CHAPITRE VII
chercha à brûler le marché. Accueillie à coups de fusil par la garde du village (1 Haoussa et 3 miliciens), elle se rabattit vers le sud .
L'alarme fut donnée aussitôt dans tout le pays, et les garnisons de Soavina, Maharidaza, Ambohimalaza, etc., furent rapidement sur pied.
Un détachement de 2 Européens, 9 tirailleurs, 20 mili-
Paysage d'Émyrne : Soavina.
ciens, sous les ordres du sergent-major Desroches (2^ compagnie du bataillon de la Réunion), sort de Soavina et se met à la poursuite des rebelles, dont le chef est tué presque aussitôt.
Un détachement de 10 Haoussas, commandé par le sergent Carbuccia (11" compagnie), quitte Maharidaza; le lieutenant Ral>ier, avec cjuelques hommes, sort du poste d'Ambohimalaza.
PACIFICATION DU CERCLE d'aMBATOMA.NGA. 169
Sur ces entrefaites, la bande s'était divisée en deux : la plus grande partie remontait vers le nord pour surprendre Soavina; le reste cherchait à gagner Ambohimalaza par le sud.
Cette dernière fraction arrivée au mont Ambohytrombalahy, se voyant en butte aux attaques de trois détachements venant de trois côtés différents, se rue sur le parti le plus rapproché, pour assurer sa fuite; le sergent-major Desroches, voyant ses deux éclaireurs sur le point d'être enlevés, donne bravement l'assaut avec les 9 hommes qui lui restent sous la main ; mais les rebelles, avec le courage du désespoir, se jettent sur la petite troupe : en un clin d'oeil, l Européen et 2 Haoussas sont tués, et 4 llaoussas blessés.
Le sergent Carbuccia arrive à temps, heureusement, au secours de la petite troupe qui, sans son aide, allait être entièrement détruite.
Sans chercher à compléter leur succès, les rebelles continuent leur course désordonnée vers le nord-est, par le chemin suivi en venant, poursuivis par le détachement de Maharidaza, qui leur fait 2 prisonniers.
Pendant ce temps, le groupe qui s'était reporté vers Soavina est attaqué, dès qu'il est en vue, par le capitaine Cadet, qui n'hésite pas à marcher sur eux avec 3 hommes; il est bientôt rejoint par le lieutenant d'artillerie Barrel, et 10 conducteurs sénégalais, de l'échelon de Maharidaza.
Pour échapper au feu du capitaine Cadet, la bande cherche à pénétrer dans le village d'Ambatomanohina.
Mais la garnison du blockhaus de protection de ce village(I) l'y a devancée et la reçoit par un feu de salve.
Affolés, les rebelles toui'l)iilonnent un instant dans la vallée, puis s'enfuient vers le nord-est, poui'suivis par les l)elits détachements des postes.
Arrivés au nord d'Aniholiiniasina vers les 1 I luMii'es du
(1) Sergent Omar-Ould Osman et quelques tirailleurs algériens.
matin, leur présence est signalée au chef de poste, le lieutenant Guillet. Cet officier se porte à leur rencontre avec 12 hommes, marchant en 3 groupes : celui du centre, qu'il commandait (4 hommes), gravissait un mamelon, quand, h oO mètres sur la crête, la majeure partie de la bande.
Lieutenant GUILLET, de rinfanteiie de Marine.
peut-être loO hommes, apparut et se jeta sur la petite troupe qui fut enqiortée par un courant irrésistible.
Le lieutenant et 1 soldat sont tués, 2 autres blessés, et le quatrième contusionné.
Deux autres groupes passaient en même temps à côté du sergent Grassi et lui blessaient un homme.
Mais les rel)elles ne cherchaient plus qu'à fuir, et ils disparaissaient dans le nord-est ; ils tombaient alors sous les feux des postes du secteur d'Ambatomena (cercle d'Ambohidra-
PACIFICATION DU CERCLE d'aMBATOMAN'GA. 171
l)iby), dont les garnisons se mettaient à leur poursuite et les forçaient à rentrer en forêt, réduits à presque rien.
Cette journée nous coûtait 1 officier, 2 lioninies d'infanterie de marine, et 2 tirailleurs liaoussas tués, plus 0 Ijlessés ; mais les rebelles, grâce à l'activité et à l'esprit d'initiative des petites garnisons de la route, avaient essuyé un échec complet. Ils n'avaient pu pénétrer dans un seul des villages dont ils convoitaient le pillage, et leur bande subit des pertes très sensibles.
Cette affaire avait donc montré l'efficacité du système adopté pour la protection de la route.
Le lieutenant Peltier, chef du service des renseignements de l'état-major, et Rasanjy , gouverneur principal de l'Einyme, furent envoyés sur les lieux afin de procéder à une enquête sur la participation éventuelle des populations à ce coup de main. Elle démontra que la responsabilité des autorités indigènes n'était pas en cause.
Opérations du lieutenant-colonel Hlirstel au nord d'Ankeramadinika.
L'incident de Soavina prouvait péremptoirement que la forêt au nord d'Ankeramadinika recelait de nombreuses ])andes, et que les lisières n'étaient pas sulTisaninient gardées.
Nous avons déjà constaté à j)hisieurs reprises l'inqxjrlance de cette forêt, ([ui était j)our l'insurrection une véritabh' place d'armes, d'où elle croyait pouvoir nous braver inipnnénient. Les difficultés du terrain, la mauvaise s;iis(»n. la continuité de l'obstacle loinié par la forêt, d'AnktManiadinika à Tanifotsy, étaient antani de canscs retardant la pacification des régions de l'imerina ([ni la ]>ordenl.
11 fallait pourtant en finir avec l'insurrection aux environs
l'rl PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII.
(le la ligne d'étapes; et comme, à ce moment, fin décembre, l'activité du colonel commandant le 1" territoire, dont dépondaient les cercles d'Ambohidrabiby et de Moramanga, était absorbée par l'organisation de Tanifotsy et que, d'autre part, les cercles d'Ambohidrabiby et d'Ambatomanga faisaient partie de deux territoires différents (1), le général commandant le corps d'occupation chargea le lieutenantcolonel Hiirstel, commandant le régiment d'Algérie à Tananarive, de procéder au nettoyage méthodique de la forêt d'Ankeramadinika et d'en assurer d'une manière définitive la surveillance par l'augmentation du nombre des postes existant sur les lisières.
L'ordre du 14 janvier, reproduit ci-dessous, mit à sa disposition :
!*> Les !•■*', 7*^ et 8^ compagnies du régiment d'Algérie, alors cantonnées à Tananarive ;
2° Les forces mobiles des cercles de Moramanga, Ambatomanga, Ambohidrabiby ;
3° Les garnisons des postes situés à proximité de la forêt.
É T A T - M A J G R . Tananarive, le 1 4 janvier 1897.