ÉTAT-MAJOR
Chef de bataillon Gérard, commaiulant les troupes troccupation du
Ménabé.
Major de colonne : capitaine Détrie.
Officiers de renseignements : lieutenant Martin ;
— — lieutenant Thomassix.
TuRQUOlS, lieutenant du génie.
Docteur Lévrier, médecin de l'* classe des colonies. Gailhac, aide-commissaire des colonies.
M. Gautier, directeur de l'enseignement, accompagnait Tétat-major
et devait procéder à Tétude géologique des régions traversées (1).
TROUPEi».
1 peloton d(! la compagnie de tirailleurs algériens (lieutenant
Randey).
2'' compagnie de tirailleurs séné;;alais (capitaine DuLIN). ° — — (capitaine Mazillier)-
L^' — — (cipKaine Horin).
Si'ctiun d'artillerie, 1 pièce 80, 1 llutclikiss ilieutenaiit CuaruonXEL)- 70 conducteurs sénégalais et 70 mulets (sous-lieutenant March.\t).
Approvisionnements.
A la (latr (lu .'{0 juillcl. les iiiagasins de Miandrivazo ren fermaicMil :
(1) M. (îaiitier avait fait en 1893. dans le Ménal)é. une »\ploralion très remarquée; il connaissait parfuilcnient la langue sakalave.
:24b DEUXIEME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.
. , ,c. / 100 Européens ou Aleériens. 3 mois 1/2 \ ^,^^ a <„ .„ 1 •
de vivres
pour
550 Sénégalais.
700 bourjanes.
100 mulets.
M nitio • [ *^^'^^^ cartouches (modèle 1886), en caisses réduites.
148 charges pour le canon de 80.
98 — pour le Hotchkiss.
1 caisse de fusées de signaux.
d'infanterie
et d'artillerie
Enfin, un important approvisionnement d'outils du génie, un stock de 500 cartouches de mélinite, ainsi qu'une réserve de médicaments étaient déposés au poste.
Tous les éléments de la colonne étaient concentrés, le 10 août au soir, à. Miandrivazo, après avoir suivi, sans incidents, l'itinéraire Tananarive — Ramainandro — Inanatonana — Analaidirano. (15 à 16 étapes.)
Les renseignements faisaient connaître qu'à ce moment Mahatanty, le chef du Betsiriry, réunissait ses guerriers à Anosymena, dans une presqu'île située au milieu des marécages du Mahajilo, non loin du confluent avec la Mania. Namela, ancien chef de Benjilo, qui donna ces renseignements, ajoutait que Mahatanty se préparait à la résistance et qu'il était en relations avec Toera, qui comptait sur lui pour nous arrêter à l'est du Bemaraha.
Le commandant Gérard résolut de s'emparer d'Anosymena par surprise, afin de frapper l'imagination des Sakalaves et d'empêcher les guerriers de Mahatanty d'aller rejoindre ceux de Toera, roi de Ménabé, résidant à Ambiky.
En conséquence, le 12 août au soir, les ordres furent secrètement donnés pour attaquer Anosymena le 13, au point du jour. La colonne fut divisée en quatre groupes, chargés d'investir le village.
Malgré la longueur (20 kilomètres) et les difficultés de
la marche, ducs à la nature marécageuse du terrain (1), les groupes se trouvèrent au rendez-vous le matin, sans avoir été éventés.
Après une courte préparation par le feu de la pièce de canon, le village fut enlevé à la baïonnette.
Mahatanty put s'enfuir.
La o*' compagnie sénégalaise (capitaine Robin) fut laissée à Anosymena, avec mission de battre méthodiquement les îles couvertes de roseaux formées par le Mahajilo aux environs du village. Les autres éléments de la colonne rentrèrent à Miandrivazo, où le commandant Gérard prépara l'organisation du secteur du Betsiriry et la reprise de la marche en avant.
Pendant ce temps, .Namela était chargé de provo({Ucr la soumission des villages voisins, et d'inviter les indigènes à participer à un grand kabary ([ui devait avoir lieu le 18 août à Anosymena.
Un millier de Sakalaves s'y rendirent et jurèrent d'obéir, dorénavant, à Xamela, nommé chef du Betsiriry, en remplacement de Mahatanty.
Xamela lui-même était mis sous les ordres du lieutenant Baudohi, de la o" compagnie sénégalaise, qui devait provisoirement rester à Anosymena, pendant que le reste de la colonne poursuivait la marche vers l'ouest.
Marche sur Bemena et Ambiky.
Le nioiiNciiuMil de progression vers le Ména])é fut requis le lî) août. a[)rès i[\w \r Hctsirirv eut été constitué en un
(1) L'istluno élroit qui niUaoho Aiiosyinciia au notsirin est cnvalii. ou tonle saison, par les liantes lii'ilics ci les rusoaux. l'artout ailli'iirs, Anosymoiia ot en Uni ré (l'eau l'I de inanVa;:c3, \vrilal)lc teinture de vase de 1 kilomètre de larjjeur moyenne. Une véj;étalioii aquatique fort puissante au^'uiente encore les diflieullés d'approche, dilïïcullés qui étaient ItVendaires chez les llovas.
i248 DELXIEME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.
secteur, rattaché, en principe, au cercle de Betafo; la 12*^ compagnie du l^"" régiment malgache (capitaine Giudicelli) devait ultérieurement venir l'occuper.
La colonne, y compris la 3^ compagnie sénégalaise d'Ankavandra, forma trois groupes :
le«" groupe (65 hommes de la 3" compagnie sénégalaise). Devait quitter Ankavandra le 19 août pour occuper, le 22, Bekopaka sur le Manambolo.
2^ groupe : commandant Gérard. (2^ compagnie sénégalaise, 1 peloton de la S® compagnie sénégalaise, peloton algérien.) Devait occuper Bemena le 21 août, en partant d'Anosymena et franchissant le Bemaraha.
3*^ groupe : cdi-piiaina Mazillier. (4® compagnie sénégalaise, 1 pièce de 80.) Devait marcher par la rive gauche de la Mania et clelaTsiribihina, traverser laSakeny, en face Marokotay, et déboucher le 23 août sur la Tsiribihina à Begidro en face de Bemena.
Le mouvement s'exécuta conformément aux ordres donnés ; les Sakalaves n'opposèrent point de résistance ; mais la marche fut très pénible dans un pays coupé de cours d'eau et de fondrières. Le 3*^ groupe, qui traversa une région peuplée, se fit rendre 250 fusils; il refoula devant lui les gens de Bemena, qui s'étaient enfuis sur la rive gauche de la Tsiribihina, à l'approche du 2" groupe.
Des postes furent installés à Bekopaka et à Bemena.
La marche fut reprise les 25 et 26 août ; il y avait intérêt à brusquer le mouvement, car les renseignements fournis par les émissaires attestaient que la marche dès troupes avait tellement surpris les Sakalaves, qu'ils avaient abandonné momentanément toute idée de nous arrêter sur les sentiers conduisant à Aiidnkv.
La colonne fut divisée en qxiatre groupes de pénétration :
l""" groupe : capitaine Mazillier. (4*^ compagnie sénégalaise.) Devait quitter Begidro le 2,-) au matin, suivre sur la rive gauche l'itinéraire Berevo — Androngony, et passer sur la rive droite dans la plaine du lac Hinia.
2^ groupe : capitaine Robin. (1 peloton de la o^ compagnie sénégalaise.) Devait quitter Bemena en pirogues, le 25 au soir, et descendre la Tsiribiliina jusqu'à Tsimangoa.
En cours de route, le capitaine Robin devait s'arrêter vers Androngony, pour faire passer sur la rive droite la compagnie Mazillier.
Le 2" groupe, après avoir reconnu Tsimangoa, rejoindrait le 1" groupe dans la plaine d'IIima.
S'' groupe : commandant Gérard. (Peloton algérien, 3 sections de la 2^ compagnie sénégalaise, le détachement d'artillerie.) Ce groupe, quittant Bemena le 20 au matin, devait gagner, par la rive nord du lac Andranomena, Ankalalobé, résidence du chef Mahata, et enfin faire sa jonction avec les deux premiers groupes dans la plaine d'IIima.
4® groupe : lieutenant Martin. (I section de la 2" compagnie sénégalaise.) Ce groupe devait quitter le 3" aux environs d'Ankalaloljé et gagner Bekopaka. pour assurer la liaison avec le capitaine Orlanducci.
Il ne devait être détaché de la colonne du comnuuuhuit Gérard que lorsque la position d'Ankahilolié aurait été reconnue, de façon à ne faire courir aucun risque à ce détachement d'un effectif assez faillie.
En résumé, les group<>s .Ma/illifr cl lloliiii, après avoir ])attu les routes du sud et reconnu la Tsiribihina, devaient se trouver eu position à llima, pour l)arrer la route de retraite (pii semblait sinqioser aux gnerricM-s (h> .Mahata, s'ils essayaient
de résister à Ankalalobé ; enfin, à la date du 28 août, tous les éléments de la colonne devaient se trouver groupés dans la plaine d'IIima (à Texeeption du peloton Baudoin, 5« compagnie sénégalaise, laissé à Anosymena; de la section de la 2^ compagnie sénégalaise, commandée par le lieutenant Martin, et de la demi-section de la i" compagnie, laissée à Bémena sous le commandement du sergent Voisin).
En même temps que ces mouvements s'effectuaient, le lieutenant BelUer, qui occupait Maliabo avec une section de la 8^ compagnie haoussa, devait diriger une reconnaissance sur Béronono.
Les différentes colonnes exécutèrent la marche dans les conditions prévues ; mais, à cause même de la nature du terrain parcouru et des obstacles naturels de la région, elles eurent à vaincre de nombreuses difficultés.
Dans toute cette région, il n'y a que de mauvais sentiers qui s'enfoncent sous bois ou serpentent à travers des fondrières vaseuses et des marécages profonds.
En dehors de ces difficultés, le peloton du capitaine Robin qui, pendant les journées des 25 et 26 août, descendit la Tsiribihina en pirogues jumelées, eut à parer à tous les accidents inhérents à ce mode de transport, accidents qui étaient d'autant plus à redouter que les pirogues étaient conduites par des Sénégalais inexpérimentés, incapables de maintenir leur embarcation dans le chenal.
En cours de route, les groupes Mazillier et Robin eurent de légères escarmouches avec les Sakalaves; malgré les obstacles de tout genre qu'ils rencontrèrent, ces deux groupes se trouvaient, le 27 août au soir, en position dans la jilaine d'Hima, barrant les sentiers conduisant à Ambiky.
Dans sa marche, le commandant Gérard n'avait pas rencontré de résistance effective à iVnkalalobé, mais il avait constaté que beaucoup d'habitants s'étaient enfuis pour ne pas faire acte de soumission ; aussi avait-il dû laisser dans
la région une section de la 2*^ compagnie sénégalaise, sous les ordres du lieutenant Evrard; cet officier avait pour mission de désarmer les villages voisins d'Ankalalobé, qui, espérant échapper à nos investigations, n'avaient pas cru devoir faire leur soumission.
Le 28 août, le 3" groupe, commandé par le commandant Gérard, rejoignait les deux premiers dans la plaine d'Hima. En résumé, les trois groupes, après avoir suivi des itinéraires différents, se trouvaient rassemblés à proximité d'Ainbiky, objectif de la colonne.
En dépit des difficultés du terrain, de la chaleur intense, de la mauvaise volonté des guides, du manf[ue de renseignements précis sur la topographie du pays, lej^rogrammc tracé était accompli en tous points.
Nos troupes avaient rapidement et méthodi(|uenicnt progressé de Bemena vers Touest en se montrant partout à la fois et en reconnaissant les chemins existant aussi bien entre la Tsiribihina et le Manand>olo qu'entre la Tsiribihina et Mahabo, où le lieutenant Bellier s'efforçait d'augmenter son rayon d'action vers le nord.
Au cours de leur marche rapide, les groupes avaient recueilli un assez "grand nombre de fusils (325) remis par quelques villages désireux de faire leur soumission ; mais il était facile de se rendre compte que si des Sakalaves étaient venus se présenter au-devant des colonnes de pénétration, le plus grand nombre s'étaient enfuis pour aller grossir, à. Ambiky, les rangs des guerriers de Toera, dont l'attitude devenait de plus en plus hostile : le 28, le convoi du 3'' grou[)e avait été attaqué sous ]>ois.
Le commandant Gérard, estimant ([u'il soi-ait nuisil)lo de temporiser plus lougtenq)s avec 'l'oera, (léci(hi de ratta([U('r le 30 au matin à Ambiky.
L'atta([ue fut exécutée par toutes les troupes divisées en (piatre groupes ([ui, pendant la nuit, entourèrent le village. L'é([uipage de la vedette de la canonnièr-e Sif/'jffisc prit part
Ho'! DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.
à lattaquo avec renseigne Blot. Cette vedette venait d'arriver sur la Tsiribihina. à hauteur d'Ambiky, ayant à son bord M. Samat, colon français établi à Morondava, auquel, précédemment, le Résident général avait donné le titre de correspondant de la Résidence générale.
Les Sakalaves furent complètement surpris ; le village tomba en notre pouvoir, presque sans résistance : Toera se trouvait parmi les morts. Son frère Inguerezza le remplaça comme roi du Ménabé.
Le commandant Gérard procéda aussitôt à l'organisation du district de la Tsiribihina, qui comprit la vallée, de Bemena à l'embouchure, et au désarmement de la population.
Ravitaillement des troupes.
D'importants résultats avaient été obtenus à la fin d'août : nos troupes, parties le 19 août de la région de Miandrivazo, avaient atteint la basse vallée de la Tsiribihina ; si, dans cette période, elles ne livrèrent pas de combats meurtriers, elles eurent à supporter des fatigues exceptionnelles pour résister à la chaleur et vaincre les obstacles naturels de la région comme ceux créés par les Sakalaves.
Si tous ces obstacles rendirent particulièrement pénible la marche de nos troupes, il est facile de concevoir quelles difficultés dut présenter le ravitaillement des différentes unités, difficultés qui augmentèrent forcément au fur et à mesure que les troupes avançaient dans le Ménabé et s'éloignaient du Betsiriry; cependant, il fut assuré dans d'excellentes conditions.
Aussitôt après la prise d'Anosymena, tous les bourjanes disponildes avaient été employés à faire des convois entre ce poste et Miandrivazo ; mais après le départ des différents groupes pour licmena, le nombre des porteurs était trop restreint pour transporter les vivres à la nouvelle base d'opérations;
OCCUPATION MILITAIRE DU MÉNABÉ. 2o3
il fallait, atout prix, utiliser la voie fluviale pour augmenter le rendement des transports.
Il ne pouvait être question de réunir un grand nombre de pirogues, on n'en avait trouve que fort peu dans le Bctsiriry. On ne pouvait compter que sur les radeaux ; le lieutenant Turquois fut chargé d'en construire quelques-uns.
Les premiers essais de navigation, à l'aide de ces radeaux, donnèrent de mauvais résultats, à cause de la forte densité des bois trouvés dans le pays ; tous s'échouaient sur des bancs de sable, en aval de Miandrivazo. Sans se laisser décourager par ces insuccès, le lieutenant Turquois procéda à l'étude détaillée du fleuve jusqu'à Beniena, et reconnut 1<> chenal navigable, sur lequel il n'engagea plus dès lors que des radeaux légers.
Dès le 20 août, arrivaient des convois de radeaux à Anosvmena , et , malgré quelques pertes inévitables, ^^''^"'"^"'^ ^" ?''"'^ TIRQUOIS.
un assez fort contingent
d'approvisionnements fut transporté à la nouvelle Ijase d'opérations.
Les divers groupes emportèrent d'Anosymena des vivres jus(ju'au 2o août ; de plus, un convoi do 200 bourjanes, transportant 2i jours de vivres pour 100 Européens et Algériens, et 9 jours de vivres pour les Sénégalais et les bourjanes, suivit le groupe du commandant Gérard, dans la marche d'Anosyniena à liemena.
2o4 DEUXIEME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.
De cette façon, pour les opérations sur Bemena et au delà, la colonne disposait d'un mois de vivres pour les Européens et 15 jours pour les indigènes.
Dès le lendemain de l'arrivée à Bemena, les 200 bourjanes du convoi furent renvoyés à Anosymena et revinrent à Bemena le 25 avec un nouvel approvisionnement, qu'augmenta un convoi par eau, conduit par les lieutenants Gaudaire et Turquois, et qui arriva le même jour.
De Bemena, les troupes partirent, emportant des vivres jusqu'au 31 inclus ; le détachement du lieutenant Martin avait un mois de vivres pour les Européens et 15 jours pour les Sénégalais et les bourjanes.
Pendant la marche de Bemena à Ambiky, le 3" groupe fut suivi par un convoi spécial confié au lieutenant Gaudaire, qui arriva le 30 au soir à Ambiky, avec un approvisionnement de 8 jours pour toute la colonne.
Le lieutenant Turquois et l'aide-commissaire Gailhac activèrent le plus possible l'évacuation des magasins du Betsiriry sur la basse Tsiribihina.
Le mouvement fut facilité par un arrangement avec les chefs sakalaves, qui fournirent les pirogues avec leurs piroguiers pour effectuer des navettes entre Anosymena et Ambiky.
Organisation du pays conquis.
La vallée de la Tsiribihina forma un district dit « district de la Tsiribihina », sous le commandement du capitaine Mazillier, qui l'occupa avec sa seule compagnie, répartie en trois postes principaux : Ambiky, Tsimanandrafozana, Ankalalobé, et deux petits postes Androngony et Bemena, destinés spécialement à la surveillance du fleuve et des convois fluviaux. Enfin, un poste volant sur la Tsiribihina, à hauteur d 'Ambiky et à 4 kilomètres de ce dernier point, devait assurer la garde de la flottille fluviale, goélettes, boutres et pirogues. Le
district recevait un approvisionnement de vivres, 20,000 cartouches 86, et la pièce Ilotchkiss, approvisionnée à 98 coups. Le capitaine Mazillier recevait en même temps des instructions détaillées sur la mission que, comme commandant du district de la Tsirilnhina, il était appelé à remplir au triple point de vue militaire, politique et administratif.
Les autres éléments de la colonne furent affectés au.v missions suivantes :
Le peloton Baudoin, de la o'' compagnie sénégalaise, aussitôt qu'il serait relevé par la compagnie Giudicelli (12^ du l®"" malgache), devait se rendre du Betsiriry à Mahabo, en pacifiant la vallée du Sakeny.
L'autre peloton de la 5^ compagnie, avec le capitaine Uobin, devait suivre l'itinéraire Androngony — Bemena, recevoir la soumission des villages riverains de la Tsiribiliina, s'établir avec le peloton Baudoin sur la ligne Betsiriry — Mahabo, y assurer les escortes des convois d'évacuation du magasin d'Anosymena sur celui de Mahabo, et enfin rallier Mahabo.
Un peloton de la 2" compagnie sénégalaise, avec le lieutenant Evrard, fut maintenu pendant quelques jours sur les bords de la Tsiribihina, pour y terminer les convois par eau; ce peloton devait rallier ensuite Morondava.
Une section de la 2^ compagnie sénégalaise, avec le lieutenant Martin, devait reconnaître le cours et la navii;al)ilité du Manambolo et installer un poste ci l'embouchure de ce fleuve, à lienjavilo, sur le bras le plus fré({uonté par les Ijoutres.
Un groupe, sous les ordres du capitaine Dulin, et composé d'une section de la 2" compagnie et de l'artillorie, avait pour mission de suivre et de reconnaître la route d'Ambiky à Mahal^o, de })acifier la région et de relever à Mahabo la section du lieutenant Bellier, qui rallierait Morondava, pour ensuite rejoindre la portion centrale de sa compagnie à Maiiitirano.
Le peloton algérien devait se l'endre directement, avec le commandant de la colonne. d'AnibiUv à Morondava.
'2o6 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.
Le 10 septembre, un mois exactement après le début de la période active des opérations, la situation était la suivante :
Le secteur du Betsiriry, parcouru par les reconnaissances du lieutenant Baudoin bien secondé par Namela, était tranquille et semblait pacifié.
La plupart des habitants étaient rentrés dans leurs villages. Environ 800 fusils avaient été rendus, soit au kabary d'Anosymena, soit au lieutenant Baudoin.
Les convois de ravitaillement se succédaient rapidement de Miandrivazo à Anosymena et d'Anosymena à Bemena sans être inquiétés.
Dans le district dit de la Tsiribihina, ayant pour limites : à l'est, le versant oriental du Bemahara ; au nord, une ligne entre la rivière Soahazo et le Manambolo, et, au sud, une ligne au sud de la rivière Andranomena, le désarmement se poursuivait avec activité, les villages se repeuplaient et les habitants de la rive droite de la Tsiribihina prêtaient leur concours à Torganisation des convois fluviaux entre Bemena et Ambiky.
Le district avait été parcouru en tous sens. La navigabilité de la Tsiribihina devait faire l'objet d'une étude plus approfondie, confiée au lieutenant Turquois; enfin, la route du Betsiriry était ouverte et gardée par la compagnie Robin.
Organisation du district de Mahabo.
Dès l'arrivée du capitaine Dulin (S*' compagnie sénégalaise), à Mahabo, la reine Rasinaotra était venue se présenter au nouveau commandant du poste en protestant de sa soumission entière à la France ; elle vint de nouveau rendre visite au commandant Gérard, lors de son arrivée à Mahabo, puis elle assista au grand kabary auquel le commandant avait convoqué tous les habitants, kabary auquel, d'ailleurs, ils se rendirent en foule.
OCCUPATION MILITAIRE DU MENABE. 2o /
Dans cette réunion, l'abolition de l'esclavage fut proclamée, et les habitants furent instruits des devoirs que leur imposait désormais l'occupation française. Suivant la ligne de conduite adoptée jusqu'à ce jour et conformément à la politique de races, les Hovas de Mahabo remplissant des fonctions officielles reçurent l'ordre de se préparer à rentrer en Emyrne : l'autorité ne pouvait et ne devait être désormais exercée que par le commandant du district, assisté de fonctionnaires indigènes choisis parmi les notables influents originaires du pays.
Les Hovas non fonctionnaires, mais commerçants ou mariés à des femmes sakalaves, furent seuls autorisés à rester dans la région.
Le capitaine Dulin devait désarmer les habitants, rechercher les indigènes notables et influents, susceptibles d'être investis de fonctions administratives.
Au point de vue mihtaire, il fut invité à installer le plus tôt possible une garnison à Malaimbandy, sur la ligne de communication de Mahabo, vers la région centrale, par Midongy. Ce dernier point avait été occupé, le mois précédent, par un détachement de troupes du Betsileo, commandé par le lieutenant Ilonschooto.
Le comman(Uint Gérai-d ([uitta .Mahabo le 1 1 septembre, et s'embarqua à Morondava le 12, sur la Sta-prise, pour se rendre à Jîenjavilo et y régler, avec le capitaine Orlanducci, le détail (h.' l'occupation du district du Manambolo.
Le commandant emmenait avec lui létat-major. le peh)tou algérien et l'artillerie (pièce de 80).
La section de la 8'- compagnie haoussa, relevée à Mahalx» par la 2" compagnie sénégalaise, était en même temps dirigée par goélette sur Henjavilo, avec les bourjanes et un approvisionnement de vivres et de munitions destinés à la 3® compagnie sénégalaise et aux troui)os qui devaient opérer dans hi région de Maintiraiio.
:2o8 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.
Le 13 septembre au matin, le commandant Gérard débar qiiait à Benjavilo, où il trouvait le capitaine Orlanducci.
Organisation du district du Manambolo.
A ce moment, la S*' compagnie sénégalaise, n'occupait dans la vallée du Manamljoloque les deux postes d'Ankavandra ( 1 )
et de Bekopaka ; la garnison de Benjavilo, à l'embouchure de cette rivière, était fournie par la section de la 2® compagnie sénégalaise, détachée sous les ordres du lieutenant Martin.
Des renseignements recueillis par le commandant des troupes du Ménabé, il résultait que la création d'un certain nombre de postes s'imposait pour assurer notre occupation effective de la région. Dans l'état actuel, notre champ d'action était restreint aux environs mêmes d'Ankavandra et de Bekopaka et aux aliords immédiats de la route qui rejoint ces deux points.
(1) Ankavaiidra était relié avec Tsirounomandidy par trois postes ou blockliaus servant de gîtes d'étapes ; ils avaient été installés à la fin d'août, sur l'ordre du commandant du 2^ territoire.
Peu de temps avant leur installation, un incident avait monlré que ce pays était encore infesté de bandes de pillards. Le 8 août, le sergent Bruneau, nommé chef de la « gérance d'annexé » récemment créée à Ankavandra, quittait Tsiroanomandidy avec un caporal et six tirailleurs sénégalais escortant un convoi d'argent et de munitions.
Le 9, à 11 heures du matin, il se trouva en présence d'une centaine de Sakalaves qui venaient de voler à des marchands du Mandridrano un troupeau de 600 bœufs. Les Sakalaves, simaginant qu'il existait une relation entre ce vol et l'apparition du
La prise de possession de la région entre les districts de Maintirano et de la Tsiribihina devait entraîner la création de nouveaux postes dont le chef aurait pour mission principale de procéder au désarmement de la population.
Des résultats assez importants avaient déjà été ol)tenus dans ce sens.
Le capitaine Ôrlanducci s'était fait livrer 390 fusils par les habitants de Bekopaka et des environs ; le lieutenant Martin, de son côté, avait réussi à s'en faire remettre o93 au cours de sa mission entre lîekopaka et la côte.
Mais si les habitants du bas Manambolo semblaient décidés à se soumettre, il était néanmoins nécessaire de les surveiller ; enfin, certaines tribus sakalaves, au nord d'Ankavandra et au nord de Bekopaka, n'avaient pas répondu à Jiotre appel ; il importait d'établir cliez elles des postes militaires destinés à forcer leur soumission.
En vue d'assurer la prise de possession délinitive du bassin du Manambolo, le commandant Gérard donna au capitaiiu» Orlanducci les ordres suivants :
En attendant Farrivée de la 2*^ compagnie du 2" régiment malgache (1) (|ui occuj)erait la région d'Ankavandra, la ,3" compagnie sénégalaise fournirait des garnisons à Ankavandra, Bekopaka, Benjavilo et Soahanina, })lus un poste de surveillance sur le Manambolo.
détaclitMiieiit IVaiK.ais, raccucillireiil à coups de fusil. Le .sei-î,'eiil dispose ses hommes et commande des feux de salve; il est tué presque aussitôt d'une halle ;T la tète; le caporal sénégalais prend le commandement, il est tué à son tour. Un tirailleur de l""' classe le remplace et prend a\ec le plus grand sang- froid ses dis|tosilious pour se replier sur Tsiroanoniandidy en euunenant son convoi de hourjanes. Mais les Sakalaves menacent d'en\elopper la petite troupe. Heureusement, les ecmducteurs de hieufs, dont quelques-uns étaient armés et qui avaient été mis en fuite par les voleurs, reviennent au hruit de la fusillade et, rassurés par la vue des uniformes français, dirigent leur feu sur les Sakalaves qui, intimidés par cette diversion et par la ferme attitude des quatre Sénégalais, se retirent vers louest en ahandonnant les ho-ufs.
Le convoi put rétrograder sur Tsiroanoniandidy sans èlre autrement inquiété : il fut recueilli en route par le lieutenant Verliaeglie, qui accourait à son secours, ayant été prévenu par un l)ourjane fuyard.
(1) Elle n'arriva à Aukavandra que le 3 octobre.
Profitant du désarmement opéré sur le bas Manambolo, le capitaine Orlandu coi, avec les fusils disponibles de sa compagnie, irait créer un poste vers Marohabo, au nord d'Ankavandra, sur la route de Maintirano, et opérerait le désarmement de cette région.
Ultérieurement, le capitaine Orlanducci devait rechercher remplacement d'un poste au nord de Bekopaka et à Test de Soahanina, au milieu d'un centre de populations qui n'avaient pas répondu à l'appel du lieutenant Martin.
Provisoirement, le district du Manambolo comprit 3 secteurs : Ankavandra, Bekopaka, Benjavilo. A ce dernier était rattaché le sous-secteur de Soahanina.
Au cours d'un kabary tenu à Benjavilo, le commandant procéda à l'élection des chefs indigènes.
Une infirmerie de garnison fut créée à Bekopaka et sa direction confiée au docteur Rapuc.
Le port de Soahanina fut occupé le 16 par un détachement d'un sergent et 20 hommes de la 3*^ compagnie sénégalaise, sous le commandement du lieutenant Gaudaire.
Transporté à bord de la Surprise, ce détachement, avec le concours de la compagnie de débarquement de la canonnière, sous les ordres de l'enseigne Bories, débarcpia sans incident.
Le 18 septembre, après avoir tracé au capitaine Orlanducci le programme qu'il devait suivre, le commandant des troupes d'occupation du Ménabé s'embarqua sur la Surprise.
Occupation du Mahilaka.
Dès son arrivée dans le Ménabé central , le commandant Gérard était entré en correspondance avec le capitaine Mourin, qui avait remplacé à Maintirano, comme commandant de la 8'- compagnie haoussa, le capitaine Parent Je Curzon.
Maintirano est le débouché du Mahilaka, sur le canal de Mozanibifiue. Les Sakalaves de la région obéissaient alors à
une multitude de roitelets, sans cesse en guerre les uns contre les autres; les reines Fatonia et Bihiasso, les rois Monrosy, Vazou, Tsimametra, etc.
Pour le moment, tous ces chefs étaient disposés à s'unir pour nous empêcher de pénétrer dans leur pays.
Nous n'occupions, en dehors de Maintirano, que le poste d'Andemba, à quelques kilomètres de la côte. Dans les premiers jours de septembre, les Sakalaves étaient venus voler le troupeau de bœufs parqué en dehors du poste.
Le commandant Gérard débarqua à Maintirano le 20 septemlu'e ; il disposait des troupes suivantes :
8" compagnie haoussa
(capitaine Mourin) ; 1 section de la 2^ compagnie sénégalaise (lieutenant Martin) ; 1 peloton algérien (lieutenant Raxdey) ; 1 pièce d'artillerie (lieu- Lieutenant randev,
tenant ChaRBONXEl). '^'' TiraM.^^v. algériens.
Il attendait en outre des détachements des 2" et o" comi)agnies sénégalaises, qui devaient être transportés par goélette de Tsimanandrafozana et de Morondava à Maintirano.
Il résolut d'occuper dans l'intérieur les villages sakalaves les plus inq)ortants, et, sur la côte, Tand)oharana et l{ora\ ina, afin (h' limiter la confrol)ande de guerre.
Des le 21 sept(Miil)i'(>, h' lieiiteiiaut Thoniassiii fut transporté par goélette à JJera^^lla avec un sergent eur<)})éen et 20 llaoussas; la canonnière Mélrorc, qui venait de rehner la Surj)rlst\ mouilhi devant hei'avina })our appuyer le i)etit détachement.
Le 2.'{, le <'(HUinMndanl (îérard <piilta AndcMuba et se dirigea
ll&2 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.
sur Anjia, village de Monrosy, situé au pied du Bemaraha, où il arriva le 24 septembre. Les habitants l'avaient évacué.
Un poste provisoire fut immédiatement installé à Anjia, sous les ordres du lieutenant Bellier, avec 30 Haoussas et la pièce de 80 ; puis le commandant Gérard partagea la colonne en quatre détachements, qui reçurent les missions suivantes :
1° Le capitaine Détrie, avec le lieutenant Conrad (50 Haoussas et le peloton algérien), devait franchir le Bemaraha, aller créer le secteur du haut Manambaho et y installer le lieutenant Conrad et ses SO Haoussas. Le commandant du nouveaoi secteur avait reçu la mission d'entrer en relations avec Makarainga et Marohabo. Son installation dans la région du haut Manambaho devait coïncider avec la tournée du capitaine Orlanducci dans le nord d'Ankavandra ;
2° Un détachement de 30 Haoussas alla créer un poste à Bélalitsy, résidence de Fatoma ;
3° Le lieutenant Charljonnel devait rentrer à Andemba avec quelques hommes pour organiser un deuxième convoi de ravitaillement pour Anjia et le haut Manambaho ;
4° Le commandant Gérard, avec M. Gautier, le capitaine Mourin, le lieutenant Martin, 30 Sénégalais et 20 Haoussas, devait reconnaître le bas Manambaho et gagner Tamboharana et Beravina.
Le 26 au matin ces quatre détachements quittèrent Anjia.
Le capitaine Détrie se dirigea sur Ambalarano, qu'il atteignit le 27 ; ce village et tous les hameaux environnants étaient évacués, leurs habitants s'étaient réfugiés au nord du Manaml)aho dans le massif du Fonjia.
Ambalarano, situé sur la presqu'île formée par le confluent du Manambolo et du Bemarivo, fut choisi comme emplacement d'un poste définitif.
Le 28, le capitaine Détrie envoya un émissaire aux Sakalaves dans l'espoir d'entrer pacifiquement en relations avec eux, mais Témissaire ne reparut pas. Le soir, le capitaine se
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Vers Ankavandra
mettait en route pour Morafenobé, où se trouvait un groupement important de villages.
Là, comme partout ailleurs, les hahitants avaient pris la fuite. L'imiîortance de la position de Morafenobé, le grand nombre de villages et de cultures existant dans les environs firent choisir ce point comme chef-lieu du secteur, et le lieutenant Conrad commença l'installation du poste. Le 30, le capitaine Détrie rentrait à Ambalarano ; le poste avait été attaqué par les Sakalaves, mais le sergent Vion, qui commandait le détachement, avait brillamment repoussé l'attaque, n'ayant eu qu'un tirailleur haoussa blessé.
Pendant que le capitaine Détrie opérait sur le haut Manambaho, le commandant Gérard faisait la reconnaissance de la basse vallée de ce fleuve.
Il avait cjuitté Anjia le 26 au matin, et, le 27, dans la journée, après avoir traversé le Manambaho, il avait atteint le groupe des villages d'Antoha, où se fit la grande halte.
Ces villages étaient évacués ; la petite colonne n'y trouva ({ue 2 ou 3 femmes, tous les habitants s'étaient cachés dans les bois voisins.
L'une de ces femmes fut envoyée en éuiissaire pour inviter les Sakalaves à rentrer chez eux.
Une heure après, environ, 30 à 40 Sakalaves s'avanc«u'ent vers le camp, comme pour venir faire leur soumission ; le lieutenant IMartin, envoyé à leur rencontre avec le sergent Miquet et 10 tirailleurs sénégalais, engagea des pourparlers avec eux, mais, tout à coup, ceux-ci tirèrent presque à bout portant sur la petite troupe, ([ui eut 1 sergent sénégalais tué et 4 tirailleurs lîlessés.
Dès les premiers coups de fusil, des renforts avaient été envoyés sur le théAtre de l'action, et les Sakalaves furent vigoureusement pourchassés.
La marche avait été reprise vers l'ouest : à partir de ce moment, la colonne ne cessa d'ètiv alla née, dans les bois,
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dans les roseaux, et au campement la nuit. Le 28, la colonne dut marcher pendant douze heures en formation de combat,' la marche tout entière ne fut qu'une série d'embuscades et d'escarmouches, un long' combat au milieu des bois ou des marais.
Cette journée fut particulièrement pénible en raison des difficultés du terrain, de la chaleur, de l'énervement de la troupe, constamment harcelée par un ennemi invisible, après une nuit de veille, avec un convoi alourdi par des blessés portés en filanzana, avec de mauvais guides.
Malgré toutes ces difficultés, la marche se poursuivit régulièrement, méthodiquement, dans l'ordre le plus complet, avec une discipline remarquable et une endurance extraordinaire.
Dans ces escarmouches successives, les Sakalaves avaient subi de fortes pertes ; à plusieurs reprises, ils durent abandonner leurs morts sur le terrain (1); mais, de notre côté, la section du sous-lieutenant indigène Ahmed, placée à Tavantgarde sous les ordres du lieutenant IMartin, eut 3 tués et 3 blessés ; le capitaine Mourin fut lui-même blessé.
La petite colonne atteignit enfin Tamboharana le 28, à 6 heures du soir.
Le port de Tamboharana est un point important sur un bras de mer, à 2 kilomètres de la côte, où les boutres et goélettes peuvent remonter facilement.
Dès son arrivée, en raison de l'attitude hostile de la région, le commandant Gérard fit renforcer la garnison de Beravina par 20 Haoussas, puis il s'embarqua sur le Météore et gagna Maintirano, où il débarqua le 2 octobre.
Le commandant Gérard, y ayant trouvé les détachements des 2« et 5^ compagnies sénégalaises, venus du sud, renforça
(1) Les Sakalaves s'eiïorceiit, en toutes circonstances, de ne pas laisser leurs morts entre les mains de lenueini : le fait de les abandonner est tm indice certain de déroute.
OCCUPATION MILITAIRE DU MÉ.NABÉ. 2Go
les postes cVAnjia et de Bélalitsy, et fit occuper Démoka, capitale de Bibiasso.
Le 3 octobre, le commandant Gérard s'endjarqua pour Beravina où il arriva le i au matin; dans la nuit précédente, le lieutenant Thomassin avait tenté un coup de main contre le rova de Tsimametra, situé à deux heures de Beravina. Ce rova avait été détruit ainsi que sa poudrière, les gens de Tsimametra avaient subi des pertes importantes ; ce chef luimême avait été blessé d'une balle de revolver parle lieutenant Thomassin.
Après avoir complété les vivres et les munitions du poste de Beravina, le commandant Gérard quitta ce point et se rendit à Majunga, où il débarf[ua le 6 octobre, en vue de préparer le programme des opérations qu'il semblait urgent de poursuivre pour achever l'occupation de la région au nord de Maintirano et d'organiser le ravitaillement du ^lénaljé et du Maliilaka.
Le 14, le commandant s'embarqua de nouveau sur le Météore pour Maintirano. Avant son départ, il avait pris, de concert avec l'administrateur de Majunga, des mesures pour faire diriger sur Maintirano (après approbation du général), oO conducteurs et 50 miliciens, renfort provisoire destiné à assurer la paciiication de la basse vallée du Manambaho.
Mais les opérations projetées ne purent être entreprises, car des incidents graves venaient d'éclater dans le Ménabé et dans tout le pays sakalave.
Révolte des Sakalaves.
Dans la iiuil du 27 au 28 scpteud)i'e, le poste do l>eko[)aka, sur le Manaudxdo, avait été soudainement atta([ué par une bande d'environ l*)U Sakalaves <|ui, saciianl les travaux de défense du poste encore inachevés, et une parlic «le la garnison en reconnaissance à une grande (hstance avec le capitaine Orlanducci, espéraient avoir raison des 2() tirailleurs
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sénégalais restés au poste sous les ordres du lieutenant Rocheron. La sentinelle, placée sur la face ouest du poste, avait donné l'alarme et les tirailleurs s'étaient portés aussitôt à leur poste de combat, répondant par un feu nourri aux premières décharges des Sakalaves, qui se ruèrent à l'assaut du retranchement encore inachevé et ftarvinrent même, grâce à l'obscurité profonde qui régnait encore, à pénétrer à l'intérieur de l'enceinte.
Malgré la vivacité de cette attaque, les Sénégalais résistèrent avec leur bravoure habituelle.
Le lieutenant Rocheron, habilement secondé par le docteur Rapuc, réussit, avec le peu de tirailleurs dont il disposait et après une lutte acharnée qui dura une heure, à rejeter les Sakalaves hors de l'enceinte et à les disperser.
Les Sakalaves s'enfuirent dans toutes les directions, laissant sur le terrain 32 cadavres, 31 fusils et de nombreuses armes blanches.
De notre côté, nous avions 2 tués et 4 blessés.
Le 5 octobre, à la pointe du jour, au moment où le capitaine Mazillier se préparait à partir en reconnaissance, les Sakalaves se ruèrent à l'assaut du poste d'Ambiky, dont ils avaient pu s'approcher, sans être signalés, à la faveur des bois.
A trois reprises, ils renouvelèrent leurs tentatives contre le poste, chaque fois ils furent repoussés avec de grosses pertes. »
La garnison d'Ambiky avait victorieusement repoussé l'attaque de 500 Sakalaves armés de fusils, sans compter un grand nombre d'autres armés de sagaies; mais les pertes, de notre côté, étaient très sensibles : un officier et un adjudant tués (lieutenant Turquois et l'adjudant Renault), 6 tirailleurs sénégalais tués et 15 blessés.
Le lendemain, pendant que la majeure partie des tirailleurs du poste d'Ankalalobé était occupée à couper du bois pour la
Hi:
construction des cases, des Sakalaves vinrent, sous des apparences pacifiques, se présenter au lieutenant Ciiambaud, qui n'avait plus avec lui que quelques tirailleurs ; cet officier les reçoit sans méfiance ; les Sakalaves se jettent alors sur lui et sur les quelques hommes ([u'il avait auprès de lui, et les massacrent traîtreusement. Au l)ruit de la lutte, les tirailleurs, qui étaient à une toute petite distance, se précipitèrent pour
Adjiulani RENAl'l.T. d'' la Lt''j,'ioii éU'angére.
venger la mort du lieutenant; mais, autour d'euv. surgit un<^ nuée de Sakalaves armés; malgré leur courage et leur intrépidité, les tirailleurs sénégalais, ([ui n'avaient alors pour armes que des coupe-coupe et des haches (ils avaient laissé leurs fusils au poste), durent se rej)liei' sui" Aiidrongony a|)rès une lutte héroi<|ue au cours de huiuelle le plus grand nond)re d'entre eux furent blessés.
Kncoui-agés par ce succès, h's Sakalaves se [)ortent en
masse sur Bemena, qu'ils attaquèrent au point du jour, le 9 ; ils furent repoussés vigoureusement par le sergent Voisin, secondé par Faide-commissaire Gailhac et le sergent Lefebvre ; dans cette attaque, les Sakalaves subirent de grosses pertes, alors que la garnison ne compta qu'un seul blessé.
Dans la région de Maintirano, la plupart des postes furent attaqués peu de temps après leur installation, mais les pertes subies par leurs garnisons furent minimes, sauf à Andemba, attaqué le 10 octobre par les partisans de la reine Bibiasso, où le lieutenant Randey, des tirailleurs algériens, tomba mortellement frappé.
Ainsi la révolte s'étendait à tout le pays sakalave : seuls les habitants du district de Mahabo, qui avaient remis au capitaine Dulin plus de 2,300 fusils et de 4,400 sagaies, étaient restés soumis. Mais, dans la vallée de la Tsirilîihina, comme dans celle du Manambolo et comme dans l'hinterland de Maintirano, la population tout entière était soulevée contre nous (1).
Les Sakalaves avaient admirablement caché leur jeu : aucun indice n'avait fait prévoir leur changement d'allures. Jusqu'au moment où ils se soulevèrent, ils semblèrent dociles aux ordres qui leur étaient donnés par les commandants des postes.
Aussi, le lieutenant Ghambaud laissa approcher de lui les indigènes qui le tuèrent : il était en relations journalières avec eux et ne soupçonnait pas leur duplicité.
Pendant le mois qui s'était écoulé depuis l'occupation d"Am])iky, les Sakalaves avaient pu compter nos troupes, et
(1) A (.otte époque, le désarmement des villages n'avait encore pu être terminé; d'aiilenrs les guerriers sakalaves possèdent presque tons deux fusils : ils n'en rendirent qu'un etcaclièrenl l'autre.
se rendre compte que nous n'avions qu'une jîoignée d'hommes à opposer à leurs nombreux guerriers; ils se dirent que c'en était fini désormais de leurs traditionnels pillages, de leur commerce d'or et d'esclaves avec les Indiens, et ils se décidèrent ainsi à tenter de nous rejeter en Einyrne ou à la côte. Les Indiens eux-mêmes furent certainement, dans ces circonstances, de mauvais conseillers, et, dans la crainte de voir
Lieutenant CIIA.MBAID, de llnlanteiie de Marine.
le commerce leur échapper, ils excitèrent les Sakalaves contre
Quoi qu'il en soit, à partir de ce moment, les communications étaient coupées entre le Betsiriry et la mer ; tous les sentiers furent occupés par de petites l)andes cpii tendaient des embuscades à nos détachements.
Le jour môme de l'attaque d'Ankalalol)é, le sergent Moreau, appartenant à la garnison de ce poste, revenait de lîcmena
avec 4 tirailleurs sénégalais escortant quelques bourjanes portant des munitions. Arrivé à Ankalalobé, il voit le poste saccagé, et il n'y trouve que les cadavres de son lieutenant et des défenseurs du poste. Il se replie sur Bemena, emportant le corps du lieutenant Ghambaud et les caisses à cartouches, mais il est bientôt dépisté par les Sakalaves qui errent dans les environs. Il retjoit deux balles dans les jambes ; les bourjanes, affolés, s'enfuient ; il se voit forcé de cacher dans un fourré le corps du lieutenant, et c'est par miracle que, poursuivi par l'ennemi et affaibli par ses blessures, il peut regagner Bemena avec ses 4 tirailleurs, dont deux avaient également été blessés.
Le 20 octoljre, le docteur Rapuc, médecin chef de l'ambulance de Bekopaka, quittait ce poste pour aller visiter les malades des postes de la Tsiribihina.
Ignorant les événements d'Ankalalobé, il se dirigea d'abord sur ce point : le sergent Pierron et 19 tirailleurs l'escortaient. A moitié chemin, la petite troupe fut assaillie par de nombreux Sakalaves bien armés ; le sergent Pierron fut grièvement blessé ; le docteur Rapuc prit le commandement, et, constatant l'impossibilité d'arriver à Ankalalobé, rétrograda sur Bekopaka; le détachement avait perdu 4 tués et i blessés, le sergeni; était mort en cours de route.
Répression de la révolte.
Ces nouvelles arrivèrent, encore grossies, à Tananarive ; les télégrammes expédiés d'AnalaicUrano par l'optique faisaient connaître qu'Andjiky avait été enlevé et que les compagnies sénégalaises avaient été rejetées à la côte.
Le Général commandant le corps d'occupation prit aussitôt des mesures pour renforcer les troupes du Ménabé.
La 2'^ compagnie de tirailleurs algériens , du capitaine Tahon, qui avait déjà un de ses pelotons (peloton Randey)
dans l'ouest, fut envoyée de la région de Fianarantsoa à Morondava, ainsi c[uun peloton de la i''*' compagnie du 2« régiment malgache (lieutenant lîanal). Ces deux unités avaient participé, au commencement d'octobre, à la répression de la révolte dikongo.
La !'■« compagnie du bataillon de légion (capitaine Flayelle) et la 9*' compagnie de tirailleurs liaoussas (capitaine Landeroin) quittèrent l'Emyrne pour le Ménabé. Elles arrivèrent à Ambiky le 16 novembre, après avoir eu quelques escarmouches sous bois avec les Sakalaves ; le lieutenant Dérigoin et 4 légionnaires y furent blessés.
Mais les commandants de poste ou de détachement qui se trouvaient sur les lieux n'avaient pas attendu les renforts pour reprendre, de leur propre initiative, TofFensive contre les Sakalaves et se porter au secours des garnisons, dont ils croyaient, d'après les renseignements reçus, la sécurité conqjromise.
A la première nouvelle de l'attaque d'Am]>iky, le souslieutenant d'artillerie Marchât partit de Mahal)o, le 8 octobre, avec 45 tirailleurs ou conducteurs sénégalais et vint à Ambiky renforcer la garnison.
Le capitaine Robin, commandant la 5" compagnie sénégalaise, se trouvait, à ce moment, sur la rive gauche de la Tsiribihina ; il regagna lieinena, y réunit loO fusils, en faisant appel aux garnisons du Betsiriry, et se porta sur Ambiky, ([u'il atteignit le 17 octobre, non sans avoir eu à surmonter de grosses difficultés, dues à l'ennomi et au terrain.
Avec ces renforts, k' capitaine Mazilli<M' r(q)rit rollV'iisive ; il dégagea son poste par une série de reconnaissances qu'il poussa jusqu'à IJclo, à mi-chemin (h> Tsimanaïuh'afozana.
Le 27 octobre, le lieutenant IJaudoin, de la o" compagnie sénégalaise, essaya de remonter (k» lN)rt-And)iky à HenuMia,