‹ La pacification de MadagascarChapitre 37 sur 92 · S DEUXIEME PARTIE. — PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

S DEUXIEME PARTIE. — PRELIMINAIRES

piller les villages, enlever des bœufs et emmener en captivité des femmes et des enfants. Ces pillages périodiques avaient eu pour résultat de dépeupler progressivement les contins de l'Ëmyrue et du Betsileo. Les habitants, ne s'y sentant plus en sûreté, se retiraient peu à peu vers le centre.

De là rexistence, à l'ouest de l'Emyrne et du Betsileo, d'une zone déserte de 80 à 100 kilomètres de profondeur.

Même sur la route de Majunga, qui pourtant avait pour eux une grosse importance commerciale, les Hovas n'avaient pas réussi à assurer la sécurité des transactions ; la circulation n'y avait lieu que par caravanes bien groupées, solidement constituées et armées.

La caravane dite d'Andriba, quittant Tananarive toutes les semaines, avait souvent à repousser les pillards venus de l'ouest.

Sur les autres routes, peu ou point de commerce.

Peuplades du sud. — Am sud du Betsileo, habitent les Haras, divisés en une multitude de castes.

Comme les Sakalaves, bien qu'à un degré moindre peutêtre, ils sont guerriers et pillards. Les Hovas avaient réussi à occuper Ihosy (au sud-ouest de Fianarantsoa), et à y installer un gouverneur; mais là s'était bornée leur action dans le pays Bar a.

Au sud-est du Betsileo, les Tanalas indépendants, n'avaient jamais voulu se soumettre aux Hovas, dont les eftorts étaient toujours venus se briser contre le rocher d'Ikongo, réduit de la défense tanala.

Enfin, à la pointe sud de l'île, les Antanosy, habitant les environs de Fort-Dauphin, étaient en partie soumis ; les Antandroij et les Antatsbnos^ tout à fait indépendants.

Somme toute, l'hégémonie hova n'était acceptée que par les peuplades paisibles du Betsileo et de la côte est ; partout ailleurs, c'était l'anarchie.

Madagascar étant devenue colonie française par la loi du 6 août 1896, et, par suite, l'hégénionie hova se trouvant de fait supprimée, le premier soin du général Gallieni fut de rappeler en Émyrne les gouverneurs hovas du Betsileo et de la côte est, mesure qui, à elle seule, nous rallia définitivement les populations de ces régions.

Puis, le général se préoccupa, dès le commencement de 1897, de la pénétration dans les pays insoumis. Il ne pouvait, bien entendu, pas être question, à ce moment, d'entreprendre des opérations militaires dans Fouest et dans le sud ; outre que la saison ne s'y prêtait point, le corps d'occupation était concentré presque en entier en Emyrne, et il devait y rester tant que la pacification n'en serait pas terminée.

Mais une des conséquences de l'insurrection hova avait été de créer une agitation dans toute la partie nord de l'île, agitation qui prit naissance, à l'instigation des gouverneurs, dans les colonies hovas, et gagna peu à peu les populations autochtones.

Il importait de nous rallier ces populations par des moyens politiques, en les détachant des Hovas; c'est ce qui fut recommandé aux résidents de la côte nord-ouest par les instructions du 27 janvier 1897. En principe, les résidents devaient rétablir Tordre dans leurs provinces au moyen des seules milices locales et des postes de douanes. Là où les circonstances l'exigeraient, des détachements de troupes régulières devaient être misa leur disposition; et, pour res[)ecter le principe de l'uiiité d'action et de direction, dont l'application avait déjà donné en Emyrne des résultats si remai'([uables, ces détachements seraient entièrement à leurs ordres, le commandant de latroui)e n'ayant dans ses attributions (juc le clioix des moyens d'exécution.

Les instructions du 27 janvier appelaient également rattention des résidents sur la nécessité ([u'il y avait à relier le plus lot possible leurs provinces aux cercles

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militaires de la région centrale (Ambatondrazaka et Babay), pour rétablir les relations commerciales entre la côte et rintérieur, et ramener la sécurité sur les routes de pénétration.

Déjà M. Pradon, résident de Maroantsetra (côte est), avait entrepris au mois de décembre, avec un plein succès, une petite opération sur Mandritsara, point signalé comme un foyer d'agitation et un marché d'armes important. La colonie liova avait soulevé la population, et il était à craindre que le mouvement ne s'étendit au cercle d'Ambatondrazaka et aux provinces voisines.

M. Pradon se dirigea de Maroantsetra sur Mandritsara avec 80 miliciens et des partisans betsimisarakas.

Il y arriva le 11 décembre, fit commencer la construction d'un blockhaus, et révoqua le gouverneur hova.

Mais les Hovas continuèrent à entretenir l'agitation dans le pays ; la petite garnison de Mandritsara fut attaquée, et sa situation devint peu à peu critique. Aussi le Résident général décida-t-il l'envoi à Mandritsara de la 7*^ compagnie malgache (capitaine Clavel) dont le recrutement sur la côte est venait d'être achevé.

Le capitaine Clavel reçut pour mission de renforcer Mandritsara, puis de se diriger vers Maivarano (côte nord-ouest au fond de la baie de la Loza), résidence assignée à M. le résident Troupel.

Befandriana, sur la route de Mandritsara à Maivarano, fut occupé le !*''■ mars; le 6, la compagnie eut un engagement très vif avec les rebelles, qui perdirent 400 hommes tués ou blessés et laissèrent entre nos mains 3 canons, 2 drapeaux aux armes de la Reine, 41 barils de poudre, des fusils. De notre côté nous avions eu 10 blessés (sur un effectif d'une centaine de tirailleurs).

Ce succès dégagea la route conduisant à la mer, et la compagnie, arrivée à Andranosamonte le 13 mars, y faisait sa jonction avec les milices de M. Troupel.

Andranosamontc , au fond de la baie de Port-Radaina, où les Ilovas avaient élevé des retranchements, avait été enlevé, le 3 février, par la milice soutenue par les marins du Météore^ canonnière de la division navale commandée par le lieutenant Sagot-Duvauroux.

Puis Maivarano fut occupé, sans difficulté, le 11 février. Enfin, le commandant Le Dô, chef de la division navale, installa, dans les premiers jours de mars, un poste de milice au village d'Ampasindava (embouchure de la Mahajamba (1).

Kussi-bé : la rade (llIellMllo.

L'occupation de ces points, et les opérations de la compagnie Clavcl entamèrent de la façon la plus heureuse l'occupation de la cùlo nord-ouest.

Les instructions <Iii \\ avril prescrivirent aux commandants des cercles d'Aml)aton(li'azal<a et de IJa])ay ^\o \n-i)gresser vers le nord-ouest, afin de donner la main aux milices des provinces ccMières.

(i) La iiMe iiorJ-oiiosI, du cap d'Ainbro au cap Saiiil-Andrt?. profondément d('cou|tée, pn''S(Mil(' do uoniliiTux aliris pour les navires, nu'nu' de fort lonnajro : la rade do Nussi-Hé, lu l)aic d'Ampasindava, le port Uadaina. la liaic do la I^o/.a, la baie de Mahajamba, la raib- de Bond)elokc, la baie de Ualy, oITivnt d'oxccllonts mouillages.

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}soiis verrons plus loin les événements qui marquèrent la lin de la pacification de ce côté.

Préparation de la pénétration dans les pays sakalaves de l'ouest.

Le 2*' territoire militaire avait été créé en groupant, sous le commandement du lieutenant-colonel Borbal-Gombret, les cercles militaires d'Arivonimamo, crAmbatomanga et de Soavinandriana, et la province du Yakinankaratra (qui devint plus tard le cercle de Betafo).

Les instructions adressées, le 22 décembre 1896, par le général commandant le corps d'occupation au commandant du 2^ territoire, contenaient le parag'raphe suivant, relatif à la préparation de la pénétration en territoire sakalave :

L'organisation défensive de l'Emyi-ne étant ainsi constituée par une série de postes placés sur ses limites extérieures, et la police intérieure étant bien assurée par une judicieuse répartition des milices et par l'armement de certains villages, M. le commandant du 2* territoire militaire s'occupera de préparer notre extension vers les pays sakalaves de l'ouest.

Cette extension se fera tout naturellement au nord du lac Itasy par l'occupation, par des troupes noires, des points principaux de la ligne de pénétration Tsiroanomandidy — Anka vaudra, de manière à se relier aux troupes ou milices qui occuperont, dans un avenir plus ou moins rapproché, le cours inférieur du Manambolo.

Au sud du lac, il appartiendra à M. le lieutenant-colonel Borbal-Combret d'étudier en quel point il conviendrait de créer un centre militaire important pouvant servir ultérieurement de base à notre extension vers les régions de la Tsiribihina et de Morondava.

Ce point devra être choisi sur une des principales voies suivies par les caravanes d'échange avec les Sakalaves, dans des conditions qui permettent un débouché facile à une colonne. Si la voie de pénétration par le Kitsamby et Hezezika ne paraît pas favorable, le commandant du 2^ territoire militaire étudiera, de concert avec le vice-résident du Yakinankaratra, s'il ne serait pas préférable de reporter ce centre militaire dans cette dernière province, Inanatonana, par exemple.

De toutes façons, il ne devra être négligé aucune occasion d'entrer en relations pacifiques avec les Sakalaves de l'ouest, afin que notre pénétration ultérieure dans leurs territoires puisse se faire dans les meilleures conditions.

En résumé, la création du 2" territoire militaire a pour olijet, en consolidant les résultats déjà acquis dans les cercles dArivonimanio, d'Ambatomanga et do Soavinandriana, de coordonner les efforts de toutes les troupes qui se trouvent actuellement dans le sud et l'ouest de l'Emvrne, en \ue de l'extension progressive de notre influence jusqu'aux limites de l'Emyrne d'abord, jusqu'aux pays sakalaves ensuite.

Gallieni.

Antérieurement à la création du 2*' territoire militaire, le lieutenant Rocheron , de la S*' compagnie de tirailleurs sénégalais, avait été chargé de reconnaître, avec un détachement de tirailleurs sénégalais, de tirailleurs algériens et de miliciens, le pays entre Soavinandriana, .\nkavandra, la ligne Soavinandriana — Bezezika — Manandazza et le Bongo-Lava. Plusieurs ingénieurs ou prospecteurs français l'accompagnèrent, au cours de sa mission, qui s'accomplit pendant tout le mois de novembre 1896 (1).

Plus tard (le 21 janvier), le capitaine Schaeli'er, commandant le cercle-annexe de Soavinandriana, fut envoyé à Tsiroanomandidy, résidence d'un gouverneur hova, pour recueillir des renseignements détaillés sur le pays, sur la situation des postes militaires hovas et sur l'état d'esprit des populations.

Le capitaine Schaeiler y arriva le 24 janvier (distance de Soavinandriana à Tsiroanomandidy : 108 kilomètres), avec un détachement de 13 tirailleurs algériens et 16 miliciens.

Il fut bien accueilli par le gouverneur hova Rakotovo, (pii, à aucun moment, n'avait voulu partici{)er à l'insurrection.

La population de Tsiroanomandidy, pros([ue entièrement hova (fonctionnaires, soldats, anciens soldats et leurs familles), ne comprenait qu'une vingtaine de Sakalaves; c'était donc absolument le type du village militaire.

Les renseignements recueillis montrèrent que le gouver-

(1) Voir page 1B9.

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ncnieiit général de Tsiroanomandidy s'étendant au sud jusqu'à Mauaudazza; à l'ouest, jusqu'à Ankavandra; au nord, jusqu'au Yalalafotsy, était très peu peuplé (5,400 habitants, dont 1700 Sakalaves et 3,700 Hovas), et que le pays sakalave proprement dit ne commençait qu'à l'ouest de la ligne Ankavandra— Manandazza.

Jiien que les Ilovas, groupés dans un certain nombre de villages fortifiés, eussent toujours été impuissants à arrêter les incursions venues du pays sakalave, l'occupation militaire de ce gouvernement ne devait présenter aucune difficulté.

Le 19 mars, le capitaine Orlanducci, commandant la 3" compagnie sénégalaise, reçut l'ordre d'aller occuper Tsiroanomandidy ; il y arriva le 26. Un mois plus tard, le lieutenant Rocheron fut poussé à iVnkavandra, avec 50 Sénégalais.

Tels furent les débuts de notre extension à l'ouest du Mandridrano.

En même temps, et conformément aux instructions précitées, le commandant du 2« territoire faisait occuper Inanatonana par la 12® compagnie malgache (capitaine Mérienne- Lucas). Cet officier installa, à la fin de mai, un détachement de sa compagnie à Analaidirano, au débouché d'une passe du Bongo-Lava.

Ainsi, déjà au mois d'avril, nous occupions à l'ouest de l'Emyrne deux avancées, Tsiroanomandidy — Ankavandra et Inanatonana — Analaidirano, constituant les avant-postes des troupes d'occupation du pays sakalave. Mais il fallait attendre, pour entamer le mouvement de progression, que l'achèvement de la pacification de l'Einyme eût rendu disponibles des unités en nombre suffisant.

Commencement de l'extension au sud du Betsileo.

Malgré les excitations des émissaires de la cour d'Emyrne, l'insurrection n'eut aucune répercussion dans le Betsileo ; la

sage administration de M. le docteur Besson, résident à Fianarantsoa, jointe aux heureux effets produits par le rappel des gouverneurs hovas, nous attacha les populations, d'ailleurs paisibles et travailleuses (1).

Comme celles d'Emyrne, les frontières du Betsileo sont exposées aux incursions de voisins pillards. A l'ouest, les Sakalaves; au sud, les Baras et Tanalas, venaient périodiquement razzier les villages betsileos.

Les Hovas avaient un poste à Ihosy (à loO kilomètres sudouest de Fianarantsoa, à rembranchoment des deux chemins conduisant, l'un à Tuléar, l'autre à Fort-Dauphin) ; le général prescrivit à M. le résident Besson d'y installer un officier français et une petite garnison. Le lieutenant Mouveaux, de l'infanterie de marine, alla, le 2o janvier, occuper ce point avec 6 Européens et .jO miliciens ; sa mission consistait :

1" Au point de vue militaire, à installer solidement son détachement à Ihosy, en aménageant un réduit capaljle d'être défendu par une fraction seulement de la garnison, le reste étant ainsi disponible pour une action extérieure ;

2" Au point de vue politique, à entrer en relations avec les différents chefs baras, et essayer de nous rallier les populations en leur donnant une administration conforme à leurs goûts et à leurs habitudes.

En résumé, au mois d'avril, c'est-à-dire au moment où la pacification de l'Emyrue touchait à sa fin, nous avions déjà commencé à prendre pied dans les territoires insoumis de l'ouest et du sud ; les officiers, chefs des postes qui y avaient été créés, recueillaient des renseignements et se mettaient en relations avec les peuplades voisines.

Des approvisionnements et des munitions étai<Mit poussés vers les postes les plus éloignés, destinés à servir de base

(1) La rail' botsili'u lompieiid enviioii UOO.OOO iiiiliviilus

au mouvement d'extension qui devait être entamé au fur et à mesure que des compagnies pourraient être, sans inconvénient, retirées des cercles d'Emyrne.

L'intention du général était, en môme temps que le mouvement de progression se produirait de la région centrale vers les côtes, de pousser de la côte à la rencontre des unités venues du centre, des détachements de troupes ou de milices.

La 8^ compagnie haoussa (capitaine Parent de Curzon) alla occuper Maintirano au mois de juin ; un détachement, sous les ordres du lieutenant Bellier, s'installa à Morondava et Mahaho.

Le voyage que le général entreprit autour de l'île, en mai et juin 1897, avait pour but, au point de vue militaire, de se rendre compte, sur place, de la situation des provinces côtières, et de donner des ordres pour la progression de l'intérieur.

La tactique recommandée pour la pénétration dans les territoires insoumis était toujours la même : sanctionner tout mouvement en avant par l'occupation efTective du pays au moyen de postes militaires solidement organisés; n'user de la force que lorsque les moyens politiques seraient insuffisants pour rétablir l'ordre ; faire suivre l'occupation militaire du pays de sa réorganisation administrative.

Nous étudierons maintenant en détail quelques-unes des opérations auxquelles a donné lieu la pénétration dans les territoires insoumis de l'ouest et du sud, en nous contentant de faire un court résumé pour certaines d'entre elles.

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