffisants : i compagnies-squelettes constituées tout d'abord en un bataillon autonome, puis détachées à partir de 1909 des régiments du Sénégal, et 2 brigades indigènes ; en fin 1909 une compagnie de renfort, envoyée de Dakar. C'est la période des tâtonnements inévitables, des à coups, où l'on pare au plus pressé.
A partir de lévrier 1910, les effectifs s'accroissent de deux nou- \ elles brigades, et de trois nouvelles compagnies également détachées des garnisons du Sénégal, mais qui, toutes, sont sur le pied de guerre, à 200 hommes. Ils sont suffisants, mais l'organisation est défectueuse et ne permet pas d'obtenir le maximum de rendement. On achève néanmoins la pacification des cercles des Lagunes, du N'Zi-Comoé, du Baoulé-Sud et du Baoulé-Nord.
A partir d'avril 1911, en fait, le régiment est constitué; il occupe et conquiert la Région militaire de l'ouest.
Enfin à compter d'août 1914, la mobilisation réduit de moitié les effectifsde la région militaire et celle-ci, amputée en 1910, du Cercle du llaut-Sassandra, bien en mains, n'exige plus que la présence d'un bataillon de trois compagnies à effectifs réduits, moins pour des nécessités intérieures qu'eu raison des troubles permanents, provoqués sut* la frontière, par les peuplades ressortissant, théoriquement, du Gouvernement Libérien.
La pacification de La Côte d'Ivoire aura, en définitive, exigé de la métropole un effort très modéré, puisque les effectifs 'inpIoN es furent en fait de :
<»">() hommes pendant 16 mois (mai 1908 à novembre 1909),
"70 hommes pendant i mois (novembre 1909 à janvier 1910),
dont 240 payés par le budget local.
2.100 hommes pendant 4 ans (janvier 1910 à janvier 1914., dont 50!) payés par le Budget local.
195') hommes pendant 6 mois (janvier à juillet 1914) pour tomber ensuite, à partir de la mobilisation, aux 3 compagnies de la Région militaire soit environ 500 hommes.
(jue l'on compare ces chiffres aux sacrifices qu'exigèrent d'autres colonies de même étendue, et Ton appréciera davantage la valeur dune méthode, que le général Galliéni a rendue classique, et dont j'exposerai, dans le Chapitre V qui traite de l'action militaire, les modalités d'application à la Côte d'Ivoire.
Certes la pacification de la Côte d'Ivoire m'était chère et j'ai tendu vers cet objectif toutes les forces de mon être ; mais j'aurais cru remplir incomplètement mon devoir envers mon pays si je ne m'étais montré, en même temps, économe de ses ressources en hommes et en argent.
Un officier, dont je veux oublier le nom, me reprochait un jour « de faire de la pacification au rabais ». J'enregistre le grief comme un éloge, et je me félicite d'avoir su imposer à tous le respect du programme qu'avait bien voulu approuver et faire sien M. le Gouverneur Général Ponty: laisser momentanément de côté certaines régions, n'entreprendre la pacification que par tranches successives, faire eu un mot la tache d'huile, n'engager ainsi, dans des opérations limitées et méthodiques, que les effectifs dont on pouvait disposer.
Ce programme n'aurait-il pas pu être exécuté plus rapidement si j'avais eu à ma disposition des effectifs plus importants?
Je n'hésite pas à répondre nettement par la négative.
La pacification n'est pas seulement une question d'effectifs. C'est avant tout — le choix des hommes mis à part — une question de méthode, et il n'est de méthode réellement efficace que celle qui, en sériant les efforts, en faisant la tache d'huile, permet de n'aborder les régions insoumises que l'une après l'autre et de consacrer successivement, à chacune d'elles, les mêmes effectifs, rendus disponibles par les soumissions anté-
| II', Ml I BODES II MOYENS
ricuremenl obtenues. Elle s'adaptait admirablement à la Côte d'Ivoire, pays morcelé en une infinité de peuplades sans cohésion, el même sans liens entres elles, qu'il s'agissait de conquérir les unes après les autres, sans qu'on put, hélas ! espérer que le coup frappé sur l'une amènerait la soumission de la \ oisine.
Sans doute, Le chef militaire <]iii aurait entrepris « ab ovo » je veux dire des 1893, la conquête du pays, aurait pu concevoir nue autre méthode : des effectifs considérables, partis du Soudan — remarquable base de ravitaillement ainsi qu'inépuisable réservoir de porteurs, de partisans et de recrues — auraient progressé vers la côte, acculant vers la nier, sans issue pour eux, les derniers groupes rebelles. J'estime qu'on aurait pu, après deux ou trois ans de tâtonnements passés à acquérir la pratique de la guerre en foret, obtenir très rapidement la pacification complète, avançant ainsi de plus de quinze années la mise en valeur de Ja Colonie (1).
Mais cette solution virile — qui fut adoptée au Dahomey comme au Soudan et y a produit les remarquables résultats que l'on connail — ne fut pas retenue sous l'influence, toujours, de l'erreur de la « conquête pacifique », erreur que professait, avec nue conviction sincère, l'explorateur illustre à qui la France doit de s'être établie en Cote d'Ivoire. J'ai expliqué au Chapitre 11 du Titre I combien ces illusions avaient de prise sur l'esprit de ceux qui, pour passer sans obstacles, parlementent, négocient, ne demandent rien, donnent beaucoup, voyageurs diplomates plutôt que représentants de l'autorité française.
Mais il est des solutions dont le temps l'ait disparaître l'opportunité et la valeur. Il n'était plus possible, en 1 DOS, <l entreprendre la conquête de La Côte d'Ivoire, du Soudan vers La Cote. Les intérêts privés, qu'on aurait pu négligera leur
l I J'appuie cette thèse, de l;i conquête par le Soudan, sur l'opinion de Jules llarraand, dans ses articles de la Renie Bleue, déjà cités : « L'occupation d'une côte est d'un effet nul sur un hinlerland profond. Pour être vraiment maître d'un pays étranger, il faut le menacer par derrière et l'histoire nous fait voir qu'il en fut toujours ainsi... ».
naissance, avaient grandi et s'étaient implantés un pou partout ; des opérations, entreprises sans méthode, au hasard des événements, n'en avaient pas moins imposé, dans une partie dn centre et dans Test, une sécurité relative de sorte que, dans des zones en général pacifiées, suhsistaient seulement des îlots de réhellion, dont on ne pouvait entreprendre la réduction qu'avec d'infinies précautions, pour ménager les populations paisibles voisines et les intérêts commerciaux.
Augmenter les effectifs, c'eut été accroître les difficultés de ravitaillement et de transport, obliger l'Administration locale à recruter davantage encore de porteurs, qui ne pouvaient être pris que dans les régions depuis longtemps pacifiées ; c'était mécontenter gravement des populations paisibles, et les acculer peut-être au désespoir et à la révolte : c'était risquer de généraliser jusque dans le nord, accoutumé à l'obéissance par le rude joug des conquérants noirs, lié à nous par la reconnaissance, une situation troublée, restée jusqu'alors le triste apanage de la zone sylvestre.
11 fallait donc se borner tout d'abord à « l'action vive », c'est-à-dire par des colonnes amener à la soumission les îlots dont je viens de parler ; puis, ce résultat obtenu, employer les effectifs des colonnes à l'occupation lente mais progressive, des régions entièrement insoumises et négligées provisoirement.
8 compagnies de tirailleurs, c'est-à-dire 1.600 hommes suffisaient largement, soit pour les opérations contre les ilôts insurgés, soit pour l'occupation progressive, par tranches, des régions à conquérir.
Les quatre brigades avaient pour mission de s'installer, la paix faite, dans les régions où on venait d'opérer, pour y parachever la soumission et obtenir l'exécution intégrale des conditions imposées.
Toutefois, l'objectif recherché — la pacification intégrale — aurait pu être atteint beaucoup plus tôt si on avait mis à ma disposition, dès juillet 1908, les effectifs que je n'obtins qu'en février 1910. On aurait de plus évité le sacrifice de bien <!<>* vies humaines, des pertes matérielles et les graves difficultés qui marquèrent le début de l'année 1910.
Mais il aurai! fallu connaître la véritable situation de la Côte d'Ivoire — ef tout le monde, en France, semblait l'ignorer, en dépit <le mes rapports dont on ne contestera pas la franchise et la netteté.
Il aurait fallu, également, exposer en même temps, au Parlement, les besoins militaires de la Colonie et l'augmentation inévitable des crédits.
Si Le Parlement avait su, s'écriait éloquemment, en janvier 1915, M. le Président de la Chambre des Députés, faisant allusion aux défauts de préparation militaire qu'avait révélés la guerre...
Malheureusement, les administrations centrales, si elles possèdent les qualités les plus rares de désintéressement matériel, de probité morale, de dévouement aux intérêts généraux, d'ardeur au travail, sont affligées d'une peur insurmontable des responsabilités et surtout dune sorte de terreur des mots exacts d (les idées qu'ils représentent. « Conquête militaire » devient, sous la plume de ses rédacteurs, une « pénétration pacifique » ; des opérations de guerre indispensables sont exposées comme les « déploiements de troupes suffisantes pour ne pas avoir à employer la force ». La magie des mots opère, endormant ministres, parlement, presse, opinion dans une quiétude trompeuse, d'où les tirent, comme un coup de gong, la nouvelle d'un massacre de compatriotes ou de l'échec d'une troupe insuffisante en nombre. Alors, l'émotion se répand, la vérité surgit, des résolutions viriles naissent, et c'est le Parlement lui-même, auquel on dit pour la première fois, souvent, la vérité, qui exige un tableau sincère, des propositions fermes, et... qui vote tous les crédits qu'on lui demande.
Puisqu'il faut toujours en arriver à dire la vérité, ne serait-il pas plus simple de commencer, de suite, par L'exposer, sinon dans Bon intérêt, du moins dans celui du pays !
Je n'ose espérer que L'avenir modifiera la procédure traditionnelle. L'histoire est un perpétue] recommencement.
| 2. — Dépenses de pacification .
Inconvénients de la procédure critiquée au 'paragraphe précédent : on n'ose dire la vérité et c'est la Côte d'Ivoire qui doit supporter les frais de sa propre conquête. — Principe posé par le Département ; abus commis dans son application par l'Intendance. — Le principe posé consacrait une inégalité de traitement avec les autres colonies; il allaita l'enconlre des vues et volontés du Parlement ; il commettait une véritable injustice ; il violait la loi. — Mes protestations. — Emission d'ordres de recette contre le budget colonial. — Avis de l'Inspection. — Arbitrage équitable de M. le Ministre Lebrun. On rembourse à la colonie 523.000 francs sur les crédits disponibles en fin des exercices 1910-1911. —Ce qu'a coûté, en définitive, la pacification.
La règle fondamentale qui doit présider à la conquête coloniale, c'est l'économie.
Jules Harmand (Revue Bleue, 16, 23 juillet 1910.)
La procédure bureaucratique, que j'ai critiquée au paragraphe précédent, n'entraînait pas que des inconvénients politiques. En prêtant à la Côte d'Ivoire, depuis janvier 1910 jusqu'à la constitution administrative du 3e sénégalais, des effectifs prélevés sur ceux budgétairement prévus pour le Sénégal, on engageait des dépenses — frais de transport, indemnités de route, renouvellement des munitions, différence entre les indemnités de vivres de Dakar et celles de la Côte d'Ivoire — que le budget colonial ne pouvait supporter sans éveiller l'attention des rapporteurs au Parlement. Et on demanda au budget local de la Côte d'Ivoire de les prendre à sa charge ; il dut s'y résigner, provisoirement.
Qu'on imagine un simple particulier, attaqué dans une propriété rurale. Il téléphone, réclame du secours. Et la police lui répond : entendu, à la condition que vous payiez tous les frais. Il acceptera, mais le danger passé, il discutera les prétentions de ses sauveurs...
C'est, à peu de choses près, ce qui s'est passé pour la Côte
d'Ivoire, avec cotte aggravation que le décompte des sommes réclamées était fait par L'Intendance Coloniale, dont le moins que j'en veuille dire, aujourd'hui, pour ne pas rompre « l'union sacrée . est que je ne souhaite à personne d'être en règlement de comptes avec ses représentants.
Elle imputa notamment au budget loeal :
1° L'achat et le transport non seulement des munitions consommées en opérations, mais encore de celles destinées aux tirs réglementaires d'instruction.
2° La différence entre les indemnités de vivres dues aux tirailleurs à Dakar et à la Cote d'Ivoire, mais en laissant celles-ci à un taux supérieur d'un tiers au coût réel de la vie ; et de plus Les Irais do transport des approvisionnements cédés aux troupes de sorte que la Colonie supportait deux fois la dépense.
3° Los frais d'hospitalisation du personnel européen, tout en faisant bénéficier le budget colonial dos retenues de solde correspondantes, etc., etc.
On peut affirmer que le budget local fut mis à contribution sans mesure et sans limites, dans l'application du principe posé par Le Département et qui, lui-même, était contestable, en droit comme en équité, pour les raisons suivantes :
1° 11 consacrait une inégalité de traitement avec les colonies de domination conquises aux frais de la métropole.
L'action des troupes en Cote d'Ivoire ne consistait pas, en effet, en simples opérations de police ; il s'agissait, au contraire, eu L'espèce, d'opérations militaires, do véritables opérations de guerre (1).
L'autorité militaire, (Tailleurs, reconnaissait bien qu'il s'agissait d'opérations de guerre puisque, sur sa proposition, depuis L908, Le bénéfice <le La campagne de guerre et le droit à L'obtention de la Médaille coloniale étaient attribués aux troupes de la Côte d'Ivoire. Il v* avait Lieu de remarquer en outre h- nombre important des récompenses de toute nature (avancement, Légion d'Honneur, Médaille militaire, etc.) qui ont été accordées pour « faits de guerre » à la suite des colonnes.
1 1 II Btiffit, pour s'en convaincre, <lc jeter un coup d'œil sur l'exposé
EFFECTIFS MIÏJTAIltKS
Au surplus, si c'étaient des opérations de police, j'aurais eu tout pouvoir pour les décider et les diriger. Or ce droit m'avait été formellement dénié parce qu'il s'agissait d'opérations militaires. Celles-ci changeaient donc de caractère suivant les circonstances. S'agissait-il de les décider? j'en étais incapable ; mes pouvoirs ne réapparaissant que quand il s'agissait de régler les factures.
La vérité est qu'il ne s'agissait pas ici de rétablir l'ordre dans des régions depuis longtemps soumises et momentanément troublées, mais bien d'établir la paix française dans des régions souvent inconnues. Nous poursuivions à la Côte d'Ivoire une œuvre d'exploration et de conquête dont la métropole aurait acquitté toutes les charges si l'annexion n'avait précédé la prise de possession effective . 11 nc\\ a d'ailleurs pas été autrement pour le Soudan, le Dahomey, pour ne parler que des Colonies du Groupe de l'Afrique Occidentale Française. Et c'était un fait sans précédent, dans les annales de notre expan-
ci-après qui indique, pour chaque colonne effectuée à la Cote d'Ivoire, l'importance des effectifs mis en ligne et les pertes subies :
Colonnes
Effectifs rais en ligne
Tués
Blessés
Colonne du Bandamaf octobre 1909a janvier 1910).
5 compagnies et 200 gardes de police.
Colonne des Abbeys (7 janvier au 7 avril 1910). .
6 compagnies.
Colonne des N'Gbans (l,r mai au 1er août 1910) .
800 hommes.
Colonne des Agbas (1er juillet au 1er décembre 1910)
500 boni m es.
Opérations en pays Quelle (5 au 21 octobre 1910) .
169 hommes.
Haut-Cavally (15 janvier au 10 mai 1911) . . .
3 compagnies et 1 pièce d'artillerie.
Colonne du Bandama (ler janvier au lerjuilletl9ll)