‹ La Pacification de La Cote d'Ivoire 1908-1915; méthodes et résultatsChapitre 29 sur 33 · CHAPITRE PREMIER ( 1 908 -fin · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER ( 1 908 -fin

Période de l'insuffisance des moyens d'action et des à-coups.

1908. — I. Opérations dans le Morénou (18 octobre-18 novembre 1908).

— IT. Opérations chez les Watas, Memlés et Ouanfoués (novembre 1908). — III. Opérations dans la région de Man (3-28 novembre 1908).

— IV. Opérations dans le Haut-Sassandra et pays gouro (décembre 1908-aoùt 1909). — V. Opérations contre les Ayaous (février à mai 1909). — VI. Opérations en pays Attié (10 mai au 13 juin 1909).

— VII. Affaire de Pagouéhi (juillet 1909). — VIII. Révolte des Akoués (16 juin 20 octobre 1909).

§ 1. — Opérations dans le Morénou (18 octobre-18 novembre)

Dès le mois d'août 1908, l'Administrateur Commandant le Cercle du N'Zi-Comoé signale que quelques chefs influents, mécontents de voir notre autorité s'affermir, encouragent à la résistance diverses tribus du Morénou. Avant que l'entente ne soit établie entre les indigènes et que ces mouvements isolés ne dégénèrent en une révolte générale qui aurait pu être dangereuse une tournée de police est organisée pour ramener les dissidents à la raison ; elle comprend une compagnie de tirailleurs (Capitaine Deliberos, Lieutenants Rémond, Vian, 160 tirailleurs) et 40 gardes de cercle soit au total 200 fusils.

Partie de Sahoua le 18 octobre au matin, la petite colonne se porte d'abord contre les deux villages d'Assié-Akpouessé et Tanokakoukro qui se sont particulièrement compromis ; sa seule présence suffit à intimider les rebelles qui se rendent sans

avoir tiré un seul coup de fusil. Elle obtient les mêmes résultats, dans les mêmes conditions, successivement, dans les tribus Alangoua N'Gatianou, Assandané Sohié Ahouanou. Elle est disloquée Le l8novcmbre ; n'ayant rencontré aucune résistance, elle n'a pas eu à faire usage de ses armes. Les principaux meneurs sont arrêtés et internés et les tribus compromises payent, au titre Impôt et amende, près de 100.000 francs, avec la plus grande facilité, grâce à l'exploitation des gîtes aurifères du pays fig. 11^.

Opérations chez les Watas, Memlés et Ouanfoue* (novembre 1008).

L'Administrateur de la circonscription de ïiassalé, M. Simon. avait réussi, par sa persévérance et sa fermeté, à amener les Memlés, encore insoumis, à un état d'esprit plus satisfaisant. Vers le mi-novembre, il pénètre sur le territoire du groupe Wata, situé à doux jours de Tiassalé, à quelques kilomètres à

Fia. Il

Vlorénou

L'ouest de La roule allant de cette localité à Sinfra, Ce groupe n avail jamais vu d'européens et se trouvait ainsi, pour La première fois, mis en rapport avec noire Administration.

PÉRIODE DE L'INSUFFISANCE DES MOYENS D'ACTION ET DES A-COUPS 2i) 1

Le 19 novembre, M. Simon se rend au village de Gogrobo, accompagné de quinze gardes de police. Il laisse, à quelque distance, ses porteurs et ses bagages, sous la surveillance d'un garde. Pendant son absence et sans que rien ait pu faire prévoir l'événement qui va suivre, une troupe d'hommes armés, venus des villages voisins de Zorokrou et de Boadokrou, envahissent le campement que les porteurs effrayés abandonnent, tuent le garde par surprise et emmènent son corps avec les bagages. M. Simon est ensuite assailli par cette bande, rapidement grossie d'indigènes que cette attaque avait surexcités. Deux hommes de son escortes sont blessés, mais il se dégage énergique ment et

Sin rxa

Cf O u \ o S

Fil». 12. — Pays Watas, Mcnilés et Ou an fou es.

.ne son campement. Ne disposant pas de forces suffisantes pour châtier Les agresseurs il regagne Tiassalé.

Ordre esl donné de porter, dans la région wata, avec une rapidité capable à elle seule de déconcerter les rebelles, toutes les forces disponibles du pays gouro, de Toumodi, de Ouossou et de Tiassalé, et d'exercer une répression sévère. Le détachement ainsi formé devait atteindre en outre certains groupements gouros voisins, notamment celui des Ouanfoués qui mettaient en complet échec notre autorité, coupaient la route de Tiassalé à Sinfra et dont L'attitude n'était sans doute pas sans exercer une fâcheuse influencé sur les Watas

Le détachement fut placé sous Les ordres du Capitaine Marx commandant le cercle annexe des Gouros. Cette opération de police est parfaitement menée. Les Watas croient pouvoir résister. Au cours des deux engagements qui se sont produits, 55 des Leurs et ^ chefs, les deux meneurs du mouvement, sont tués; un certain nombre d'indigènes sont blessés sans qu'aucun de nos hommes reçoive la moindre blessure Les villages coupables se \ nient infliger une amende.

S 3. — Opérations dans la région de Man (3-28 novembre).

Le poste de Man, créé en juillet 1908 par le Capitaine Laurent, est occupé par un effectif de 50 tirailleurs. Les indigènes du voisinage, de race Dan, sauvages irréductibles, ont en partie abandonné Leurs villages. Ils veulent nous chasser du pays. Les cantons de Ka, Selé, Man Hyié, laro, entraînés par le nommé Guétiagoué et Les chefs Togua et Gourgo ont arrêté, dans le plus grand secret, le projet d'attaquer le poste. Pendant la nuit du '1 au \\ novembre, ils viennent, nombreux, trompanl a La faveur de L'obscurité La surveillance des sentinelles, jusqu'à 1res courte distancede la palissade. Ils ont l'intention de se jeter de tous les Côtés à la fois sur le poste dès

que paraîtra Le jour; supposant que notre personnel, surpris et affolé s'enfuira, ils ont posté des détachements sur toutes les routes pour L'arrêter.

Un tirailleur, sortant par le coin sud-ouest du camp vers 5 heures du matin, tombe au milieu des rebelles les plus avancés ; il est blessé d'un coup de feu au ventre et à la tésse. Les Dans, obligés de brusquer leur attaque, s'élancentsurle camp des tirailleurs et sur la palissade ouest et tuent d'un coup de sabre une femme en train de se laver. Mais le coup de feu tiré a donné l'alerte ; les tirailleurs prennent rapidement les postes de combat et, au bout d'une demi-heure, repoussent les assaillants que deux patrouilles pourchassent dans la brousse.

Prévoyant que les Dans continueront à inquiéter le poste, décidé en tout cas à les châtier sévèrement de leur conduite, le capitaine Laurent envoie un courrier urgent à chacun des deux autres postes de son cercle (ïouba et Danané) pour donner l'ordre aux Lieutenants Plat et Gauvain de venir à Man avec tous leurs effectifs disponibles. Le courrier peut passer, grâce au désarroi causé chez les Dans chargés de garder les routes par l'échec de l'attaque du poste.

Pendant toutes les journées du 3, 4, 5, (>, 7 novembre, les Dans viennent tirer sur le poste. Ne pouvant s'éloigner, en raison de la faiblesse de son effectif (49 tirailleurs dont 13 jeunes soldats), le capitaine Laurent se contente de sévir contre le village de Déagoui, tout proche du poste, et d'exercer une surveillance attentive, surtout la nuit et au point du jour, pour tenir les rebelles â distance II arrête des notables du village de Gouapolé qui, quoique compromis, sont venus protester de leur fidélité, et obtient par la menace la soumission de ce village qui dégage la route de ïouba.

Le 1, à 9 heures du soir, arrive le détachement de Touba qui a couvert 125 kilomètres en 3 jours. Dès le lendemain les opérations de répression commencent contre les villages voisins du poste. Le 8, le feu est mis aux 4 coins de l'horizon : Ziélé, Kogoui, Gbouétongoui, Gouama, Man, sont détruits ; les 9 et 10 c'est le tour des villages de cultures du voisinage dont les approvisionnements de riz sont apportés au poste. Le 1 1, opérarations contre Dianlé. Ce village se défend énergiquement. Sa prise et la nouvelle de l'arrivée du détachement Gauvain, venant de Danané, impressionnent les rebelles qui offrent leur soumis-

sion. Les journées du 12 au "21 inclus sont employées à faire des reconnaissances d'intimidation dans les cantons de Ka, Man, Sélé et Hyié qui paient complètement leurs amendes.

Le 29, il ne reste plus à réduire que le Iaro. Le capitaine se nie! «mi route pour attaquer ce canton avec 75 fusils. Il s'installe à Ziogouin (Zo-sé) d'où il envoie 2 reconnaissances, les 23 et 25, contre Moinic et Souapleu sous les ordres des lieutenants Gau-

Kéf

1 * Gouafiott

légion de Man .

vain et Plat, (les reconnaissances sonl conduites vigoureusement ■ mais l«'s laros se défendent avec une belle énergie et opposent une t«'!lr résistance qu'il ne nous est pas possible de les réduire avec l'effectif engagé. Le capitaine Laurent décide, le 28, de

cesser les opérations, remettant à une date ultérieure et avec des moyens suffisants la soumission du Iaro.

Nous avons eu, au cours de ces opérations, 17 tirailleurs blessés soit environ le I/o de l'effectif.

Les rebelles ont été très éprouvés par notre feu et, de plus, ont perdu ou rendu 670 fusils.

| 4. — Haut Sassandra <;tpai/s goaro (décembre 1908-aoiH 1909).

Dès la création, par arrêté du 14 décembre 1908, du cercle militaire du Haut-Sassandra et du pays gouro, les3 compagnies en garnison jusqu'alors dans le Baoulé, à Toumodi, Kodiokofî et Bouaké reçoivent l'ordre d'aller occuper, concurremment avec la compagnie déjà stationnée en pays gouro, la nouvelle circonscription .

Ainsi qu'il a été expliqué au chapitre du titre II qui traite de l'action militaire, cette occupation ne pouvait être que provisoire en raison de la persistance dans l'est et le centre d'ilôts réfractaires tels que Ngbans, Agbas et tribus du moyen Bandama.

L'envoi des 3 compagnies a eu pour effet de briser la résistance de certaines tribus qui coupaient les routes reliant nos postes et gênaient, quand elles ne les interdisaient pas, les communications entre la nouvelle circonscription et les cercles voisins du Baoulé et de l'Ouorodougou.

Pour mener à bien ce programme les mesures adoptées sont les suivantes :

La 3° compagnie stationnée à Sinfra et Bouaflé ne bouge pas ;

Les lrc et 4e compagnies qui tiennent garnison à Kouadiokofli et Toumodi (Baoulé) sont dirigées sur Daloa et Issia où elles doivent remplacer par la suite la 1"' brigade de garde indigène — provisoirement conservée parle Lieutenant-Colonel Betselere en raison de son entraînement remarquable à la guerre en forêt — qui s'installera à Toumodi.

La 2° compagnie qui occupe Bouaké doit constituer la garnison des nouveaux postes de Zuénoula et de Vavoua.

L'état d'esprit des populations de la région de Vavoua qui n'a pas été visitée depuis la colonne Metz nécessite une intervention

en forces pour l'installation du nouveau poste. La colonne est fractionnée en trois groupes qui doivent se rejoindre à Vavoua le 1 janvier. Le groupe composé de la lre brigade se heurte à la tribu des Mangourous; elle est obligée de livrer plusieurs combats pour passer et arrive à Vavoua le 2 janvier

La in brigade et la 2e compagnie sont alors constituées en groupe provisoire sous les ordres du capitaine Calien. Cette troupe par d'énergiques reconnaissances menées dans toutes Les directions, met les Mangourous à la raison. Ceux-ci olï'rent immédiatement leur soumission.

La première compagnie et la brigade regagnent alors Daloa où elles arrivent Le 20 janvier.

• les opérations nous ont coûté un tirailleur tué et 3 blessés.

La colonne opère ensuite contre les Gounanfras, sur le territoire desquels nous n'avions pas encore pénétré et qui s'étaient livrés à de nombreux actes de banditisme à l'égard des tribus soumises.

Le colonel fraction m4 sa troupe en A groupes qui opèrent une marche concentrique sur Zaguié, le village le plus important de la région. Un des villages à l'ouest de ce point est rapidement occupé, tandis que le groupe formé par un détachement • le la I" compagnie est violemment attaqué dans le village \ oisin.

Zaguié est occupe le 7 février après un léger engagement. Les reconnaissances sillonnent le pays en tous sens et détruisent de nombreux campements de rebelles, mais, toutefois, sans résistance de ces derniers qui tentent à diverses reprises des attaques de nuit contre Le bivouac. Au cours de l'une d'elles le lieutenant Agamemnon est grièvement blessé.

Le M février les différents éléments de la colonne étant tous c incentrés à Zaguié, les colonnes mobiles se multiplient et, dès le 12, des offres de soumission sont faites par les Gounanfras. La colonne se disloque et le Colonel, en regagnant Issia, inflige une sévère leçon au village de Douboubra qui s'est récemment montré hostile.

opérations nous ont coûté *2 tirailleurs tués et 8 blessés. <»nirs sont Libres, les postes dégagés ; les quatre compa-

.es r

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gnies du bataillon, sous les ordres du Lieutenant-Colonel Betselere, vont pouvoir entreprendre la mise en mains progressive du Haut-Sassandra et du pays gouro.

Les deux tribus des Mas et des Ouans, incitées à la révolte par

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Fig. 14. — Haut-Sassandra et pays gouro.

les Ayaous et qui s'étaient rendues coupables d'assassinat de dioulas et de représailles contre les fractions soumises, sont actionnées par le capitaine Thomas du 25 mai au 7 juin. Le repaire des rebelles, Mamnigui, est détruit.

Geite répression est à peine terminée que l'insurrection éclate

autour de Yavoua. où (> tirailleurs et de nombreux dioulas avaient été assassinés, et chez les Gouras et les Xgoïs. Le capitaine Thomas esl chargé de ramener Tordre dans la région de \ avoua, tandis que le lieutenant Vian doit mettre à la raison les < îouras el Les Ngoïs.

Toutes Les forces disponibles accrues d'un détachement de gardes de police de Soubré sont employées.

Le lieutenant Raymond, chef du poste de Vavoua, réussit à dégager les abords de son poste avant l'arrivée du capitaine Thomas. Celui-ci, malgré la ténacité des rebelles, châtie avec 120 tirailleurs et miliciens les tribus Kouya (24 juin au 20 juillet . Mangourou (22 juillet au 3 août), et Niangoro (21 août au <S septembre).

Durant cette même période, la colonne du lieutenant Vian, forte <l<' 125 fusils, opère contre les Gouras et les Ngoïs. Malgré la résistance opiniâtre des Gouras, le 11 septembre, tout est terminé, grâce à L'énergie du lieutenant Vian qui est blessé à la prise du village de konéira, le plus important de cette tribu.

Malheureusement, l'obligation où l'Administration se trouve de rappeler la majeure partie des troupes pour former la colonne qui doit opérer contre les AJkoués, interrompt la mise en mains du cercle.

Néanmoins, des résultats sérieux ont été acquis ; tous les postes se sont donnés de l'air et s'organisent: la route de Séguéla a Daloa est délinitivement ouverte; la population commence à admettre le principe de l'impôt. On va pouvoir, sans trop d'inconvénients, attendre que les îlots réfractaires de l'est el «lu centre une lois mis en mains, on soit en mesure de reprendre la pacification de l'ouest

§ 5. Opérations contre les Ayaous. (Février à mai 1909).

Les \\aoiis. établis aux contins du pays baoulé, Tonnaient avec les Yaourés cl les A.koués, les tribus Les plus indépendantes de l'ouest. Ils lurent les premiers à manifester Leur indé-

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pendance, en refusant de payer l'impôt au début de 1909. Ils tiraient de leur situation, sur les rives du Bandama, de gros bénéfices, exigeant des colporteurs des droits de passage élevés.

Le commandant du Cercle du Baoulé-Nord, le capitaine Foussat, se rend en tournée dans la région avec un détachement de tirailleurs et de gardes de cercle. Les habitants abandonnent leurs villages et se réfugient dans la forêt, difficilement accessible en raison de la nature tourmentée du terrain. Au cours des reconnaissances effectuées du 28 février au 6 mars, le détachement Foussat perd 1 tirailleur et 1 garde tués, deux gardes blessés dont un très grièvement. Il reçoit Tordre d'attendre l'arrivée de la première brigade, stationnée à Toumodi, pour réduire ce mouvement de rébellion qui, s'il n'est immédiatement réprimé, menace de s'étendre aux Yaourés et aux Àkoués près desquels les Ayaous font déjà des démarches en vue d'un soulèvement commun.

Le capitaine Cahen, commandant la première brigade, conduit les opérations de la façon suivante :

5 au 12 avril : concentration des divers détachements à Dila ;

13 au 18 avril : opérations sur la rive gauche du Bandama ;

19 avril au 4 mai : opérations sur la rive droite du Bandama.

Cet officier quitte Toumodi le 5 avril, son détachement comprend 1 sergent européen et 80 tirailleurs.

Le 10 avril, la brigade s'augmente, à Sakasso, de gardes de police sous le commandement du capitaine Foussat. Le 11, la petite colonne entre en pays hostile, se beurte aux premiers rebelles à Petoukro, et poursuit sa route sur Dila en traversant les villages abandonnés de Zokouakaukro, Broguazué et Kongo-Kouassikro. Le 12, les lieutenants Bayle et Soubielle, arrivés des postes de Bouaké et de Béoumi, rejoignent la colonne à Dila.

Le premier de ces deux détachements, attaqué en cours de route, perd un gradé de police indigène mortellement blessé.

Le 13 avril l'arrivée du détachement de Tersannes porte à 180 fusils l'effectif des troupes du capitaine Cahen. Ce dernier détachement est attaqué plusieurs fois en pays ayaou.

Les opérations actives sur la rive gauche du Bandama commencent aussitôt. Durant cinq jours, nos détachements par courent Lepayset acquièrent la certitude que l'ennemi se concentre a Tiébissou : en deux jours nous avons deux tués et deux

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