‹ La Pacification de La Cote d'Ivoire 1908-1915; méthodes et résultatsChapitre 9 sur 33 · EFFORTS ET RÉSULTATS JUSQU'EN I *.M)S · texte numérisé non relu

EFFORTS ET RÉSULTATS JUSQU'EN I *.M)S

plus infimes du règne végétal, dans un réseau confus el inextricable de lianes.

HAUT S E. N £ G A l El NIGER.

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Fig. 1 . — Carte de la côte d'Ivoire Noir : lagunes. — |||' : — régionforestière. — blanc : région de savane.

La végétation accapare le sol quelle qu'en soit la nature. Elle captive l'air et la lumière, supprime tout horizon, tout espace libre. Sous cette voûte épaisse de verdure, une sensation d'oppression étreint et accable, accrue par la chaleur humide, le relent d'humus qui s'échappe de la terre et le silence infini de la nature.

Les arbres les plus puissants trouvent leur habitat sur des

terrains pierreux et stériles, étalant à La surface du sol leurs énormes e1 sinueuses racines, à forme de palette, que le ruissellemenl et le ravinement des pluies diluviennes déchaussent à La Longue. Et, ainsi s'explique que Les grands vents de tornade finissent par avoir raison de ces arbres qui, dans leur chute, entraînent avec fracas tout un amas do llore parasitaire attacher, enroulée, suspendue à leur tronc et à leurs hranchos, et brisenl en s «'croulant les arbustes d'alentour.

Un fouillis impénétrable de carex, de Lianes-rotang et de palmiers raphia envahit le lit des marigots et les vastes étendues marécageuses. Los emplacements défrichés, dés qu'ils sont abandonnés par les nécessités de la rotation des cultures, deviennent La proie de la forêt, et il ne tarde pas à s'y développer toute une flore très dense de hautes tiges frêles, spongieuses et a croissance rapide,

(in conçoit les difficultés qu'il y avait à circuler dans une telle forêt, rebelle à l'incendie, et où on ne pouvait se frayer un passage qu'à la hache et à la niatchette. A chaque pas un nouvel obstacle s'y présente : un arroyo a passer, une zone de <• potopoto • à traverser où Ton enfonce jusqu'au ventre, un rideau de hroussailles qu'il faut abattre, un énorme tronc d'arbre qu'il faut franchir, des épines qui arrachent et retiennent, des branches et des Lianes qui obligent à se courber.

Du fait de cette région sylvestre, il existait une barrière quasi-infranchissable entre les régions soudaniennes, conquises en même temps que La boucle <lu Niger, et Le littoral où notre

implantation datait de loin. Il ne fallait pas songer à utiliser, pour son accès, Les coursd'eau qui La traversent, à cause de I encombrement de la plus grande partie de leur lit par des amoncellements rocheux. Les sentiers de brousse n'étaient sou- \ciil marques que par h' piétinement, a peine perceptible, du

feuillage couvrant h' sol, et, souvent aussi, n'avaient leur raison d'être que pour dérouter l'étranger qui osait s'\ aventurer, 1 as caractères physiques ont eu une influence très nette sur

Loi habitants Ai' In forêt dense. ,, |)ans son ohscur séjour,

I homme des bois mène une existence inquiète, troublée par d incessantes alertes, Il se défie de tout. Sa conduite obéit à je

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ne sais quel mobile tortueux et sournois. Tiré de ses Inillis, amené au grand jour, en pays découvert, il paratl ébloui cl troublé comme la chauve-souris que la lumière aveugle. Son esprit ténébreux clignote dans le monde libre et spacieux comme l'œil amené sans transition des ténèbres au grand soleil » (1).

Autre est l'indigène de la savane septentrionale, agriculteur paisible, qui s'acharne à faire produire une terre souvent très ingrate, L'homme des plaines « est gai, exubérant, il aime le bruit et les chants. Sa drôlerie, son enjouement lui font par- a<^

donner ses vices. Son langage est doux, sonore, imagé, plein de t .Jp

couleur et de mouvement » (1). fc v

L'indigène de la forêt est individualiste. La vie isolée, indé- . ^ , pendante, en campement de quelques familles, d'une seule y a^ même, lui sied et c'est là une influence bien caractéristique du ç* milieu. ^

En forêt, les grosses agglomérations étaient très rares. Il n'y avait que des campements de quelques huttes, souvent éloignés les uns des autres, parfois très rapprochés dans les régions fertiles, mais cependant bien isolés avec leurs zones de cultures propres et leurs sentiers respectifs.

Tant ils sont épris d'indépendance et d'anarchie, des hommes de même origine, de ..même race, de même dialecte restaient étrangers les uns aux autres. Des agglomérations voisines s'ignoraient lorsqu'elles n'étaient pas en perpétuel état de guerre. Et la guerre, pour ces primitifs, consistait à tendre des embuscades et à s'emparer des individus qui y tombaient.

L'homme des bois d'ailleurs excelle dans l'art d'utiliser les taillis, de s'y glisser sans bruit et sans être vu à quelques pas. Ce fait expliquera les pertes relativement sérieuses que coûta la pacification de la région sylvestre.

Un officier, cependant fort distingué, au coup d'œil sûr, à la décision prompte, et qui joua de tin 1909 à avril 1910 un rôle militaire de tout premier ordre, mais qui servait pour 'la pre-

(t) Dr Gureau, Gouverneur honoraire des Colonies. Les Sociétés primitives de l Afrique Equatoriale, p. 31.

mière fois en Afrique et que hantaient ses souvenirs d'Indo- Gbine, était ainsi amené à prétendre à tort, en 1910, devant L'insoumission de divers groupements « que la guerre actuelle était pour l'ensemble des noirs une guerre nationale ». Il était impossible de se tromper plus complètement, et sans chercher, dans la marche des événements, une réfutation à cette erreur, il suffit de connaître le morcellement de la Colonie en une infinité de tribus, sans lien entre elles, parlant pour le moins soixante dialectes différents, en lutte même les unes avec les autres et sans cohésion possible.

C'est dans ce morcellement, dans cette absence de toute hégémonie que devaient résider à la fois la facilité relative de conquête de ce pays — qu'on prend tribu par tribu sans qu'aucune d'elles vienne en aide à l'autre — et sa difficulté, puisqu'on ne peut, par un coup heureux et unique, frapper au cœur de la résistance,

Le caractère des populations a subi l'inlluence de la forêt; l'empreinte qui en résulte est si durable que des peuplades venues de L'Est — les Baoulés par exemple — sont restées individualistes à l'excès même dans les savanes qui constituent leur habitat actuel. Et cette remarque s'applique non seulement à La branche baoulé delà race agni, mais aux Agnis en général, orpailleurs, que la recherche et l'exploitation des gîtes ont pu contraindre à la vie isolée.

L'une des difficultés de la soumission du Baoulé devait précisément résider dans la facilité avec laquelle les indigènes, installés en agglomérations dans La savane mais «à proximité souvent de zones boisées assez étendues, savaient trouver dans celles-ci un refuge durable et y demeurer en campements.

Ainsi doue. La forêl a laissé une empreinte caractéristique, profonde, atavique sur les peuplades qui l'ont abandonnée de Longue date pour s'établir dans la savane. Mais il convient de noter également que des groupements originaires du Soudan, refoulés dans La région sylvestre, comme les Gouros, ont acquis trèa rapidement les traits de caractère des autochtones et -"ni devenus comme eux craintifs, farouches, avec cette indépendance particulière qui ne tolère aucune autorité.

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