ORDRE
Une notable partie des insurgés appartenant aux populations des cercles d'Ambohidrabiby et d'Ambatomanga est réfugiée dans la forêt qui sépare lErnyrne de la vallée de Mangoro. En particulier, plusieurs bandes semblent avoir leur repaire dans l'intérieur du quadrilatère Ambohidratrimo, Ambohibato, Sabotsy, Ankeramadinika. Les renseignements recueillis indiquent qu'elles y sont dans une situation très précaire par suite du manque d'abris et d'approvisionnements.
Le général commandant le corps d'occupation a décidé que des opérations immédiates seraient entreprises pour nettoyer définitivement cette région.
Le programme de ces opérations sera le suivant :
i" Investir d'abord complètement la partie de la forêt susvisée par une série
(1) Di'puis le 21 décembre, le cercle d'Anihatonianga faisait partie du 2= territoire.
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de postes fixes et vohints convenablement placés, de manière à isoler toutes les bandes qui s'y trouvent;
2° Détruire entièrement ces bandes par une battue méthodique ;
3° Organiser la surveillance définitive de cette région par la création d'un ou de plusieurs postes convenablement placés pour en interdire définitivement )i' séjour aux rebelles et assurer ainsi la sécurité de la partie voisine de la route d'étapes.
F.a direction de ces opérations est confiée à M. le lieutenant-colonel Hiirstel, commandant le régiment d'Algérie.
Cet officier supérieur prendra, à dater du 1.^ janvier 1897, h titre provisoire, le commandement des forces mobiles des cercles (lAmbohidrabiby, d'Ambatomanga et de Moramanga, et des postes d'Amboliidratrimo, Ambohitrondraina et Anibohimiadana (cercle d'Ambohidrabiby^ Nossi-V'ato, Manjakandriana, Anjozoro, Ambohivinaliy, Manambolo et Ankeramadinika (cercle d'Ambatomanga), Sabotsy et^Ankerana (cercle de Moramanga).
Il disposera de plus :
1° Des l""^, 7" et 8" compagnies du régiment d'Algérie, prélevées sur la garnison de Tananarive;
2° De tous les mulets disponibles (environ J80) de la 1" compagnie de conducteurs sénégalais.
Les trois compagnies de tirailleurs algériens susvisées, avec le convoi formé conformément aux instructions données par M. le lieutenant-colonel Hùrstel, quitteront Tananarive les 13 et 16 janvier courant. Elles n'emporteront que les bagages légers nécessaires pour une absence probable d'une quinzaine de jours et laisseront à Tananarive leurs malingres, les hommes détachés dans des emplois spéciaux hors du corps et tous leurs gros bagages et impedimenta. MM. les chefs de bataillon commandant les cercles d'Ambohidrabiby, de Moramanga et d'Ambatomanga prendront personnellement le commandement des forces mobiles de leurs cercles respectifs et seront placés sous les ordres directs de M. le lieutenant-colonel Hùrstel, en vue des opérations qui lui sont confiées.
Ils prendront des mesures pour assurer dans de bonnes conditions l'expédition des aHaires de leur cercle pendant la durée des opérations.
M. le capitaine Sadorge, de l'élat-major du corps d'occupation, est mis à dater de ce jour à la disposition de .M. W. lieutenant-colonel Hiirstel, c<jnnue major de colonne, pour la jjréparation et l'exécution de ces opérations.
M. le docteur Verse, du légiment d'Algérie, quittera Tananarive avec les trois compagnies de tirailleurs algériens susvisées, pour y assurer le service médical.
Des instructions particulières seront adressées au commissaire directeur des services administratifs et aux commandants des trois cercles susvisés, en vue de la constitution des approvisionnements nécessaires aux troupes placées sous les ordres de M. le lieutenant-colonel Hiirstel.
M. le lieutenant-colonel directi'tn- du liénie mettra à la dis|»osilion de cet officier supéiii'Ui- tous les oulils de destruction et outils de bilcheron dispoiii-
Lies à Tananarivc, et un approvisionnement suffisant de cordes, d'outils de menuisier, d'outils de terrassier.
M. le lieutenant-colonel commandant l'artillerie complétera, s'il y a lieu, à d6 coups par pièce, l'approvisionnement de la section du lieutenant Charbonnel (actuellement à Ankeramadinika); il mettra également à la disposition du lieutenant-colonel Hùrstel un approvisionnement de 96 pétards confectionnés en poudre hova, propre à faire sauter les obstacles en forêt, avec le matériel d'amorce correspondant, et SO fusées de signaux.
Gallieni.
En résumé, les opérations du lieutenant-colonel Hiirstel devaient s'appliquer au quadrilatère Ambohidratrimo — Ankeramadinika — Sabotsy — Ambohibato.
En même temps que Tordre ci-dessus était envoyé au commandant de la colonne, le général prescrivait directement aux commandants des cercles de Moramanga et d'Ambohidrabiby de renforcer la surveillance des lisières de la forêt au sud de la ligne Ambohidratrimo — Ambohibato.
Opérations préliminaires du cercle de Moramanga. — En vertu des ordres envoyés par le général au commandant Xoël, celui-ci devait investir la forêt entre Sabotsy et Ambohibato.
Le capitaine de Thuy, commandant le secteur d'Analabé, plaça un premier poste de Haoussas à Ampasimpotsy, à l'est d'Ambohibato, sur la rive gauche de la Sahanjanjona, et un second à Ambohibato, au débouché du chemin qui, traversant la forêt, se dirige sur Ambohidratrimo.
Puis, le commandant Noël installa la 7*^ compagnie d'Algérie (capitaine Blanc) sur la lisière, au sud de la rivière précitée, aux points suivants :
Ankerana, Amljohimiandra, Antsirana, Didy, Mangabé ;
OI'KKATlOiN'.-'
BU IIEUTT COLONEL HURSTEL
AU «ORD D'AMŒRAMADINIKA
( JaTi\-ier 1897 I
Echelle appiNïxiiiialive aôoToôo
PACIFICATION DU CERCLE d'aMBAÏOMANGA. 175
En seconde ligne :
!20 llaoussas (lieutenant Dez), à Anibilona.
20 Algériens à Aniljohitrondraina.
15 — à Manakana.
Il était prescrit aux postes de première ligne de fouiller la foret dans un rayon restreint, à ceux de la deuxième, de tendre des embuscades pour empêcher les bandes chassées de la forêt de venir dans la vallée du Mangoro. Enfin, des postes furent placés là où les circonstances l'exigeaient.
Opérations prcliminaii-es du cercle dWmhohulrahihij. — Le commandant du cercle était chargé d'investir la forêt à l'ouest, entre Ambohidratrimo et Ampamiloana. A cet effet, il installa des postes à :
Ampamiloana . • • \ Compagnie Jacquixot [i^ algé- Analamandondona / rienne).
Tamponala .... ^Lieutenant Aupetit- Durand (43 Falivahoka . . . .{ malgaches).
Antsampondrano . ^ Lieutenant Colonna (45 hommes Am])atoniasina . . ^ de la 4" coin})agiiie malgache^.
Eniiii, aliii (rétal)lir un barrage dans la forêt pour empêcher, dans la mesure du possible, les rebelles de remontcM' vers le nord , le capitaine Loyer (compagnie malgache) installa trois postes entre Ambohidratrimo et Ambohibato.
La surveillance de la forêi se trouvait ainsi divisée en trois secteurs provisoires : scclcui' <!(> la lisière est (n'' -'}), commandant Noël; secteur de la Hsière ouest m" 2), commandant Drujon, d'Ankeramadinika à Ampamiloana ; secteur de la lisièn' ouest ( n" 11. commandant Mougeot, d'Ampamiloaiia à Amholiidralrimo.
Le liouteiiant-coloiiel Hûrstel arriva à Ankeramadiiiika le M janvier.
Il y trouva le commandant Noël ; la compagnie Fautrel (l""® compagnie algérienne) y arriva ce même jour.
La compagnie Miclielangeli (12'' haoussa), du cercle d'Ambatomang-a, rejoignit le lendemain.
Après avoir reconnu lui-même les lisières est et ouest, le lieutenant-colonel donna, pour la journée du 22, des ordres en vertu desquels les compagnies Fautrel, à l'ouest, et Miclielangeli à l'est, devaient former deux colonnes encadrant la forêt et s'arrêter sur le chemin de traverse qui conduit d'Ambohimiandra à Tsiafajavona.
Le lieutenant-colonel, avec 60 hommes prélevés sur les deux compagnies, devait cheminer dans la forêt en servant de liaison aux deux colonnes. Une pièce de la section Charbonnel l'accompagnait.
Pour l'exécution de ces ordres, les troupes eurent à surmonter des difficultés inouïes : le terrain sous bois est déjà de parcours pénible en temps normal ; des pluies torrentielles en augmentaient encore l'impraticabilité; le 21 au soir le lieutenant-colonel cantonna à Antansona (près de la lisière ouest); quelques soumissions avaient été recueillies dans la journée.
Le 22, la colonne du centre se porta sur Anketiona où est signalé un camp de rebelles, mais elle le trouva évacué.
Le lieutenant-colonel décida de laisser la pièce de canon à Antansona parce cj[u'elle retardait la marche.
Le soir, il donna l'ordre aux deux colonnes de continuer le lendemain leur marche vers le nord.
Le 27, le lieutenant-colonel arrivait à Mangabé sur la lisière est, après avoir rencontré une certaine résistance dans la vallée de l'isafatra.
La ]>ande qui occupait un campement important dan» cette vallée se rejeta vers l'ouest. Le lieutenant Aupetit- Durand, commandant le poste de Tamponala, la surprit
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dans la nuit du 29 au 30, lui tua 41 hommes et fit 93 prisonniers.
Les jours suivants, la forêt fut fouillée jusqu'à la traverse Ambohidratrimo-Amboliibato, mais elle était complètement évacuée par les rebelles.
La colonne fut disloquée le 7 février et la compagnie Michelangeli, remise à la disposition du commandant du cercle d' Ambatomanga ; la 8® compagnie du bataillon d'Algérie resta dans le cercle d'Amboliidrabiby; la 7" compagnie, dans celui de Moramanga, la 1'® compagnie rentra à Tananarive.
Les lisières continuèrent à être surveillées par les postes de : à l'est, Ankerana, Manakana, Ambilona, Ambohibato ; à l'ouest, Ambohidratrimo, Falivaboka, Ampamiloana, Ankeramadinika, avec, en deuxième ligne, iXosivato et Ambohimiadana; à l'intérieur de la foret, Isafatra.
Résultats. — Bien que les troupes mises à la disposition du lieutenant-colonel lliirstel n'aient eu avec les rebelles que des engagements sans importance, les opérations exécutées du 21 janvier au 6 février n'amenèrent pas moins des résultats notables pour la pacification de cette partie de llmerina.
Forcées dans leurs repaires, ne se sentant plus en sûreté dans la foret qu'elles avaient cru jus([u"al()rs impraticable aux (( Vazahas » (1) pendant la mauvaise saison, traquées sur tous les points à la fois, ne jxnivant plus se ravitailler puisque la sortie de la forêt leur était interdite, les l^andes se désagrégèrent et les rcl)clles se rendirent en grand nombre. Beaucoup purent évidemment se glisser la nuit entre les postes du barrage Ambohidratrimo — Andjohibato el rejoindre au nord Habozaka; néanmoins, les comniandanfs des trois
(1) C'est-à-dire aux hlancs; le mot VdZdJui sert ;m\ Miilj,'ailii's à dé>ij.'iK'r tous les Européens à quelque nation que ceux-ci aiiiiarlicniicnt.
cercles intéressés reçurent plus de 6,000 soumissions pendant les jours qui suivirent la dislocation de la colonne.
C'était un résultat précieux dû aux qualités d'endurance déployées par les troupes du lieutenant-colonel Hurstel, qui eurent souvent à se frayer à la hache un chemin dans une foret accidentée, sous une pluie torrentielle.
Désormais la route d'étapes ne fut plus insultée; néanmoins afin de la surveiller plus étroitement encore, et de diminuer le service des escortes entre les postes, le capitaine Ruellan, commandant la 3'' compag-nie de la Réunion et le secteur du nord de la Yarahina, construisit six hlockhaus sur les crêtes de direction perpendiculaire à la route, situées entre Ambohimalaza et Ankeramadinika.
Chacun de ces blockhaus eut une garnison mixte : 3 Européens et 6 miliciens.
A partir de ce moment, 20 février, il devint possible de supprimer les escortes, sauf pour les convois de munitions et les courriers postaux (ceux-ci marchent jour et nuit), car les postes et blockhaus jalonnant la route étaient placés de manière à se voir et à pouvoir ainsi se soutenir immédiatement en cas d'incident.
En allant de Tananarive à Ankeramadinika (52 kilomètres), ces postes sont : Ambohimangakely, Ambohimalaza, Alarobia, blockhaus Rodier ; Maharidaza, blockhaus Rivât, blockhaus Cubières. blockhaus Zenzou; Manjakandriana, blockhaus Huiulecjala, blockhaus Belot ; Ankeramadinika (1).
Opérations dans la région comprise entre Ankeramadinika, Tsinjoarivo et la vallée du Mangoro.
Si les environs immédiats de la route d'étapes et la vallée
(1) On a écrit en italique les noms des blockhaus construits par le capitaine Ruellan. Voir la note de la page 185.
/.thraiyû' JfiMaiff KC
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do la Varahiiia commençaient à se repeupler, la situation était loin d'être aussi nette sur la haute Ikopa et dans la région qui s'étend entre cette vallée et la forêt.
L'occupation de Tsinjoarivo (sud-est du cercle d'Ambatomanga), effectuée le 14 décembre, ainsi que nous le verrons plus loin, nous avait fait pfendre pied dans une région dont les habitants hésitaient à penser à la rébellion, mais elle n'avait eu aucune répercussion au nord du Voromahéry (1). Ainsi que nous l'avons déjà dit, les rebelles de la partie orientale du cercle d'Ambatomanga n'avaient aucun motif sérieux de se soumettre, tant qu'ils ne seraient pas acculés à la limite de la zone habitée, c'est-à-dire à la forêt, et tant que les issues de cette forêt ne seraient pas étroitement surveillées à l'est comme à l'ouest.
En un mot, il fallait exécuter au sud (rAnkeramadinika une opération analogue à celle du lieutenant-colonel Ilurstel au nord : c'est ce que le général prescrivit au commandant du deuxième territoire par la lettre ci-dessous, écrite au moment même où la colonne d'Aiikeramadinika se disloquait.
ÉTAT-MAJOR Tananurive, K' 7 février 1897.